"Quel Amour !", la Réplique de MP2013 en 2018

Marseille Provence 2018, un regain d’amour !

• 14 février 2018⇒17 février 2018 •

Malgré les atermoiements, les désistements et un budget peu conséquent, le programme de Quel Amour ! est plus que réussi.

Donner une suite à la Capitale européenne de la culture est dans l’air depuis 5 ans. D’autant qu’une fois les comptes faits il restait 750 000 euros non dépensés, reliquat disponible pour de nouveaux projets. Mais si la chambre de commerce semblait convaincue dès 2014 qu’il fallait profiter de l’élan, ni les villes, ni les collectivités territoriales, ni l’État ne semblaient être en mesure, ou en volonté, de financer une « réplique » à la Capitale Culturelle, qui a pourtant enrichi sans conteste le territoire, au niveau économique, touristique et des équipements.

Il n’en est pas de même de la santé du secteur culturel, en particulier associatif, et on peut constater avec quelques années de recul que les moyens accordés à la culture dans le territoire par la puissance publique, toutes collectivités confondues, a diminué, et s’est concentré sur les grands équipements : le secteur associatif, les compagnies et les artistes sont aujourd’hui plus qu’hier dépendants des opérateurs culturels qui veulent bien les produire, les programmer, les soutenir. Si MP2013 a enrichi le territoire, elle a appauvri la plupart des artistes et profondément changé la « culture » locale.

Mais, et ce n’est pas le plus anodin des compliments, les grands opérateurs culturels, réunis en Comité d’orientation artistique (voir photo), ont fait un travail de programmation remarquable. Redistribuant les moyens dans des projets d’acteurs du territoire, revivifiant le J1, invitant des artistes d’envergure, jeunes et innovants, ils semblent à même, aujourd’hui réunis, d’inverser la tendance à la standardisation de « l’offre culturelle », et peut être de redonner l’envie aux politiques de s’intéresser non seulement à la culture, mais à l’art.

L’amour, une affaire privée

Le budget est pourtant très faible pour une manifestation de cette envergure. On est très loin des 98 millions de MP2013 : le mécénat est encore en cours de collecte et Raymond Vidil espère bien convaincre quelques entreprises supplémentaires d’entrer au financement, mais le prévisionnel n’est pour l’heure que de 5,5 millions. Dont 50% seulement émanant de la puissance publique. La Ville d’Aix-en-Provence s’est retirée du financement (alors même que le Pavillon Noir, la fondation Vasarely, le Jeu de Paume et le Grand Théâtre, ainsi que le Festival d’Aix, sont fortement impliqués dans MP2018), et les 100 000 € que l’association MP2018 avait espérés ne sont pas compensés par l’entrée de Miramas. C’est bien le secteur privé, le mécénat d’entreprise, qui finance plus de la moitié de l’opération, soit 2,8 millions pour l’heure, alors que dans MP2013 ils ne s’étaient impliqués que pour 15% du budget total.

Quel amour ! relève donc, clairement, davantage de la volonté privée que publique. Signe des temps libéraux ? Monsieur Gaudin a beau souligner que la Culture doit être soutenue parce qu’elle « permet la paix sociale », l’instrumentalisation de la culture n’est pas à l’œuvre, et les entreprises mécènes semblent convaincues d’adopter de bonnes pratiques : pas de poudre aux yeux ni de com’ intrusive, pas de divertissement de bas étage, pas de quartiers VIP flattant les élites économiques. En quelques mois un programme événementiel à la fois attractif pour le public et d’une grande qualité artistique a été concocté, avec 9 salariées au savoir-faire MP2013, et un comité artistique qui a su s’imposer des règles strictes : ne pas s’autofinancer ni financer les membres du comité, favoriser les projets qui ont au moins 3 coproducteurs, afin qu’ils soient viables, et reconductibles les années suivantes. Et également : programmer dans les lieux qu’ils dirigent, avec leurs moyens propres, des événements s’inscrivant dans Quel Amour ! Et qui de fait, de la Criée au Mucem, du Merlan aux Rencontres d’Arles… en constituent la colonne vertébrale.

Agnès Freschel
Octobre 2017


Le collectif, ça marche !

Rencontre avec Raymond Vidil, partenaire privé de MP2018, et Bernard Foccroule, directeur du Festival d’Aix-en-Provence

Zibeline : Raymond Vidil, vous êtes patron de la société maritime Marfret, pourquoi vous impliquer autant dans cette aventure culturelle et présider l’association MPCulture, responsable de cette Réplique tant attendue ?

Raymond Vidil : C’est important pour le territoire, pour son attractivité et plus largement pour sa santé, sa cohésion. Mais je suis transporteur maritime, et peut-être cela me permet-il de prendre de la distance, d’effectuer ce pas de côté que font également les artistes pour créer des propositions nouvelles. Je trouve cela unique, cette affaire. Les entreprises s’impliquent avec enthousiasme, et les opérateurs culturels ont travaillé dans la collégialité, dans une logique de transmission désintéressée. En fait, le collectif, ça marche.

N’avez-vous pas peur de la mauvaise santé du secteur culturel ? Les subventions sont globalement en baisse depuis 2013…

Nous avons été particulièrement attentif à la viabilité économique des projets, en avons d’ailleurs avec regret éliminé certains qui n’étaient pas assez financés. Je suis parfaitement confiant quant à la réalisation complète du programme.

Bernard Foccroulle : Les baisses de subventions ne sont pas liées à MP2018. Tout ce que l’on peut espérer c’est que ce projet contribue à convaincre les collectivités, et en particulier Martine Vassal, que la culture est essentielle. On verra dans 2 ou 3 ans si cela a renforcé la confiance.

Propos recueillis par Agnès Freschel
Octobre 2017

 

Quelques temps forts du programme :


Quel amour !
s’entend aussi comme une expression tendre adressée aux enfants, et le premier geste de MP2018 sera de distribuer une Malette pédagogique dans les 4500 écoles du territoire. Un dispositif financé par la Compagnie Fruitière, qui finance également la Fête d’ouverture des 14 et 15 février, destinée particulièrement aux enfants avec des bals, concerts, expo BD, goûters philo, théâtre, danse… (Archaos, Télémaque, Christian Ubl, Fotokino…).

Le Grand Baiser les 16 et 17 février, avec le groupe F et une chaîne de bisous, un rassemblement d’artistes à la Friche (Maud le Pladec, Manu Théron, la Cie Skappa…), La Criée (Preljocaj, Perrine Mansuy, Tiphaine Raffier), des expos à Montévidéo et à Vasarely, Nine Spirit, le Théâtre de l’Unité pour une nuit de textes partagés…

Puis de grandes expositions, financées en grande partie par la Fondation Total et le regroupement de Mécènes MJ1: JR et Korakrit Arunanondchai au J1, Eric Corne au MAC, Roman Photo au Mucem, Claude Lévêque au FRAC, Picasso au Mucem et à la Vieille Charité… Et Juxtapoz qui réalise 2 fresques au Couvent Levat, Marseille expos qui adresse des Love letters, du Land Art à la Friche.

Durant les 7 mois de MP2018, des récits nocturnes le long du GR13, des projets arts et cuisine autour de la mer, un temps fort hip hop, 5 créations théâtrales à la Joliette, une caravane de musiques actuelles, 6 rendez-vous Jazz sur tout le territoire, Ex Nihilo à Aubagne, Klap et L’Art de vivre qui animent Saint-Mauront. Et un temps fort contemporain dans l’espace public, Maravilloso imaginé par Dansem, Parallèle et le Festival de Marseille. Orfeo & Majnun, un opéra participatif qui descend dans la rue (Festival d’Aix), danse avec Platel et Cassol (Festival de Marseille).

Et des zooms sur les événements du territoire qui en seront renforcés et thématisés : l’Entre-deux biennales du cirque, les Elancées, le Train bleu, Massilia Afropéa, le Festival de Marseille, le Festival d’Aix, les cinés plein air, les Suds, ArtOrama… jusqu’à la clôture en septembre !

A.F

 

Les budgets comparés de MP2013 et de sa réplique :

 

MP2018

(prévisionnel)

MP2013

(réalisé)

Union européenne 2,8 M €
État 0,3 12,8 M €
Région PACA 0,5 12,8 M €
Département 13 0,5 12,8 M €
Ville de Marseille 0,3 23,4 M € (+MPM)
Ville et Pays d’Aix 7,1M €
Autres villes* 0,4 4,1M €
Reliquat MP 2013 0,75
Mécénat 2,75 ? 14,9 M €
Ressources propres, billetterie… ?? 7,4 M €
Total 5,5 M € 97,9 M €
* En 2018 : Arles, Istres, Miramas, Aubagne, Salon, Martigues, Cassis

 

Photo :
Le comité d’orientation artistique de MP2018 [étaient absents pour la photo Dominique Bluzet, directeur (Les Théâtres) ; Jean-François Chougnet, directeur (Mucem) ; Angelin Preljocaj, directeur artistique (Ballet Preljocaj, Centre chorégraphique national d’Aix) ; Sam Stourdzé, directeur (Les Rencontres d’Arles)]. De gauche à droite : Pierre Vasarely, président (Fondation Vasarely) ; Guy Carrara et Raquel Rache De Andrade, directeurs (Biennale Internationale des Arts du Cirque, Archaos, Pôle national cirque) ; Jan Goossens, directeur (Festival de Marseille) ; Gilles Bouckaert, directeur (Les Salins, scène national de Martigues) ; Macha Makeïeff, directrice (La Criée, Théâtre National de Marseille) ; Pierre Sauvageot, directeur (Lieux Publics, Centre national de création en espace public) ; Francesca Poloniato, directrice (Le Merlan, scène nationale de Marseille) ; Hugues Kieffer, directeur délégué (Marseille Jazz des cinq continents) ; Bernard Foccroulle, directeur (Festival International d’Art Lyrique d’Aix) ; Pascal Neveux, directeur (FRAC Paca) ; Alain Arnaudet, directeur (La Friche la Belle de Mai)
-c- Marie-Laure Thomas