Hommage de Zibeline à Max Minniti

Max, dans tous les yeux

Hommage de Zibeline à Max Minniti - Zibeline

Zibeline a perdu un ami cher.

Max Minniti s’est penché sur notre berceau il y a dix ans, lorsque nous avons imaginé Zibeline. Il a créé notre maquette, notre logo, notre identité visuelle, avec enthousiasme, et un talent fou. Le même qu’il mettait au service de tant d’entreprises culturelles de notre région. La Passerelle de Gap, les Salins de Martigues, le Festival de Marseille, la Compagnie Parnas, l’ensemble Télémaque, le Théâtre Nono, les Inovendables, la Maison du Chant… lui confiaient le soin de fabriquer leur image, parce qu’il savait comprendre les projets artistiques, et les traduire en lignes et en couleurs. Chacun, ici, a ses images dans les yeux. logocouvect-copie

C’est qu’il avait cet œil sûr qui nous manque souvent. Le sens de la forme, l’amour des lettres comme objets, la modestie qui permet de proposer des images qui conviennent au projet, la fantaisie qui fait naitre les idées surprenantes, et bouscule doucement les attentes. Et puis cet incroyable sens des couleurs.

Je me souviens de cette photo prise à Gap, de sa joie de voir qu’on avait repeint « un petit pan de mur jaune » de la nuance exacte de sa parka. Il l’avait repéré de très loin, s’était approché en riant, avait posé l’air fier et l’œil amusé. Alain, hilare et ému, l’avait photographié (voir ci-dessus).

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Et puis, Max avait une façon si douce d’accueillir ses amis et d’être au monde. De partager un repas, une conversation, une blague, une chanson. La maison d’Alain et Max était un havre, un refuge où le temps s’arrêtait pour dispenser la chaleur qu’ils avaient su, tous les deux, faire naître de leur amour. Car ils savaient voir les qualités de chacun, et faire disparaître les rivalités, la concurrence, les jugements de valeur qui s’interposent souvent entre les artistes, entre les professionnels de la culture. Ce qui se passait entre ces deux êtres, Alain Aubin et Max Minniti, était exceptionnel, et rayonnait bien au-delà d’eux, dans une bienveillance communicative.

Leur mariage, il y a trois ans, reste un moment intense d’émotion partagée. Par centaines les amis se pressaient dans la salle de la mairie, poussant les murs, serrant les corps. Jean-Marc Coppola mariait ces deux hommes qui vivaient ensemble depuis 35 ans. Tout le monde pleurait, jusqu’à l’officiant, jusqu’à l’employée qui tenait les registres. La manif pour tous et ses haines étaient passées par là, et ce couple formidable était l’incarnation de la beauté, de l’évidence du mariage homosexuel.

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Alain et Max s’étaient pacsés dès qu’ils en avaient eu le droit, mariés dans une joie intense. Car vivre ensemble pour eux semblait un bonheur permanent et ils partageaient tout, de la poterie au chant, de la politique à la cuisine, de l’amour des voyages à celui de la mer.

Au nom de Max et pour Alain, il faut défendre le Mariage pour Tous. Contre Fillon, contre ceux qui en 2012 défilaient à ses côtés, ceux qui refusaient le PACS en 1998 et la dépénalisation de l’homosexualité en 1982. À ceux-là qui veulent nous gouverner, demain il faudra demander ce qui peut bien les déranger dans un tel amour.

AGNÈS FRESCHEL
Décembre 2016

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