Musée d'histoire de Marseille, merveilles et approximations

L’Histoire d’une ville

• 19 septembre 2013⇒17 octobre 2013 •
 Musée d'histoire de Marseille, merveilles et approximations - Zibeline

Un nouvel équipement majeur pour Marseille : le musée d’histoire dévoile enfin ses fonds inestimables.

La plus vieille ville de France possède des merveilles archéologiques, grotte Cosquer du paléolithique, bateaux antiques, faïences, église funéraire paléochrétienne… qui témoignent de 30 000 ans d’histoire humaine sur le site. L’agrandissement considérable du musée d’Histoire (architecte Roland Carta) permet aujourd’hui de les montrer, dans des conditions de visite agréables, ouvertes à tous, pédagogiques, sans lourdeur. Et dans un parti pris à la fois chronologique et thématique, pensé intelligemment par le conservateur Laurent Védrine, en séquences chacune centrée autour d’un objet symbolique, et clairement expliquée.

L’inauguration le 12 septembre et les Journées du Patrimoine qui ont suivi ont permis de rassembler les visiteurs, nombreux, au cœur de ce qui est resté, depuis 26 siècles, le centre de Marseille : le site même du Port antique dont le Jardin des Vestiges témoigne. Une scénographie réussie (Adeline Rispal), permet de parcourir un musée lumineux, clair, tourné vers la mer, disposant d’espaces considérables, et offrant une plongée dans les temps historiques qu’on pourrait dire immémoriaux… si ce n’est que justement les 4000 objets exposés leur donnent une présence palpable ! Les figures marseillaises légendaires ou historiques, Prôtis et Pythéas, Belsunce, Nadar ou Berty Albrecht, sont présents grâce aux objets, vaisselle, tableau, statue ou chambre photographique, qui les font revivre aux yeux des visiteurs. Les cartels donnent les explications nécessaires, situent chaque pièce, et des films nombreux, simples et courts, viennent à point nommé souligner les raisons d’exposer ces objets inanimés. Ici un casque ottoman, là un motif sur un plat, plus loin les films de Guédiguian, Carpita, Allio, Dridi, ravissent les yeux et les esprits.

Aller plus loin ?

Quelques regrets cependant : si les séquences d’ouverture, antiques, sont remarquables, la période contemporaine, au troisième niveau, est vraiment rapide, et moins soignée. L’histoire de l’immigration est à peine évoquée, la désindustrialisation bâclée, la Révolution absente, Monsieur Gaudin nous renvoyant au Mémorial de la Marseillaise. La période de la France dite Libre et l’entre-deux-guerres sont évoqués anecdotiquement par l’opérette et les films de Pagnol. Quant aux périodes médiévales et modernes, elles sont très nettement dominées par des objets religieux catholiques : si la basilique funéraire de Malaval est exceptionnelle, l’intérêt d’évoquer la Peste de 1720 par un tableau du Sacré Cœur, ou de rompre l’avancée chronologique par une restitution de l’église Saint Martin qui superpose angelots des XIIe et XIXe siècles, l’est moins. De façon générale les minorités sont peu présentes, comme si l’histoire de Marseille pouvait s’évoquer linéairement en déroulant des périodes successives : le temps historique est très long, et l’on comprend la volonté de lisibilité, mais elle aboutit par endroits à des simplifications.

Le pompon revient à la boutique : sardines, savons, cagoles et livres touristiques y côtoient des livres-jeux pour enfants, et les ouvrages historiques sont rares. On est loin du sérieux bibliographique de la librairie du MuCEM.

Il s’agit donc ici d’un musée susceptible de plaire aux touristes et de nourrir la mémoire anecdotique des Marseillais. C’est appréciable, mais on aurait pu s’attendre à une véritable ambition historique, et à des avancées de la connaissance scientifique. Si les chercheurs travaillent en coulisses, et exploitent en particulier la découverte du site de Malaval, le musée pour l’heure n’en témoigne pas assez : il renseigne, et n’interroge pas.

Les mises en perspectives existent cependant dans les séquences antiques, quand les objets Gaulois et Grecs sont confrontés, ou plus globalement par le choix qui est fait de tourner chaque salle vers la mer, affirmant l’identité commerçante de Marseille depuis ses origines. Le temps permettra sans doute, et la richesse du fonds, de généraliser cet esprit à tous les étages.

AGNÈS FRESCHEL
Septembre 2013

Photo : Musée-d’histoire-c-Agnes-Mellon


Un projet politique

Jean-Claude Gaudin lors de l’inauguration parla beaucoup du Mémorial voisin, dont il regrette le peu de succès, et précisa le projet politique de son musée, clairement intégrateur et anti FN : «À Marseille on est habitué aux étrangers qui, strate par strate, ont constitué ce que nous sommes aujourd’hui. Nous préférons une politique de fraternité et d’ouverture que la haine qui stigmatise les populations. Nous ne voulons pas de communautarisme, mais un respect de l’autre et un partage. Ce respect part de la connaissance de l’histoire…»


Les chiffres

Investissement de 35 millions d’euros, pour l’essentiel de la Ville

1M de l’État, 2,4M du conseil régional, 3,1M de la société des Eaux, 8,75M du conseil général

4000 pièces exposées sur les 50 000 pièces du fonds

6500 m2 d’exposition, 9000m2 de superficie du site archéologique

Auditorium de 200 places

 

Prolongements

Le Musée d’Histoire se prolonge au dehors, avec les sites historiques de Saint Victor, des Docks romains… le Mémorial de la Marseillaise. Des parcours historiques sont balisés depuis l’entrée du musée, empruntant la Voie romaine qui traversait Massalia jusqu’à l’actuel J4, à découvrir seul, ou accompagné de la comédienne Bénédicte Sire. Des visites commentées du Port antique sont prévues le week-end. De nombreuses activités, ateliers, animations périscolaires sont prévues, à tout âge.

Une exposition temporaire Des bulles et des fouilles : la BD s’invite au musée,  est en place jusqu’au 15 décembre.

 

Musée d’Histoire de Marseille

Tous les jours de 10h à 18h sauf le lundi

04 91 55 36 00

www.marseille.fr