Entretien avec Irina Brook, directrice du CDN de Nice, sur une saison 2017-2018 très Shakespearienne

Les temps forts du Théâtre de Nice

• 18 octobre 2017⇒5 novembre 2017 •
Entretien avec Irina Brook, directrice du CDN de Nice, sur une saison 2017-2018 très Shakespearienne - Zibeline

Irina Brook dirige le Centre Dramatique National de Nice depuis 4 ans. Et y a apporté de notables changements. Rencontre avec une directrice et metteure en scène.

Zibeline : Le Centre Dramatique de Nice, avec ses deux salles de 900 et 300 places, propose cette année 37 spectacles et 130 levers de rideau. C’est beaucoup !

Irina Brook : Oh, nous nous sommes limités cette année, nous étions à plus de 45 spectacles l’an dernier, et nous avons voulu nous concentrer sur les festivals, les événements spéciaux, soutenir au mieux les artistes accompagnés, et aller vers de nouveaux publics. Il faut être en mouvement pour proposer un théâtre du présent.

C’est très Shakespearien comme conception, ce présent qui s’écoule ! Un auteur au cœur de votre programmation…

Pour moi, il englobe et rassemble tout ce que j’aime dans le théâtre, par sa force dramatique, mais aussi philosophique, populaire, humaniste. Il est le seul auteur de théâtre de cette envergure dans l’histoire et au monde. Il subsiste un malentendu entre les Français et Shakespeare, comme s’il n’était pas « à nous ». Notre festival Shake Nice, en janvier, travaille à cette appropriation essentielle, en particulier à travers un volet pédagogique où collégiens et lycéens jouent Shakespeare sur le grand plateau…

Votre nouveau festival Génération Z veut également ouvrir à d’autres publics.

Le renouvellement passe par les plus petits. La programmation proposée est ludique, et d’une grande qualité intellectuelle et artistique, pour que les ados et les enfants viennent, et pour que les parents qui les accompagnent y trouvent leur compte. Le terme « tout public » inclut aussi les adultes.

Un autre temps fort de la saison aura lieu en mai.

Il s’agit de réfléchir autour des utopies culturelles. 50 ans après 68, qui a aussi bouleversé le théâtre et les arts, les artistes peuvent-ils réinventer le monde ?

Vous apportez résolument un soutien aux artistes de la région, comme Sylvie Osman, Garcia Romeu, Oberdorff

Nice est très excentré, assez abandonné du pays, on est un autre monde, avec beaucoup de manques, en transports, en reconnaissance, en médias. Il est nécessaire de soutenir ceux qui travaillent et créent ici, victimes de cette invisibilité.

Vous travaillez également avec quatre jeunes acteurs, vos Éclaireurs ?

C’est une jeune compagnie niçoise que j’ai formée, de façon très libre, très free school. On a fait des spectacles en intervention, dans la rue, les entreprises, et cela forme vite ! Ils sont formidables, je reprends avec eux Tempête !

Vous qualifiez cette reprise de « re-création » . Pourquoi y revenir ?

La dernière œuvre de Shakespeare est trop profonde, trop complexe pour parvenir à la saisir d’un coup. J’aime tant cette pièce ! J’ai l’impression d’avoir, cette fois, en l’allégeant et en l’épurant beaucoup, atteint quelque chose de sa profondeur. C’est paradoxal…

Dans votre programmation, que voudriez-vous souligner encore ?

Je suis attachée à tout, j’ai tout choisi ! J’aime notre volet Voyageons, qui permet d’ouvrir les esprits sur le monde. Et aussi Réveillons nous, qui avec une pièce comme Gaz de Tom Lanoye, portée par l’incroyable Viviane de Muynck, pose des questions dérangeantes et bouleversantes. Et puis les classiques : Feydeau, Homère, Maupassant, permettent de réinventer le futur, parce que ce qu’ont fait nos ancêtres nous permet de nous projeter en avant. J’aime aussi le travail physique d’Aurélien Desclozeaux, je les aime tous !

Il y a beaucoup de femmes au TNN, dans votre équipe, sur scène, dans les spectacles invités. Est-ce un choix ?

J’ai d’abord essayé de faire un festival autour des femmes, des textes de femmes, avec des femmes sur scène, mais c’était très artificiel et clivant. Je ne suis plus persuadée que la parité, pour le théâtre du moins, adviendra de cette façon. Je ne veux pas, je ne peux pas choisir un spectacle par rapport à cela. Mais de fait je m’entoure de femmes, elles sont là. Et c’est encore mieux que ce soit naturel !

Propos recueillis par AGNES FRESCHEL
Septembre 2017

Au programme du mois :

18 au 22 octobre : Edmond
Spectacle couronné de 5 Molière, Edmond est un making off de Cyrano de Bergerac. Alexis Michalik plonge avec romantisme (et grandiloquence nécessaire) dans l’œuvre d’Edmond Rostand.

21 octobre au 5 novembre : Génération Z
Le nouveau festival pour la jeunesse, avec Dom juan et les clowns, où Irina Brook reprend la farce burlesque de la compagnie Miranda. Dom Juan nihiliste est secondé par un Sganarelle au nez rouge. Bulle, une odyssée : à travers l’histoire d’un poisson rouge privé d’eau Thierry Vincent (Compagnie BAL en résidence à Nice) écrit, dessine et joue un conte contemporain écologique ; à partir de 4 ans. La même compagnie propose Azerty ou les mots perdus : Azerty et Noémie partent à la recherche des mots en voie d’extinction. Et Point d’interrogation, adapté du texte de Stefano Massini par Irina Brook avec ses Éclaireurs : dans un futur où virtualité, chimie et publicité dominent, que devient notre humanité ? Un spectacle burlesque et inquiétant, à partir de 9 ans.

Photo : Azerty, Cie BAL © C. Valenti


Théâtre National de Nice
Promenade des Arts
06300 Nice
04 93 13 90 90
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