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Entretien avec Pierre Caussin, directeur du Forum Jacques Prévert, à propos de l'éducation à l'art

Les trois roues de Carros

Entretien avec Pierre Caussin, directeur du Forum Jacques Prévert, à propos de l'éducation à l'art - Zibeline

La Ville de Carros s’est engagée dans le processus du 100% EAC (Education artistique et culturelle : lire ici notre entretien avec le Recteur de l’Académie de Nice à ce sujet, et là notre enquête auprès des enseignants). Le directeur du Forum Jacques Prévert nous explique comment.

Zibeline : Pourquoi la petite ville de Carros, à quelques pas de Nice, fait-elle partie des 10 villes test du 100% EAC ?

Pierre Caussin : D’abord et avant tout parce que son histoire le lui permet : les équipements culturels existent, ils sont nombreux pour une ville de 12 000 habitants. La politique culturelle est depuis longtemps un axe fort des municipalités successives. À Carros il y a 39 nationalités, un quartier classé en Politique de la ville, et le travail d’ouverture vers le public est essentiel. De fait, le 100% est acquis sur le territoire, et la proposition est variée, tant au niveau du livre jeunesse que des arts plastiques et du spectacle vivant. C’est pourquoi, lorsque nous avons pris connaissance du dispositif, nous en avons parlé avec le maire qui a fait la démarche auprès de notre recteur, qui préside le Haut comité national. C’est évidemment une chance pour nous. Cela permet de souligner le travail antérieur fait sur ce territoire.

Cela change-t-il vos pratiques ?

Oui ! Ce ne sont plus les écoles qui sollicitent au coup par coup mais les opérateurs culturels qui font une offre dans laquelle leurs parcours d’éducation vont s’inscrire. Cela entraîne des changements très concrets. Les trois équipements, c’est-à-dire la médiathèque André Verdet, le Forum et le CIAC (Centre International d’Art Contemporain, ndlr) travaillent désormais dans la complémentarité, en particulier au niveau des horaires et des jours d’ouverture : nous nous relayons pour établir une permanence pendant les vacances, et sur le temps scolaire nous essayons de bâtir ensemble des parcours cohérents, progressifs, qui concernent les élèves de tous les âges, en accord bien sûr avec les enseignants.

Que vous apporte le cadre national ?

Une évaluation et un cadre. Les trois piliers -voir des œuvres, pratiquer un art, acquérir des connaissances- que nous mettions en place empiriquement, entrent aujourd’hui dans un projet de territoire, plus lisible pour tout le monde : les opérateurs culturels, les établissements d’enseignement, les responsables politiques, les parents, les enfants… et la presse ! Nous avons un comité de pilotage, on s’y confronte, on échange nos idées et nos diagnostics…

Avez-vous pour cela des financements supplémentaires ?

Dans le principe non. Mais de fait l’attention des collectivités se porte davantage vers nous…

Cela se traduit comment pour vous ?

Le Forum Jacques Prévert a obtenu des augmentations. La Ville a maintenu son financement de 500 000 euros, important d’autant qu’il s’augmente de mises à dispositions, et la Région est passée de 80 000 à 100 000 euros, le Département de 10 000 à 30 000, l’État de 10 000 à 15 000, puis sans doute 25 000 en 2019. Il est rare en ce moment que les financements culturels augmentent, et évident que notre implication dans l’EAC n’y est pas étranger.

Ces augmentations depuis votre arrivée en 2017, 55 000 euros si je compte bien, sont-elles suffisantes pour mener à bien tous les projets supplémentaires ?

Non, cela coûte beaucoup plus cher… mais c’est une question de priorité. Je préfère accueillir un spectacle de moins dans la saison et mener ces ateliers avec les moyens artistiques et humains nécessaires. J’ai un peu réduit le budget de diffusion pour aller vers ces projets-là. Tout en continuant à aider les artistes du 06 à diffuser ailleurs.

Quels sont aujourd’hui les éléments de votre programmation qui entrent dans le cadre de l’EAC ?

Toute notre programmation de fait ! Nous accueillons sans cesse des élèves qui rencontrent les artistes, et participent. Le 22 mars on a accueilli Ces filles-là, une équipe féminine qui a proposé un spectacle féministe sur l’adolescence, et a fait participer 8 jeunes filles de Carros mêlées aux 12 de la troupe… Nous avons beaucoup de projets participatifs de ce type-là. Et puis bien sûr les propositions plus spécifiques.

C’est-à-dire ?

Notre saison commence en septembre par un festival jeune public, festival de création qui mêle ateliers, spectacles, contes, concerts. À la rentrée. Et puis toute l’année il y a les Kids conférences, où Xavier Marchand accueille des personnalités très diverses, la clown Catherine Germain, le chef étoilé Emmanuel Perrodin… Ils doivent répondre aux questions des enfants, et seulement à eux ! Il y a également la Kids compagnie pour les 8-12 ans, et la troupe d’ado de Lucile Jourdan qui travaille sur la désobéissance pendant deux ans, de l’écriture à la scène. Leur projet fera partie de la saison prochaine, au même titre qu’un spectacle professionnel. Julie Villeneuve aussi travaille avec le CFA de Carros et une classe d’un lycée général de Nice, pour mettre en mots puis en scène un spectacle intitulé Liberté, égalité, et moi dans tout ça.

Bien entendu, les artistes en résidence de création s’impliquent également dans l’EAC. Tout cela relève du même projet de partage de l’art, et d’ancrage de l’art dans la réalité du territoire.

Une esthétique du réel ?

Aussi, sans doute…

Entretien réalisé par AGNÈS FRESCHEL
Avril 2019

Photo : Résidence Cie F – Arthur Perole – école Primaire © Forum Jacques Prévert