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Arles reçoit la 24e édition du festival "Les Suds", du 8 au 14 juillet

Les Suds

• 8 juillet 2019⇒14 juillet 2019 •
Arles reçoit la 24e édition du festival

Des Suds en porte-voix des peuples.

La 24e édition du festival arlésien accueille les artistes qui font la musique du monde. Entretien avec l’un d’eux : Ibrahim Maalouf.

Zibeline : D’où vient ce besoin permanent de partager la scène, de multiplier les collaborations ?

Ibrahim Maalouf : Je suis né dans une famille d’artistes et, en grandissant, mon père m’a beaucoup encouragé à faire de la scène en m’invitant avec lui à jouer dès l’âge de 9 ans. Et ce jusqu’à mes 14-15 ans. Je pense qu’après avoir goûté à la scène, j’ai continué naturellement à aimer m’y produire. Le collaborations, c’est ce qui est le plus intéressant selon moi. On se croise avec des artistes qui n’ont pas forcément le même langage et un dialogue nouveau s’installe. C’est comme cela que je vois la création artistique.

Pourquoi cette tournée avec le Haïdouti Orkestar ?

Je connais Haïdouti Orkestar depuis très longtemps pour avoir été invité dans tous leurs albums et participé en tant que musicien à leurs tournées. Je les aime. Je les trouve très talentueux, et surtout, j’aime le fait qu’ils soient originaires de partout. Je les ai invités à de nombreuses reprises sur scène, et c’est cela qui me donne aujourd’hui envie de partager une vraie tournée d’été avec eux. Ils jouent des musiques venues d’un peu partout et c’est un mixage de sons que je trouve passionnant.

Les musiques des Balkans sont-elles pour vous l’illustration parfaite de la passerelle entre Orient et Occident qui caractérise votre esthétique ?

Absolument. Les Balkans sont au croisement Orient/Occident et en cela sont un exemple sublime de ce qui se fait de mieux artistiquement lorsqu’il s’agit de mélanges culturels. Et il est évident que cette recherche me tient à cœur. Je suis né à Beyrouth et mon éducation est un savant mélange d’Orient et d’Occident. Je me sens les deux. Cette musique me parle avec beaucoup de sincérité et je me sens d’une certaine façon un peu gitan aussi. J’ai comme le sentiment d’avoir les mêmes gènes.

Votre succès vous rend-il optimiste quant à l’acceptation de la diversité culturelle, notamment des cultures de l’arabité, en « Occident » et plus particulièrement en France, dans le climat politique que l’on connaît ?

Je ne crois pas. Je pense que c’est même plutôt le contraire. Je vois le décalage de manière notable et parfois grotesque entre les contextes où je suis reconnu avec des comportements vis-à-vis de moi liés à l’appréciation de mon travail et ceux où je suis complètement anonyme et où la façon avec laquelle je suis regardé ou envisagé est différente. Un mur immense sépare ces deux situations. L’exemple typique est cette nuit qui a succédé au concert historique que nous avons donné à Paris-Bercy, en 2016 où plus de 16 000 personnes nous avaient applaudis. Après le concert, c’était la folie : tout le monde voulait me parler, faire des selfies, etc. Les vigiles, la police qui faisait les rondes étaient tous particulièrement avenants et agréables. Le soir même, nous sommes allés, mon guitariste et moi, faire un peu de musique, en toute simplicité, en bord de Seine, pour fêter ça. Une voiture de police s’est approchée et nous a interrogés alors que nous ne faisions rien de répréhensible. Lorsque nous avons évoqué le fait que nous venions de jouer à Bercy, ils ne nous ont pas cru et ont pensé que nous nous moquions d’eux. Il a fallu les supplier de regarder sur Internet. Tout cela pour dire que s’ils nous ont laissé jouer un peu, ce qui ne dérangeait personne, c’est parce qu’ils se sont rendus compte que j’étais « connu ». Si des inconnus, surtout arabes ou gitans, avaient fait la même chose, ils auraient finis au poste. Parce que je suis privilégié, je me rends donc encore plus compte du décalage de traitement. C’est la réalité de cette France crispée.

Vous considérez-vous davantage comme un jazzman ou un artiste des musiques du monde ?

Je ne sais pas vraiment. Je serais tenté de dire que c’est ni l’un ni l’autre. En réalité, je puise mon inspiration dans les deux, mais pas seulement. La musique classique m’inspire énormément. La musique arabe aussi. Les musiques indiennes, le blues, les musiques africaines, nordiques, slaves, yiddish, japonaises, sud-américaines, la musique contemporaine, la pop, le hip hop… Je pourrais passer des heures à énoncer tout ce qui m’inspire. Au final, je pense que le plus important, c’est la musique. Sans chercher à la définir.

LUDOVIC TOMAS
JUIN 2019

Les Suds
8 au 14 juillet
Divers lieux, Arles
04 90 96 0627 suds-arles.com 

Et aussi

Bobby McFerrin, Le mystère des voix bulgares, Mélissa Laveaux, Fatoumata Diawara, Pongo, Moussu T e lei Jovents

Photo : Ibrahim Maalouf c Yann Orhan