Retour sur l'ouverture de MP2013

Mais on a fait polytèquenique !

Retour sur l'ouverture de MP2013 - Zibeline

Hourra ! L’ampleur et la réussite plus que débordante de la fête ont eu raison de leur prétendu réalisme ! Et de toute la rancœur des marseillophobes !

Le 12 janvier, à Marseille, le contraste entre la tiédeur des discours officiels et l’enthousiasme festif fut patent ! Manifeste ! 450 000 personnes dans la rue selon la Préfecture, qui n’a pas l’habitude d’en rajouter. Étonnant ? Pas forcément, Marseille est avide de rassemblements populaires, et manque cruellement de temps festifs.

Du coup la Fête d’Ouverture a souffert de son succès : des TER bloqués, des queues au métro et au ferry boat malgré la multiplication des rames et l’efficace dispositif de filtrage, des foules trop pressées par endroits, et des événements pris d’assaut, comme les points de restauration rapide, d’où la frustration de ceux qui sont restés aux portes… Mais il a fallu gérer une affluence que les plus optimistes n’avaient pas envisagée : car personne n’avait parié que Marseille parviendrait à dépasser Lille 2004 et les presque 300 000 fêtards de la capitale nordique… Dans l’équipe de MP2013, on assurait que rassembler 200 000 personnes serait une réussite, et 300 000 un grand succès ! Et tout cela s’est déroulé sans un seul incident notable, dans une ambiance bon enfant, et sans débordement et assaut autres que d’émotion… Car on a vu des jeunes encapuchonnés aider un vieil homme fourbu, un inconnu qui relayait les bras fatigués d’une mère portant son enfant aux yeux écarquillés, tous les amateurs qui partout chantaient en retenant parfois leurs larmes, et devant l’immense rade retrouvée, la mer et tous ces bâtiments neufs, ces lumières nouvelles, ces espaces publics, cette dame qui pleurait franchement, de joie, disant ma ville, ma ville…

Car Marseille est rendue à ses habitants ; la baie désormais accessible, les quais du Vieux Port dégrillagés, les trottoirs élargis, les passerelles et escaliers dessinent une géographie nouvelle pour le promeneur… Sur le J4 les bâtiments rivalisent de beauté, et le Palais Longchamp, la «bonne mère», l’hôtel Dieu éclairent le ciel de couleurs nouvelles. Tout est prêt à l’heure : même si au cours de l’année les ouvertures d’équipements vont se succéder, il y a d’ici là de quoi se nourrir avec les expositions temporaires, et il est à parier que les propositions spectaculaires, trop peu nombreuses, ne désempliront pas !

On n’est pas des bœufs

Quel contraste avec les Vœux de l’État au monde de la culture ! Certes les événements tragiques au Mali pesaient sur la cérémonie d’ouverture et expliquaient l’absence du Président de la République. Mais sur l’estrade Jean-Claude Gaudin, toujours aussi courtois, peine à prononcer les mots enthousiastes qui auraient dû ouvrir cette capitale qu’il a désirée, et dont il a permis la mise en œuvre. Jean-Marc Ayrault parle «stimulation du tourisme et commerce», d’industrie de la musique, un peu de la «mission de service public» des médias, mais d’art et d’artistes point, ni d’élévation de l’esprit, et de Marseille moins encore, sinon pour dire en préambule qu’il faut la préserver du «poids des inégalités», et qu’elle possède «un formidable potentiel de développement» ! Seul José Manuel Barroso, dans une langue enfin belle, affirma sa «magnifique confiance dans le talent des artistes et des acteurs culturels», rappela que la France avait un «idéal de culture», cita pertinemment Braudel, et promit par ailleurs que le budget culturel européen allait augmenter, malgré ou en raison des temps difficiles.

Quant à Jacques Pfister, président de la Chambre de Commerce et de MP2013, il commença en citant Léo Ferré, un extrait de Tais toi Marseille fort mal venu ! Rejoignant Jean-Claude Gaudin dans une modestie qui vire à l’auto dénigrement, il affirma que Marseille n’était pas première de classe, et qu’ici on n’avait pas fait «polytèquenique», appuyant le mot d’un accent qu’il n’a jamais eu. Vision dont Marseille souffre autant que de sa délinquance et de la misère de ses quartiers délaissés.

Car il y a à Marseille des polytechniciens, des agrégés, des docteurs, intellectuels, scientifiques, écrivains, artistes. Ils étaient d’ailleurs pour la plupart, lors de ces vœux au monde de la culture, réunis debout devant lui. Et il y a à Marseille une vraie avidité de vraie culture. Les 450 000 personnes dans la rue l’ont prouvé, à l’heure où Paris rassemblait les forces les plus rétrogrades de la nation.

Reste à nourrir les attentes, jusqu’au bout des quartiers nord, et pas seulement de promesses, d’ouvertures temporaires et du feu de la fête, aussi beau soit-il.

AGNÈS FRESCHEL
Janvier 2012

A lire : l’article de la revue Mouvement sur le lancement