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Entretien avec Damien Bouticourt, directeur de la librairie Maupetit, qui fête ses 100 ans à Marseille

Maupetit a cent ans !

Entretien avec Damien Bouticourt, directeur de la librairie Maupetit, qui fête ses 100 ans à Marseille - Zibeline

Alors que la librairie est particulièrement en souffrance à Marseille, une librairie qui perdure et fête son centenaire sur La Canebière !

Zibeline : Comment fête-t-on 100 ans de librairie ?

Damien Bouticourt, directeur de Maupetit : Je voulais que l’on fasse un centenaire qui dure suffisamment longtemps dans l’année pour que cela marque un peu les esprits. Au-delà des animations traditionnelles de la librairie, et ses rencontres, trois cycles rythmeront l’année. Avec un esprit de célébration, cette « nostalgie heureuse » du passé, assortie d’un hommage à tous ceux qui nous ont précédés : si l’enseigne a 100 ans la librairie existe en réalité depuis la fin du XIXe siècle. Mais cette célébration est aussi conçue comme une projection qui rêve la librairie de demain.

Et comment la rêvez-vous ?

Les trois thèmes –Créer, Partager, S’engager– qui parcourent 2019 sont en lien étroit avec notre métier, le monde des livres… Il s’agit de souligner la relation étroite entre libraires, auteurs, traducteurs et éditeurs : la « survie » de Maupetit tient à son rachat en 1998 par Actes Sud, et ce lien avec toute la chaîne du livre nous permet de mettre en question certains enjeux. Et de nous demander comment on peut encore être libraire aujourd’hui dans une grande ville comme Marseille. Il est important de nous interroger collectivement sur ce sujet.

Un programme de réflexion donc ?

Nous n’oublions pas les moments festifs ! Les animations et rencontres sont programmées avec des intervenants, Sophie Calle (artiste et auteure), Lucile Bordes (auteure), Karine Henry (auteure), Mademoiselle Caroline (auteure BD), Charlotte Gastaut (auteure-illustratrice), Myriam Anderson (éditrice), Wilma Levy (comédienne), Martin Page (auteur), Pascal Jourdana (La Marelle), Xavier Llamas (musicien)…

En ouverture, l’auteure Valentine Goby nous fait l’honneur d’être la marraine de ce centenaire. Sa forte présence, son engagement, ses qualités humaines correspondent idéalement à la thématisation de l’année. Le fait qu’elle soit une femme est essentiel aussi, la clientèle de la librairie est très féminine et pourtant c’est un monde dominé par le masculin ! Je me suis rendu compte que peu de photographes femmes étaient programmées l’an dernier… aussi cette année j’ai fait très attention et sur les sept périodes d’exposition de 2019 il y a six femmes.

J’aime donner du sens aux choses, je ne ferais pas ce métier sans cela : pour que les gens aient envie de venir il faut poser la question du lendemain, réussir à se projeter, à cultiver cet enthousiasme, avec la même acuité particulière pour nos clients. Le métier de libraire demande à être toujours très attentif aux autres et à tout ce qu’il se passe autour de soi.

Le libraire n’est-il pas un commerçant qui vend des livres ?

On peut le définir ainsi, mais on peut vendre de multiples manières ! Une écoute bienveillante permet d’être au plus près de ce que l’autre souhaite lire. Ce n’est pas le libraire qui détermine ce que les gens vont lire. Leurs affinités, leurs goûts, façonnent la librairie. Le libraire est là pour orienter, conseiller, faire découvrir des choses nouvelles bien sûr : on peut parler de travail en commun ! Le libraire doit écouter l’autre et rester en prise avec le réel. On ne peut pas mentir sur le livre, il faut être sincère sur ses opinions. Quand on est libraire, on partage beaucoup de la vie des gens, le livre participe de l’intime.

Notre engagement passe aussi par la création d’une bibliothèque dédiée aux enfants, grâce à l’association L’Abri maternel. L’idée de partager les livres avec les publics éloignés de la lecture participe de notre mission de transmission.

Propos recueillis par Maryvonne Colombani
Janvier 2019

Photo : Librairie Maupetit -c- Agnès Mellon