Macha Makeïeff appose sa griffe

 - Zibeline

La nouvelle directrice de la Criée change peu à peu les habitudes d’une maison à qui elle veut donner vie et couleur…

Les deux salles ont rouvert, et accueilli avec succès les premiers spectacles de la saison, programmés par Jean-Louis Benoit. Mais Macha Makeïeff a d’ores et déjà, discrètement, donné des couleurs aux programmes, infléchi la politique d’une communication auparavant volontairement austère, et préparé quelques Surprises ! Elles vont «imprimer dès cette année [s]a marque, et rester ensuite comme un fonctionnement. L’imprévu rendu possible par ces ouvertures relève aussi du hasard poétique, et cette maison doit prendre d’autres habitudes. Quand on fait une proposition artistique légèrement décalée on obtient une forme de joie. C’est comme ça que l’art existe, pas dans le fait de rester dans un genre et dans un pré carré.» Ces surprises, elle les distillera au long de cette saison, en commençant par Blanche-Neige d’Angelin Preljocaj dans la grande salle, puis Laterna magica (voir p10) dans le hall. Qu’elle veut rénover d’ailleurs, pour en faire «une salle des machines : une maison de théâtre est une fabrique, le public doit pouvoir accéder aux ateliers de costume, aux répétitions, voir les techniciens travailler. Le hall sera donc un endroit de passage, et un lieu d’accueil musical avec des performances, des présentations d’artistes et de plasticiens. Un lieu ouvert la journée, où l’on puisse concevoir des rêveries autour des spectacles. Comme une troisième salle, avec de grandes tables, une nef très simple sans cet escalier qui écrase le spectateur dès l’entrée et empêche la circulation du public.»

Quant à la pluridisciplinarité, elle représente pour Macha Makeïeff «le prolongement naturel des missions du Centre dramatique. Comment ne pas collaborer avec le MuCEM qui se construit, le Festival d’Avignon tout proche ? comment ne pas accueillir de la danse sur ce plateau qui est le plus beau de la région ? comment ne pas travailler avec l’opéra qui est si près, et propose à son public de si beaux plateaux lyriques ?». Lorsqu’on lui demande si la Criée va rester un Centre dramatique, sa réponse est très claire : «La mission de cette maison est de diffuser des textes et du répertoire, et il n’est pas question de se dérober à ce cahier des charges, même si mon travail d’artiste m’emmène plutôt ailleurs. Vers un théâtre différent, où le texte n’est qu’un élément de l’écriture, au même titre que les décors ou la musique, les gestes et le jeu. Mais le théâtre de texte sera bien évidemment présent.»

Pour l’heure elle répète les Apaches, un spectacle «sur ces bandes ultraviolentes des années 30, ces jeunes criminels qui ont fasciné l’art, et ces femmes libres qui, comme Colette, se sont déclassées pour devenir artistes.» Est-elle heureuse à Marseille ? «J’y suis née et je suis heureuse d’y être à nouveau installée. Cette ville ne ressemble pas aux autres, elle est rugueuse, archaïque. Même les démarches des gens y sont différentes, plus décontractées, fanfaronnes. Marseille a mauvais genre, elle est pasolinienne, et vivre ici n’est pas gagné. Mais dès que l’on sent le confort il faut savoir se déplacer… ici le foisonnement artistique doit répondre au foisonnement de la ville, sinon c’est une faute de goût.»

Les projets ? Travailler pour que Marseille Provence 2013 soit un succès populaire autour des Mille et une nuits «qui rassemblent tout le monde, ont irrigué toutes les cultures et parlent à tous les âges et tous les milieux.» Et faire venir dans ce théâtre «tous ceux pour lesquels franchir la porte d’un tel lieu reste intimidant.»

AGNÈS FRESCHEL
Décembre 2011


La Criée
30 Quai Rive Neuve
13007 Marseille
04 91 54 70 54
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