Bibliothèques, librairies, événements littéraires : misère du livre à Marseille

Marseille en manque de lecture publique

Bibliothèques, librairies, événements littéraires : misère du livre à Marseille - Zibeline

Bibliothèque, librairies, événements littéraires : Marseille est en souffrance dans tous ces domaines, et s’y procurer un livre n’est pas évident…

Le réseau des bibliothèques de Marseille est nettement insuffisant : la Direction Régionale des affaires culturelles alertait déjà en 2012 en notant que «ce réseau n’est pas suffisamment dense ni suffisamment étendu pour une ville de la taille de Marseille». Aujourd’hui un rapport de l’Agence Régionale du Livre avance un chiffre : cette ville de 850 000 habitants, capitale de région, est équipée en termes de lecture publique comme une ville de 200 000 habitants, et les horaires d’ouverture sont nettement en deçà de la moyenne nationale : les petites bibliothèques de Bonneveine, des Cinq Avenues, de Castellane et du Panier n’ouvrent que 4 jours par semaine depuis septembre, faute de personnel… Si l’on fait la moyenne aujourd’hui des huit établissements municipaux, on totalise moins de 200 jours d’ouverture par an, contre 254 à Lyon ou à Paris. L’Alcazar en est à 217 : fermé le dimanche et le lundi, l’établissement n’ouvre qu’à 11h pour s’arrêter à 19h, et s’octroie jours fériés et vacances, n’ayant pas assez de personnel pour qu’il tourne aux horaires et aux jours qui arrangeraient le public. De plus la circulation des documents entre les établissements fonctionne mal, les politiques de programmation et d’acquisition sont mal définies, et le budget de communication est inexistant. Comment alors envisager d’augmenter le nombre des inscrits dans le réseau, qui n’est que de 60 000 ? Comment programmer des ateliers, des expositions, des événements, des concerts, qui font la vie des autres médiathèques de France ?

Heureusement des établissements complémentaires existent : la Bibliothèque départementale, mais aussi le réseau privé et ancien des OCB. La Ville, qui a pris la mesure du déficit et des dysfonctionnements, veut y remédier en s’appuyant sur ce réseau associatif, paroissial à l’origine (1937), emmené par des bénévoles dévouées, et comportant 33 bibliothèques de quartier et 10 bibliothèques hospitalières… Mais la Ville ne parviendra à pallier les manques qu’en recrutant le personnel nécessaire à l’élargissement des horaires d’ouverture.

Les libraires

Car les librairies à Marseille ne vont pas mieux : concentrées dans le centre-ville pour la plupart, elles désertent les quartiers difficiles. En dehors de l’Encre bleue à l’Estaque, il est impossible pour un écolier des très vastes quartiers Nord de trouver près de chez lui le moindre livre de poche classique que ses professeurs lui demandent. Il faut dire que les libraires marseillais ont du mal à vivre, à avoir du stock, à promouvoir des auteurs, à programmer des événements. L’association Libraires à Marseille qui regroupe la plupart d’entre elles n’a pas les moyens d’impulser une vie littéraire digne de la deuxième ville de France.

Depuis 2005 l’aventure des Littorales impulsée par l’association avait pourtant réussi à prendre un peu d’ampleur… et à faire venir à Marseille les auteurs de la rentrée littéraire. L’édition 2014 avait rencontré un beau succès. Mais la Ville de Marseille, insatisfaite, vient de mettre un terme à ce festival. Pour créer enfin un événement littéraire de grande ampleur à Marseille, elle a lancé un appel d’offre, auquel une éditrice et une libraire marseillaises (Fabienne Pavia directrice de Bec en l’air et Nadia Champesme de l’Histoire de l’Oeil) ont répondu. Si elles l’emportent, nul ne doute de leurs compétences ; mais les Littorales, avec un budget global plus de trois fois inférieur à celui des Correspondances de Manosque par exemple, avait réussi en 2013 à concevoir un événement digne de la Capitale culturelle, et à le conforter en beauté à la rentrée 2014. Pourquoi ne pas s’appuyer enfin sur ce réseau qui ne manque parfois de dynamisme que par un déficit chronique de moyens ? Pourquoi ne pas lui confier enfin le budget nécessaire à cette grande manifestation littéraire que la Ville semble souhaiter ?

On espère que les Libraires seront associés à l’événement nouveau imaginé par la Ville, et qu’il permettra d’impulser à Marseille un élan littéraire digne de son passé prestigieux, et de ses citoyens d’aujourd’hui. On peut cependant en douter : tant que la Fac de lettres, le rectorat et la Drac seront à Aix, et le campus d’art à Luminy, la capitale régionale se verra privée de l’indispensable vitalité étudiante…

AGNÈS FRESCHEL
Mars 2015

Photo : La marquise de l’Alcazar -cc- Jean-Pierre Dalbéra