Le Festival d’Avignon partira-t-il en fumée ?

Les spectres planent sur le IN

• 4 juillet 2014⇒27 juillet 2014 •
Le Festival d’Avignon partira-t-il en fumée ? - Zibeline

Cela fait des mois qu’à Avignon la coordination des intermittents s’organise et multiplie les interventions pour alerter sur le caractère inacceptable de la réforme de leur régime d’indemnisation, et les risques de voir resurgir le spectre du Festival 2003. Aujourd’hui la machine s’emballe (lire ici). Le 10 juin, conscients de la menace qui pèse sur l’édition 2014, la maire d’Avignon Cécile Helle (et vice-présidente de la culture en région paca) et Olivier Py (qui s’est officiellement engagé dans la défense des intermittents et a réclamé auprès du Premier ministre un moratoire sur l’accord du 22 mars et une réouverture des négociations) rencontraient les syndicats. Le soir-même, en Assemblée générale, les techniciens, artistes, régisseurs du In annonçaient se réserver le droit de se mettre en grève dès le 4 juillet, si le protocole d’accord de l’assurance chômage du 22 mars était agréé par le ministre du Travail François Rebsamen, en publiant un communiqué explicite : «Une réforme oui mais une réforme juste !». Les leçons de l’annulation du In en 2003 ne sauraient-elles être tirées ? Rappelons que les retombées économiques du festival sont estimées à 25 millions d’euros pour la ville…

Agora des contestations ?

Olivier Py, pour son premier Festival, a beaucoup insisté sur le rôle social et «l’expérience politique et collective» de celui-ci. Nous y sommes pleinement ! Et si en ce mois de juillet Avignon devient l’agora des revendications et des mouvements contestataires, il reste à espérer que le public -« qui fait la réussite du festival» selon Vilar- soit solidaire et au rendez-vous pour saisir non seulement l’interprétation du monde que proposent les artistes sur scène, mais aussi, urgemment, celui qu’ils vivent au quotidien, loin des projecteurs. Que cette «communauté d’esprit qui se réunit pour apprendre à être politique, pour comprendre par l’œuvre des artistes et des poètes comment être au monde» selon Olivier Py, soutienne ses artistes, quoi qu’il arrive. Les Ateliers de la pensée, ouverts de 11h à 19h sur le site Louis Pasteur de l’Université, prévus pour accueillir des rencontres et «tous les débats qui ont agité la France dans l’année», deviendront en ce sens l’épicentre du Festival de théâtre.

Les poètes au cœur de la cité

Car si le Festival est un lieu d’engagement et d’ouverture au monde, plongeant la ville dans un état d’«ébullition intellectuelle», il s’agit, aussi, d’un festival de théâtre indisciplinaire. Et la programmation de cette 68e édition mérite une attention particulière, avec 36 spectacles qui ouvrent un dialogue Nord-Sud en invitant des poètes venus de Grèce, de France, des mondes persans ou arabes. Olivier Py, qui présentera trois pièces dont la création Orlando ou l’impatience, a organisé une édition tournée vers la jeunesse, avec des tarifs réduits «pour endiguer les principes d’exclusion», et un lieu dédié au jeune public, les Pénitents Blancs, qui accueillera Falstafe de Novarina monté par Lazare Herson-Macarel. L’émergence sera également un fer de lance : 25 artistes ne sont jamais venus à Avignon et près de la moitié a moins de 35 ans : le plasticien Alexandre Singh dans The Humans, Antônio Araujo pour une déambulation autour du thème de la crise économique dans le bien-nommé Hôtel des Monnaies, Emma Dante avec Les sœurs Macaluso, Marie-José Malis, les chorégraphes Arkadi Zaides, Thomas Lebrun ou Julie Nioche. Et puis aussi Antu Romero Nunes, Josse de Pauw & Kris Defoort, Ivo Van Hove, Marco Layera, le néo-zélandais Lemi Ponifaso, la roumaine Gianina Carbunariu, le belge Fabrice Murgia, le grec Dimitris Karantzas. Présenté déjà à Marseille (voir Zib’ 73) et à certains collégiens d’Avignon, Othello, variation pour trois acteurs de Garraud et Saccomano sera itinérant. 2014 comme possible (un titre prémonitoire ?) de Didier Ruiz sera créé avec des adolescents de la ville.

On retrouvera Claude Régy, Alain Platel, Michel Raskine, Robyn Orlin, Thomas Ostermeier dans Le Mariage de Maria Braun de Fassbinder, Denis Guénoun, quatre œuvres de Lydie Dattas dont La Chaste vie de Jean Genet lue à la Cour par Guillaume Gallienne, et les Têtes Raides avec Jeanne Moreau dans Corps de mots. Et pour réveiller les fantômes du Festival et offrir des moments de théâtre inoubliables, Mai, juin, juillet de Schiaretti, Mahabharata par Satoshi Miyagi, Le Prince de Hombourg revu par Giorgio Barberio Corsetti, et l’intégrale d’Henry VI de Shakespeare monté par Thomas Jolly en 18h. Et toujours les Sujets à vifs, le Cycle des Musiques Sacrées, les Territoires Cinématographiques, les Fictions de France Culture

Une édition qu’il serait vraiment douloureux de voir partir en fumée !

DELPHINE MICHELANGELI
Juin 2014

Festival d’Avignon
du 4 au 27 juillet

Photos : Vitrioli-©-Marilena Stafylidou et Don Giovanni-Letzte Party-©-Armin Smailovic

Don-Giovanni.-Letzte-Party-©-Armin-Smailovic


Festival d’Avignon
Cloître St-Louis
20 rue du Portail Boquier
84000 Avignon
04 90 27 66 50
http://www.festival-avignon.com/