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Le Maire de Montpellier, Philippe Saurel, veut ancrer sa ville dans le paysage de l’art du XXIe siècle

Montpellier la contemporaine

Le Maire de Montpellier, Philippe Saurel, veut ancrer sa ville dans le paysage de l’art du XXIe siècle - Zibeline

Nicolas Bourriaud, figure pensante et active de l’art contemporain mondial, est arrivé depuis un an à la tête de la future structure tricéphale, Montpellier Contemporain (MoCo) : La Panacée, l’École des Beaux-Arts et l’Hôtel Montcalm, dont l’ouverture est prévue en juin 2019. Un projet qui affirme la volonté du maire, Philippe Saurel, d’ancrer sa ville dans le paysage de l’art du XXIe siècle

Zibeline : Comment vous sentez-vous sur le terrain culturel local ?

Nicolas Bourriaud : Ce qui y est remarquable, c’est qu’on peut vraiment travailler en équipe. Le climat de coopération, et la volonté politique de synergie qui y règnent, permettent d’aller plus loin dans les projets. Dans d’autres villes, des raisons structurelles empêchent parfois les de s’entendre. Ici, on peut anticiper et faire des projets intéressants, qui se développeront sur les trois prochaines années.

Comment la prise de contact s’est faite avec les artistes locaux ?

Je ne suis pas un homme de dossiers. Ce qui m’intéresse, c’est la vie, ici. C’est-à-dire les gens qu’on croise dans les vernissages, dans la rue, dans les cafés, c’est beaucoup plus important que de passer des conventions. Ici, le rapport à l’autre est beaucoup plus décontracté qu’à Paris, où des tensions naissent de la concurrence organisée.

Y a-t-il « assez » d’artistes ici ? Y aurait-il un courant local ?

Le seul handicap de Montpellier pour le moment, c’est l’absence de grands ateliers d’artistes, de résidences d’artistes. C’est un dossier sur lequel on discute avec la Métropole, j’ai bon espoir que ça débouche sur des choses intéressantes. Je reste persuadé que le pouvoir d’attractivité de la ville fait qu’on a les moyens de faire venir des artistes de l’extérieur. Je pense que Montpellier a les moyens et les atouts nécessaires de devenir LA grande capitale du Sud de l’art contemporain.

Le public local est-il assez aguerri à l’art contemporain pour absorber et fréquenter une nouvelle grosse structure ?

Les chiffres de fréquentation de Montpellier n’ont absolument rien à envier à ceux des expositions pointues et équivalentes de la capitale. Par exemple, je pense qu’il y a eu plus de visiteurs à l’exposition de Barthélémy Toguo au Carré Sainte-Anne que dans cette même exposition qui aurait eu lieu à Paris. Donc, c’est l’inverse : il y a plus de visiteurs ici ! En plus ici, c’est gratuit, c’est un outil formidable.

Cette volonté de synergie pourrait éventuellement inquiéter certaines structures déjà en place… Synergie ou phagocytage ?

Je suis là pour construire et ajouter, voire multiplier l’impact que peut avoir l’existant. Je ne veux pas enlever quoi que ce soit à qui que ce soit. J’ai tout de suite pensé à une institution horizontale, qui ressemble justement à ce qu’est Montpellier à mon avis, une institution qui épouse les formes de la ville. Je pense que toute cette énergie bénéficiera aux autres structures, avec lesquelles on est partenaires très étroits.

Quelles sont les orientations de La Panacée, qui ouvre donc sur une nouvelle ère ?

C’est devenu un centre où on montre l’art d’aujourd’hui, de manière généraliste. Sans restriction de medium. On sort de la niche multimédia, numérique, dans laquelle se situait le lieu. Lorsque Montcalm ouvrira, la programmation va de nouveau changer. Ce sera plus interdisciplinaire, axé sur la découverte d’artistes émergents, en lien avec l’École des Beaux-Arts.

Que verra-t-on à Montcalm ?

L’idée sera de faire un musée sans collection. La programmation sera constituée d’expositions extraites de collections existantes, privées ou publiques, françaises ou étrangères, monographiques ou thématiques. Ce sera le hub, à vocation internationale, des collections existant dans le monde. Et on réfléchit, avec l’université Paul Valéry, à la création d’un centre de recherche sur la question de la collection.

Comment s’intégrera le MoCo à l’arc contemporain du territoire ?

Il y a en effet un arc qui se dessine entre Nîmes, Arles, Montpellier, Sète et Sérignan. Pour moi, c’est une sorte de Californie française en termes de culture. Je crois beaucoup en la fertilité artistique de ce territoire. Et les prochaines années seront cruciales pour son destin. C’est à cette aventure-là que je suis venu participer.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR ANNA ZISMAN
Février 2017

Le futur Centre d’art contemporain investira l’Hôtel Montcalm, bâtiment du XIXe de 3500m2, dont 2300 m2 seront dédiés aux présentations d’œuvres. L’équipe lauréate au concours d’architectes sera désignée le 15 février, avec une enveloppe d’environ 6 M d’euros.

Triplé gagnant

Avec ses trois nouvelles expositions, c’est un lieu à la fois apaisé et densifié qui s’ouvre à La Panacée. Trois espaces pour trois voyages, initiés par le nouveau directeur Nicolas Bourriaud. Un parcours unifié autour du patio du bâtiment, qui semble plus grand, plus sobre, plus concentré sur les œuvres présentées. Auparavant dédié à l’art numérique, le lieu proposait une entrée en matière souvent participative, voire ludique et un peu frénétique. La Panacée est aujourd’hui la première avancée du projet MoCo (voir l’entretien ci-contre).

Pas de lien direct entre les trois expositions inaugurées en janvier. L’artiste irano-américaine Tala Madani rassemble pour la première fois en France une sélection de ses tableaux troublants. Des hommes, grotesques et nus, sont sources de lumières, halos vifs et surnaturels, projections de craintes ou de désirs. Parfois scatologiques, triviales, les petites histoires que chaque tableau distille parlent du « Ça », et ça libère.

Intérims convie neuf artistes autour de la question du travail. Installations, photographies, textes, avec en particulier quelques-unes des Lettres de non-motivation de Julien Prévieux, assorties de l’offre d’emploi correspondante. Un travail ironique et militant au long cours, débuté en 2000, rafraichissante mise en cause de l’inanité de certaines annonces, véritables insultes envers les « profils recherchés ».

Le troisième espace, le plus vaste, accueille une vingtaine d’artistes, réunis autour de l’esthétique du cinéaste David Lynch. Retour sur Mulholland Drive convoque tout ce qui fait que quelque chose dérape, déstabilise la banalité du quotidien. Belle idée, parfaitement offerte à la sensibilité du visiteur. Le choix opéré par Bourriaud ménage une rêverie inquiète parmi des œuvres qui dialoguent avec le film. La variété des supports et des langages s’harmonise dans cette « familière étrangeté » freudienne, qui laisse advenir une narration inattendue, et pourtant tellement puissante que chaque fois on est emporté par une évidence. Beaucoup de très belles pièces : Cold War Dishwaher, de Max Hooper Schneider, une machine à laver la vaisselle béante, avec des verres fluorescents ; The somnobulist (Wendy Jacob), deux présences semblent respirer sous une couverture ; la merveilleuse série commandée au photographe Yohann Gozard, lancé à la recherche de signes lynchiens dans les rues de Montpellier. Tout fait sens et encourage à laisser l’inconscient faire surface, guidé par la clairvoyance des artistes.

ANNA ZISMAN
Février 2017

Retour sur Mulholland Drive – Le minimalisme fantastique
Tala Madani
Intérims, Art contre emploi
jusqu’au 23 avril
La Panacée, Montpellier
04 34 88 79 79
lapanacee.org

Illustrations : Exposition Retour sur Mulholland Drive : Huma Bhabha, Sans titre, 2006, argile, fil, plastique, peinture. Saelia Aparicio, Introdenouement, core, 2017 -c- AZ et Tala Madani, Picture frame, 2016 Collection privée

MADA-2016034


La Panacée
14, rue de l’Ecole de Pharmacie
34000 Montpellier
04 34 88 79 79
lapanacee.org