La ZAD du Parc Michel Lévy, en plein centre-ville de Marseille, évacuée au bout d'une semaine

Massacre à la tronçonneuse

La ZAD du Parc Michel Lévy, en plein centre-ville de Marseille, évacuée au bout d'une semaine - Zibeline

La ZAD (Zone A Défendre) du Parc Michel Lévy, en plein centre-ville de Marseille, n’aura pas duré huit jours. Depuis plusieurs années, un projet immobilier d’une cinquantaine de logements et 300 places de parking est prévu sur cet espace vert, situé rue Pierre Laurent, entre le Cours Julien et Castellane. Dans ce quartier, comme partout dans le centre de Marseille, les lieux de verdure sont rarissimes. Bon nombre d’habitants sont opposés au projet et mobilisés depuis la fermeture et la privatisation du parc en juin 2013.

Le 21 janvier 2015, les pelleteuses entrent en scène, une vingtaine d’arbres sont arrachés. Le lendemain, un collectif décide d’investir les lieux et d’occuper le terrain. Pour tenter au moins de sauver les quelques arbres qui y sont encore enracinés. Et pour se réapproprier cet espace public. Ils plantent des tentes, dorment sur place et dressent une plate-forme au sommet d’un micocoulier. David s’y installe quasiment jour et nuit.

Quinze camions de CRS

Le 28 janvier, Zibeline était allé à la rencontre des Zadistes, le reportage est à écouter sur WebRadioZibeline. L’heure était alors plutôt à l’optimisme. Quelques rumeurs d’une évacuation prochaine couraient déjà. Mais personne n’imaginait vraiment une intervention aussi rapide.

Le 30 janvier, à 6h du matin, la police et un huissier se présentent au parc avec un avis d’expulsion. Peu après, une quinzaine de camions de CRS bloquent les rues alentours. Sur le terrain, à cette heure matinale, les occupants sont encore peu nombreux, environ autant que le nombre de camions de police. Vers 9h, David descend du micocoulier pour faire une pause. C’est à cet instant précis que la police investit le parc. Sans personne dans l’arbre, l’évacuation est beaucoup plus facile.

Les Zadistes en sont convaincus, la police guettait ce moment où l’arbre serait vide pour intervenir. Il aurait fallu pouvoir mieux s’organiser. Se relayer pour ne jamais laisser l’arbre inoccupé. Mais ils sont trop peu à être capables de se percher si haut. « Quelques-uns devaient apprendre à grimper cet après-midi », expliquent-ils. Ils n’en auront pas eu le temps.

Rapidement, sans ménagement, mais sans violence ni arrestation, le parc est évacué. Roselyne, qui compte bien ses soixante-dix printemps surprend tout le monde, se hisse sur une grille, l’enjambe, et retourne dans le parc. « Ils m’ont appelée ‘la vieille’, puis m’ont fait ressortir tranquillement », raconte-t-elle dans un sourire désabusé.

Dégradations ?

La ZAD du Parc Michel Lévy concerne des vieux, des jeunes, des familles, des enfants. Simplement des habitants du quartier, de la ville, décidés à ne pas se laisser envahir par le béton. Dans le parc, ils avaient repiqué des plantes, installé un petit potager.

Eiffage, responsable du chantier, et La Phocéenne d’Habitations-UNICIL, propriétaire du terrain, ont porté plainte contre eux. Et ont eu très rapidement gain de cause. Pour le moment. Car les Zadistes sont loin de baisser les bras. Plusieurs recours existent encore. L’avis d’expulsion pourrait même être juridiquement contestable.

L’après-midi, un groupe d’occupants s’est rendu dans les locaux d’UNICIL pour y être reçu. Demande rejetée. C’est finalement sur le trottoir qu’un représentant de la société est venu discuter avec eux. Dialogue de sourds. « Quand on lui a fait remarquer qu’on n’avait fait aucune dégradation, il nous a dit que faire des plantations sur le terrain c’était une dégradation ! »

Vendredi matin, il restait encore quelques arbres à préserver dans le parc. A midi, les tronçonneuses les avaient déjà transformés en bûches. Patrick, qui a soufflé le titre de cet article, n’en démord pas : « Eux restent sur leurs positions, nous on reste sur les nôtres. On va continuer les actions ! »

JAN-CYRIL SALEMI
Janvier 2015

Photos :
Tronçonneuse © Jan-Cyril Salemi
Micocoulier © Jean de Peña – Collectif à-vif(s)

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