Entretien avec Isabelle Martin-Bridot, nouvelle directrice des Hivernales, CDC d'Avignon

Les Hivernales changent de tête

Entretien avec Isabelle Martin-Bridot, nouvelle directrice des Hivernales, CDC d'Avignon - Zibeline

Isabelle Martin-Bridot est officiellement nommée à la direction des Hivernales – centre de développement chorégraphique d’Avignon. Dont elle était la directrice déléguée depuis le départ, mouvementé, d’Emmanuel Sérafini. Portrait d’une femme de terrain…

Zibeline : Quel a été votre parcours jusqu’à cette prise de direction ?

Isabelle Martin Bridot : Je viens de l’enseignement de la danse, et j’ai commencé en 2000 à travailler à Uzès Danse, pour rejoindre dès 2004 le Centre de Développement Chorégraphique d’Avignon, en tant que chargée de communication. Emmanuel Sérafini m’a ensuite nommée secrétaire générale, et j’assure depuis janvier 2016 la direction par intérim.

Votre nomination a-t-elle fait l’unanimité ?

Je me suis sentie portée par une équipe en demande, par les collectivités territoriales et surtout par un conseil d’administration qui m’a nettement encouragée. Pour le ministère cela a été plus compliqué : ils ne me connaissaient pas. Mais la Ville et le Département ont été très actifs en ma faveur.

Les Hivernales sont-elles sorties des difficultés financières qui ont abouti au licenciement d’Emmanuel Sérafini, et qui existaient du temps d’Amélie Grand ?

On en était sorti après le départ d’Amélie Grand mais on a replongé l’année dernière. En 2016 on a commencé à résorber le déficit. L’exercice n’est pas fini mais je peux d’ores et déjà vous dire qu’on a fait un grand pas et que le bout du tunnel est en vue.

Et votre lieu, le théâtre des Hivernales, parviendrez vous à le conserver ?

À ce niveau tout reste à faire ! Notre bail court jusqu’en 2020 et je suis assurée pourtant que les collectivités ont à cœur de nous aider dans notre recherche d’un lieu de spectacle.

Votre projet artistique diffère t-il du précédent ?

Il s’agit de maintenir le positionnement du CDC, qui est un lieu de référence chorégraphique. Cependant, sans renoncer à notre exigence artistique, je voudrais ouvrir davantage les Hivernales sur la ville, proposer des spectacles hors de plateau, en extérieur… Après 2017 le Festival se décalera en partie, pour rendre possible la venue des Avignonnais, en particulier de la jeunesse, des étudiants, des lycéens, mais aussi des entreprises avec lesquelles nous tissons des liens. Je voudrais également sortir la danse des remparts d’Avignon, aller en périphérie, mais aussi en milieu rural. J’ai un projet avec Uzes danse, qui a un studio mobile et amène la danse hors de la ville, sur tous les chemins.

Allez-vous continuer à travailler toute l’année, ou vous concentrer sur le Festival de février ?

Non, nous voulons poursuivre les rencontres régulières et créer du lien autour de la pratique. Nous avons dorénavant -c’est un conventionnement du ministère pour tous les CDC- des artistes associés pour trois ans : Naïf production (Sylvain Bouillet, Mathieu Desseigne et Lucien Reynes ndlr) ont à cœur de travailler avec des amateurs, leurs créations s’en nourrissent. Je crois vraiment que c’est par la pratique que la danse s’approche et se transmet.

Les Hivernales sont traditionnellement très liés à la pratique, et les stages d’Amélie Grand ont fait le CDC…

Oui, mais il faut repenser leur fonctionnement. Aujourd’hui ce type de stage est proposé partout, et les amateurs ne traversent plus la France pour venir en stage de vacances. Nos ateliers de pratique sont pour les habitants, Naif Production est issu du territoire d’Avignon, et cela a du sens.

Allez-vous conserver l’Eté des Hivernales ?

Oui, bien sûr. Cela va dépendre du lieu, il faudra peut être revoir le format si nous n’avons plus le théâtre, mais il faut absolument que la danse, dans l’énergie du Festival d’Avignon, montre sa vitalité. C’est un temps de visibilité pour les compagnies chorégraphiques régionales, et les accompagner est l’une de nos missions.

Pouvez-vous nous révéler quelques temps fort du festival de février ?

Avec plaisir ! Nous commencerons au Palais des Papes ! Avec Yvan Alexandre, juste après la création de sa pièce à la Conciergerie. Naïf production créera la Mécanique des Ombres. Il y aura aussi Christian Rizzo, directeur du Centre chorégraphique National de Montpellier, un voisin avec qui nous voulons créer des liens, et le Ballet National de Marseille, pour les mêmes raisons ! Il y aura aussi du hip hop avec Amala Dianor, la pièce écologique de Frank Micheletti (Kubilai Khan Investigation ndlr), et une belle déambulation de Sébastien Ly dans la Collection Lambert. Pour la plus grande ouverture esthétique possible, dans un esprit de partage, et un désir d’exigence.

Entretien réalisé par AGNÈS FRESCHEL
Novembre 2016

hivernales-avignon.com

Photo : Isabelle Martin-Bridot -c- Thomas Bohl

Les Hivernales
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