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Médias et Culture, des intérêts divergents ?

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Quelle est la place de la culture dans les médias régionaux ? Le 12 décembre, montévidéo accueillait les invités de Zibeline lors d’une rencontre-débat.

Étaient présents, aux côtés d’Agnès Freschel, rédactrice en chef de Zibeline, et Ludovic Tomas (journaliste de Zibeline qui animait la soirée), des représentants de divers médias : Jacques Dupont-Duquesne pour France 3 Provence-Alpes, Hervé Godard de France Bleu Provence, et Jean-François Poupelin pour Le Ravi ; Florian Laurençon (DGA Culture/Education de la Région Sud), ainsi que Fabienne Pavia (éditrice du Bec en l’air, directrice du festival Oh les beaux jours !) témoignaient quant à eux des attentes des institutions et des acteurs culturels.

Le premier tour de table a montré la diversité des stratégies en matière culturelle, en fonction des problématiques propres à chaque média. Un agenda culturel pour France 3, des sujets dédiés lors des journaux télévisés, et la production d’une vingtaine de films documentaires par an. Plusieurs programmes tout au long de la journée sur la grille de France Bleu, une trentaine d’interviews par semaine, mais pas de magazine culturel proprement dit. Le Ravi quant à lui n’a pas de journaliste spécialisé, mais traite parfois de politique culturelle dans ses colonnes. Zibeline, journal culturel, en a fait le cœur de sa ligne éditoriale, parce « la presse nationale est en fait parisienne, surtout en matière culturelle, et que les artistes et opérateurs régionaux ont besoin de presse. Et les publics d’une information éditorialisée ». Fabienne Pavia le confirme, regrettant que la presse régionale parle si peu de ses livres, davantage critiqués dans le Monde que dans La Provence (2 articles en 15 ans) : « Un article dans la presse régionale a un réel impact sur les ventes, nettement plus important que dans la presse nationale… »

Malgré cette importance de la couverture culturelle par les médias régionaux, Zibeline a ouvert sa ligne éditoriale et remarque une hausse des ventes lorsque les couvertures traitent des sujets dits « de société ». C’est le premier constat, partagé par la presse régionale, de service public ou indépendante : la culture ne passionne pas les foules. Jacques Dupont-Duquesne relève « une perte d’audience très importante lorsqu’un JT traite ce type de sujets », avant d’ajouter que France 3 les maintient, en s’efforçant de varier les angles d’approche.

Quels moyens ?

Puis les échanges ont porté sur le nerf de la guerre. Produire un magazine culturel pour la télévision coûte cher, l’audiovisuel public, frappé par les mesures d’austérité gouvernementale, n’a plus les moyens. Pour Agnès Freschel, « la presse est en train de mourir, y compris la presse généraliste nationale. » Dans ces conditions, la survie de la presse indépendante spécialisée et régionale relève du miracle ! Jean-François Poupelin soulignait également quelle part infime des aides d’État allait vers la presse régionale indépendante, l’essentiel étant dédié aux grands titres nationaux.

Présent dans la salle, Alain Hayot, Délégué national à la culture du Parti communiste, a pris le micro pour demander « Y a-t-il encore une politique publique de la culture, dans ce pays ? », avant d’inviter à mettre les urgences culturelles au même niveau que les urgences sociales. Florian Laurençon souligna également l’importance de l’intervention publique : « les aides doivent intervenir lorsque le contexte d’un projet présente un tel niveau de risque qu’il ne subsisterait pas seul dans l’économie de marché ». Mais, assumant de devoir mettre en place une politique culturelle menacée par « le spectre de la contrainte budgétaire qui hante l’Europe », il a précisé « ne pas pouvoir parler complètement de désengagement ». Reprenant la parole, Alain Hayot a conclu en insistant sur le fait qu’une logique émancipatrice doit partir de l’offre, non de la demande du public. Un point de vue nuancé par Florian Laurençon, qui pense que les médias méjugent la capacité du public à s’intéresser à la culture, et ne travaillent pas assez à faire évoluer la demande. Mais avec des moyens aussi restreints et face aux impératifs d’audience ou de vente, comment faire ?

GAËLLE CLOAREC et DOMINIQUE MARÇON
Décembre 2018

Photo : De gauche à droite, Hervé-Godard, Jean-François Poupelin, Fabienne Pavia, Ludovic Tomas, Florian Laurençon, Agnès Freschel et Jacques Dupont-Duquesne -c- AZ.


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