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Entretien avec Richard Martin, directeur du théâtre Toursky

Marseille veut-elle la peau de Richard Martin ?

Entretien avec Richard Martin, directeur du théâtre Toursky - Zibeline

Le Théâtre Toursky annonce que la Ville de Marseille restreint à nouveau son budget de 85 000 €. Explications.

Zibeline : Dans un communiqué de presse vous annoncez une baisse de subventions de la Ville de 170 000 euros, et vous insurgez contre le fait qu’un audit va être mené pour « vérifier que votre projet est en adéquation avec celui de la Ville ». Que se passe-t-il selon vous ?

Richard Martin : On veut ma peau ! Ils veulent mettre quelqu’un d’autre à ma place. Ce théâtre reçoit plus de public que tous les autres, nous pratiquons des abonnements solidaires, nous travaillons dans un quartier plus que déshérité. Que veut-on de plus ? Un audit pour savoir si je suis en adéquation avec la politique culturelle de la Ville ? Mais c’est moi qui la fait, cette politique, depuis 50 ans ! Ils ne mettent pas les pieds ici, que peuvent-ils savoir de mon travail ? J’ai éradiqué les marchés de la drogue ici, sécurisé le quartier, se rendent-ils compte de ce que serait Saint Mauront sans le Toursky ? Pendant 20 ans je n’ai pas eu un sou, c’est moi qui ai fait marcher ce théâtre avec l’argent que me rapportaient mes films. Qu’ils le veuillent ou non le Toursky, c’est moi…

La Ville pourtant a toujours été votre premier soutien. Y a-t-il eu un retournement ?

Oui ! Ou de la pire hypocrisie je ne sais pas. Je ne m’en suis pas rendu compte tout de suite. Quand Gaudin a fait sa dernière campagne en 2014 il est venu ici, il m’a promis de soutenir la salle Léo Ferré que j’étais en train de construire. Il en a fait la promesse publique, on l’a filmé, il m’a dit qu’il était reconnaissant pour le travail qu’on faisait ici, qu’il financerait la programmation. Mais ensuite à aucun moment il ne m’a donné les moyens supplémentaires pour cette deuxième salle, j’ai dû faire avec l’argent et le personnel du Toursky, ça nous a mis en grande difficulté. Heureusement les autres financeurs ont un peu augmenté leurs subventions. Mais depuis 3 ans non seulement il ne tient pas sa promesse mais il baisse mes subventions et supprime mon parking. Sans parking je ne peux pas recevoir de public ici ! Des spectateurs se sont fait agresser, il y a eu des morts dans l’impasse, la sécurité nous coûte 140 000 euros par an, on a besoin de protéger ceux qui viennent ici !

Comment s’est opérée cette baisse exactement, vous parlez de 170 000 euros…

Oui, on a eu -15 000 en 2017, -85 000 en 2018, et encore -85 000 en 2019. Il me manque 170 000 euros en cumulé… Ce n’est plus possible ! Je rentre en résistance !

Que vous reprochent-ils ?

Tout, ma programmation et ma gestion. Pourtant mes comptes sont publics, on a un commissaire aux comptes, et ma salle, mes deux salles, sont pleines. Sans ces coupes de subvention on ne serait pas déficitaires ; les amis, les artistes, sont venus jouer ici gratuitement pour nous soutenir l’an dernier, et on a tenu 2018 avec moins d’argent pour deux salles que pour une !

Vous accueillez les artistes de la région à la recette plutôt que d’acheter les spectacles. Est-ce cela qui vous est reproché ?

Nous pratiquons une coréalisation très avantageuse pour les artistes. Ils ont 80% de la recette, vous connaissez beaucoup de théâtres qui en font autant ? Il nous reste 20% pour payer les droits, les frais techniques, et à la fin ils ont plus que si on achetait les spectacles. Dans la petite salle ils font des séries de 5 représentations. Les compagnies que nous programmons sont ravies et nous remercient ! Mais ça n’est pas orthodoxe pour ces technocrates…

Vous avez 76 ans. Est-ce que vous ne pensez pas à préparer votre succession ?

Mais je la prépare ! Je suis assez grand pour régler mes affaires, et je veux choisir qui me succédera ! Et puis je suis en pleine forme, je viens de monter un spectacle en 20 jours, je serai encore là dans 20 ans… ça, ça les étonne, ils disent « il est encore là le fou ? » Oui je suis toujours là, debout ! Et j’en mange 15 tous les jours, de ces merdeux qui veulent ma mort… C’est cela qu’ils ne peuvent pas supporter, que j’accueille des débats citoyens, Roland Gori, le Parti Communiste, le film de Ruffin. Et les Gilets Jaunes! Que je fasse un spectacle avec eux ! Mais c’est ma mission de faire venir ici les gens qui ne mettent pas les pieds au théâtre. Je travaille pour la liberté, la citoyenneté, ils ne placeront pas ici un directeur aux ordres…

On parle aussi de votre salaire, et de celui de votre administratrice Françoise Delvalée, qui est aussi votre femme. Combien gagnez-vous par mois ?

Au début ici je ne me payais pas, puis je me suis fait un salaire d’artiste avec un abattement de 30% de charges. Mais l’URSSAF m’a dit que je devais me payer comme directeur et selon la convention collective. J’ai donc 4500 euros nets par mois et Françoise, qui cumule 2 postes, administratrice et directrice de la communication, a 4300 euros nets par mois. Il n’y a pas de problème pour parler de ça, tout est public, mes comptes, la masse salariale. Qu’ils viennent voir..

Entretien réalisé par AGNÈS FRESCHEL
Juin 2019


Les subventions :

depuis l’ouverture de la seconde salle (2015)

2016 2017 2018 2019
Ville 1 030 000 1 015 000    945 000   945 000
Département    200 000    210 000    210 000   210 000
Région    200 000    220 000    220 000   220 000
DRAC (État)      65 000      85 000      85 000     85 000
Total 1 495 000 1 520 000 1 460 000 1 460 000

Lire ici notre entretien avec Anne-Marie d’Estienne d’Orves, adjointe à la culture de la Ville de Marseille, et nos explications.

Photo : Richard Martin ®Jean-Luc Pycovsky


Théâtre Toursky
16 Promenade Léo Ferré
13003 Marseille
04 91 02 58 35
http://www.toursky.fr/