La Ville de Marseille et le Département 13 incitent la Joliette-Minoterie à absorber le théâtre de Lenche

Marseille est bipolaire !

La Ville de Marseille et le Département 13 incitent la Joliette-Minoterie à absorber le théâtre de Lenche - Zibeline

La mode est au rapprochement/fusion des opérateurs. La Joliette-Minoterie est incitée par la Ville de Marseille et le Département 13 à absorber le théâtre de Lenche…

Une histoire de famille(s) ? Pierrette Monticelli et Haim Menahem ont commencé leur carrière de comédiens dans le petit théâtre du Panier, chez Maurice Vinçon, figure historique du théâtre Marseillais. Petit théâtre, mais assez gros budget : 645 000 € de subventions pour cette salle de 60 places, ses deux annexes, son temps jeune public, son festival amateur, et les compagnies en résidence.

Mais patatras : après les élections, la subvention du Conseil général devenu Conseil départemental s’effondre. Le théâtre du Panier, longtemps soutenu par Jean Noël Guérini et par Lisette Narducci (maire de secteur), voit ses 250 000€ du CG devenir 74 000€ du CD… La Ville maintient ses 330 000 euros, mais demande au théâtre de fusionner avec la Minoterie, pour former un Pôle Joliette. Ce qui peut être une bonne idée. Mais dans quelles conditions ? Le budget 2016 ne permet pas de payer jusqu’en décembre les 5 employés permanents du Théâtre de Lenche, et Maurice Vinçon ne veut pas laisser une dette à son repreneur, ni mettre son équipe au chômage partiel : même s’il n’y a plus d’activité au Lenche, il faut construire un projet commun.

Sous doté

Quant aux Minotiers, ils sont un peu coincés :  les tutelles sont, disent-ils, très décidées, et incitatives. Or le travail formidable qu’ils font à la Joliette depuis son ouverture est nettement sous doté : 980 000 € de subventions (dont 650 000 € de la Ville) pour ce théâtre à la programmation riche (et inspirée !), aux actions culturelles innombrables, (co)produisant toutes les créations qu’ils programment… La Région et ses maigres 55 000 €, l’État et ses encore plus maigres 54 000 € (+ 17 000 d’actions culturelles), n’ont pas augmenté leur subvention depuis 12 ans, et depuis leur déménagement à la Joliette c’est le statu quo pour un équipement nettement plus coûteux que leur Minoterie d’origine.

De poste aidé en poste aidé, d’expédients en bouts de ficelle, ils s’en sortent, mais « l’équipe est à fond ». Or il leur faut aujourd’hui bâtir un nouveau projet applicable dès janvier 2017, reprendre le personnel du Lenche qui ne correspond pas forcément à leurs besoins… tout cela sans savoir ce qu’ils vont récupérer de leurs subventions : la totalité d’avant la baisse, ou seulement des dettes et la masse salariale ?

La question de la programmation se pose évidemment dans cette toute petite salle, qui ne peut compter sur des recettes. Continuer les résidences de compagnies, déployer l’action culturelle de l’autre côté du quartier, garder l’angle de l’enfance et des pratiques amateures : les Minotiers connaissent l’âme du Lenche, et ne veulent pas la changer.

Mais ils veulent, avant tout, conserver dans leur budget les 40% de marge artistique nécessaire pour soutenir la création. Or on leur demande de construire un projet sans lever le flou sur son financement. Il ne faudrait pas que, pour sauver ce qu’il reste du Lenche, la Minoterie boive le bouillon.

AGNÈS FRESCHEL
Juillet 2016

Photo : Entrée principale du Théâtre de Lenche – janvier 2013 -cc- Marsiglia2013


Théâtre de Lenche
4 Place de Lenche
13002 Marseille
04 91 91 52 22
http://www.theatredelenche.info/


Théâtre Joliette
2 place Henri Verneuil
13002 Marseille
04 91 90 74 28
www.theatrejoliette.fr