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Le collectif (LA)HORDE prend la direction du Ballet National de Marseille

Liquider le ballet, ou l’âge post internet

Le Ballet National de Marseille coûte cher, et tourne peu. Avec ses 21 danseurs il est perçu par les collectivités publiques comme un poids plutôt que comme une chance. Elles rêvent de le liquider pour faire du BNM un Centre chorégraphique comme les autres, sans danseurs salariés ; et l’accusent à cette fin de manquer de rayonnement international. Il faut dire qu’après Roland Petit il a subi la gestion humainement catastrophique de Marie-Claude Pietragalla, suivie par Frédéric Flamand mal accepté par la ville, puis par Emio Greco et Peter C. Scholten qui n’ont jamais abandonné leur ballet hollandais et tournaient très peu avec le BNM.

Qu’en est-il aujourd’hui de leurs successeurs ? C’est le jeune collectif (LA)HORDE qui a remporté la mise. Trois artistes qui se définissent comme performers, vidéastes et chorégraphes. Ils n’ont jamais dirigé de ballet, comptent à leur actif installations, concerts et performances, et la pièce chorégraphique ToDaBone. Soit un magnifique geste de Jumpstyle, insurrectionnel, épatant, mais pour 10 danseurs dont une seule danseuse…

L’État et la Ville de Marseille ont-ils conscience de les avoir nommés à la tête d’un ballet mixte de danseurs formés aux danses classique et contemporaine, et non aux danses urbaines ou « post internet » comme ils le disent ? Que vont-ils devenir ?

L’art sans artistes

Car il semblerait que le BNM n’a plus de sens, à force de mauvaises décisions de ses tutelles, depuis la nomination de Pietragalla, étoile narcissique qui mettait les danseurs littéralement à ses pieds jusqu’à la nomination insensée de deux directeurs absents qui les plaçaient, toujours aussi littéralement, dans les pas des leurs… Les corps peuvent-ils être plus parlants ?

Il y avait, parmi les candidats, des chorégraphes habitués à faire surgir ces sens, à faire danser les corps. Des chorégraphes qui respectent les longues années, les longues heures, passées à faire de son corps l’instrument de son art : Emanuel Gat ou Josette Baïz aiment la danse, et leurs créations tournent sur les scènes nationales et internationales. Mais ils sont de la région. Est-ce, aux yeux de l’État et de la Ville, le signe d’une infériorité qualitative ? Ou faut-il attendre désormais des tutelles qu’elles préfèrent la danse sans danseurs, et l’art sans artistes ? Est-ce le sens de « post internet », et est-ce ce que nous désirons ?

AGNÈS FRESCHEL
Avril 2019