Le nouveau profil architectural de Marseille

Les métamorphoses de Marseille

Le nouveau profil architectural de Marseille - Zibeline

Comment ne pas se réjouir du nouveau profil architectural de Marseille qui s’est dessiné à l’aune de la capitale culturelle européenne, entre l’inauguration du Silo le 21 septembre 2011 et du Théâtre Joliette Minoterie le 28 septembre 2013 ? La Cité des arts de la rue ayant simplement entériné de manière «officielle», le 30 novembre dernier, une réalité partagée par Lieux publics, Karwan et la FAI-AR…

À deux exceptions près -le Pavillon M et le J1-, les nouveaux espaces dédiés à la culture sont pérennes et marquent un tournant décisif tant du point de vue du développement urbanistique (quasi exclusivement sur le front de mer et dans la zone Euroméditerranée) que de l’augmentation de l’offre culturelle (musées, salles de spectacles, lieux d’échanges des savoirs et des ressources) et de sa diversité (concepts, missions et formes). Certains équipements comme le MuCEM, la Villa Méditerranée, la Tour Panaroma irriguent d’un sang neuf les veines de la cité phocéenne, sortis de terre à l’occasion de 2013 autour de projets novateurs. D’autres ont mis à profit la labellisation pour coupler leur déménagement avec l’envie d’un geste architectural fort : le Frac, le Musée Regards de Provence et La Minoterie réinventée, aujourd’hui ouverte sur la place Henri Verneuil. D’autres encore n’ont pas voulu rester en rade en opérant de profonds liftings, tels que le musée des Beaux-arts au Palais Longchamp, le Musée d’histoire-Site archéologique de la Bourse, le Château Borély qui, après des années de désaffection, regroupe les collections des arts décoratifs, de la faïence et de la mode. Une politique de rénovation des bâtiments doublée du redéploiement des collections qui, espérons-le, devrait offrir une meilleure visibilité aux musées de Marseille… D’autres enfin ont bénéficié de l’élan de MP2013 pour se doter d’outils de création et de diffusion : le Klap et le Château de la Buzine portés par la Ville, ou encore le PIC de l’Ensemble Télémaque.

Quant à la Friche, elle a fait l’objet d’un vaste programme de réhabilitation (crèche, ateliers d’artistes, bureaux, commerces) et de création de nouveaux espaces (Tour-Panorama et Pôle arts de la scène) qui booste déjà sa fréquentation. Ephémères, le J1 mis à disposition par le Grand Port Maritime a fermé ses portes le 22 décembre dernier malgré un succès public jamais démenti, tandis que le Pavillon M sera démonté le 15 février prochain. Une disparition que d’aucuns regretteront puisque 1,2 millions de personnes y sont passées en 347 jours.

Toutes ces métamorphoses interrogent les relations entre l’espace public et les équipements d’art et de culture, leur fonctionnement, leur appropriation par les habitants, leur intégration dans l’environnement urbain. Jusque dans un plus vaste territoire : à Aix, l’année 2013 aura favorisé l’émergence du Conservatoire de musique et de danse Darius Milhaud, la rénovation de la Chapelle des pénitents blancs (Collection Planque du musée Granet) et l’ouverture d’un musée historique sur le site-mémorial du camp des Milles ; à Arles, l’extension du musée départemental Arles antique ; à La Ciotat, la rénovation mille et une fois annulée de l’ancien cinéma l’Eden. Autant de mutations profondes qui devront continuer à alimenter les désirs d’un public plus friand qu’avant. La preuve : une pétition circule déjà pour annuler le démantèlement du Pavillon M… Mais pour s’inscrire durablement dans le paysage, tous ces «nouveaux» équipements devront pouvoir compter sur l’engagement de leurs partenaires financiers, entreprises privées et collectivités publiques qui les ont portés sur les fonds baptismaux. À l’heure des bilans et des comptes, une fois les budgets d’investissement votés, la question de la mise à niveau des budgets de fonctionnement est plus que jamais d’actualité. Il n’est question, au mieux, que de leur maintien…

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Janvier 2014

Lire aussi nos articles sur les motifs d’inquiétude des artistes après MP2013, le bilan du point de vue des entreprises, et le bilan chiffré de la capitale culturelle.

Photos : MuCEM et Villa Méditerranée-c-Agnès-Mellon

Villa-Méditerranée-c-Agnès-Mellon