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Med’In Peace : une exposition portée par les Fées Nomades

Les fées marraines

Med’In Peace : une exposition portée par les Fées Nomades - Zibeline

« N’attendons pas la paix, allons à sa rencontre ! » s’exclame Victoria Madier, Présidente de l’Association évènementielle, culturelle et solidaire Les Fées Nomades*. Nous sommes à l’ambassade de France à Tunis, reçus par l’ambassadeur, son Excellence François Gouyette, pour la cérémonie de passation des « lettres de créance » de la collection Med’In Peace. De nombreux artistes parmi les trente-deux exposants sont là. L’ambassadeur de France souligne que « la France doit être le moteur de la culture, du partage de, de la communication entre les peuples » ; Nadia Zouari, commissaire de l’exposition, renchérit : « la France doit être une plateforme qui unit le monde méditerranéen, dans le respect des uns et des autres». Énonçant « la culture, force de progrès, comme résistance contre l’obscurantisme », Wided Bouchamaoui, présidente de l’Utica, l’une des quatre organisations constitutives du Quartet tunisien qui a reçu le Prix Nobel de la Paix 2015, soutient par sa présence le projet, de même que des représentantes des ministères tunisiens de la Culture, et de la Femme, Famille et Enfance, ou de l’Office National du Tourisme Tunisien, ainsi que de TUNISAIR… Amal Bourguiba, Directrice Centrale Communication et Relations Extérieures de la compagnie aérienne nationale de la Tunisie explique combien sa contribution participe du « devoir citoyen de soutenir la culture et les artistes tunisiens, en tant que femmes et qu’êtres humains ».

Changer le regard

Nadia Zouari affirme avec force que « la Tunisie n’est pas que djihadisme et artisanat local typique, il y a un vivier d’artistes contemporains, qui parlent du monde d’aujourd’hui ! ». « Les artistes ouvrent les lignes », Victoria Madier, portée par un enthousiasme communicatif, transmet sa belle énergie, et insiste : « la culture est une arme pour la paix ».

L’exposition Med’In Peace ouvre la voie : elle présente trente-deux artistes tunisiens contemporains sur le thème de la paix, et reçoit deux invités d’honneur, les sculpteurs Khaled Dawwa (Syrien) et Mohamed Ghassan (Irakien). Après son inauguration et un premier temps à Montélimar (jusqu’au 22 mai), ville qui supporte et promeut cette initiative, Med’In Peace voyagera deux années en France (à Lodève, Clermont-Ferrand, Volvic, Grenoble, Saint-Etienne, Lyon et dans les Bouches-du-Rhône à Marseille à Aix et à Avignon en 2017.). Autour de l’exposition, des happenings et un mini-festival, avec des tables rondes, des projections de la jeune création cinématographique tunisienne, du théâtre, de la musique… Des rencontres pédagogiques, organisées en relation avec les académies ou/et l’association MOSAÏC de Samir El Bakkali qui souligne combien « la culture, le sport, valorisent en invitant au partage et au construire ensemble ».

Med’In Peace

Avec une belle intelligence, Thomas Wierzbinski, conservateur des Musées de Montélimar, a organisé les œuvres en s’appuyant sur leurs vibrations, les mettant en résonance, blancheur innocente de vêtements d’enfants de Faten Rouissi, gardés par les terribles personnages de Mohamed Ghassan, mise en regard du Printemps des puzzles de Nadia Zouari et de ses pièces mobiles aux lettres dissociées, PEACE, étrangeté émouvante de l’installation de lampes torches Être Agi, illuminant l’ombre de Sana Tamzini, on voudrait les citer tous, bouquet de métal de Yosri Baharini, contes délicatement oniriques de Samir Makhlouf, portraits hallucinés en diptyque de Mohamed Chelbi, Houda Ghorbel, Lilia El Golliures, sans oublier les caisses symbole du voyage des œuvres…

Que de belles choses et de bons sentiments ! Et lorsque l’on aura évoqué le projet d’une grande marche des femmes pour la paix en Méditerranée, un festival de la paix en Tunisie dans deux ans, le fait que l’association des Fées Nomades ne fait pas de bénéfices, les sourires gentiment sceptiques s’étirent en rires… L’art face aux bombes et aux tentations totalitaires ? Est-on à une époque de « bisounours » ? Victoria Madier s’insurge, « bisounoursons donc ! », l’humanité vaut mieux que les destructions sauvages qu’elle s’inflige, il est nécessaire de réagir, d’agir, d’apporter une contribution.

Le pouvoir des fées contre la barbarie, on veut y croire !

MARYVONNE COLOMBANI
Avril 2016

* Nées en 2014, Les Fées Nomades assorties du fonds de Dotation Alliances Méditerranée pour la Paix et la Solidarité, fédèrent des professionnels de la culture et de l’évènementiel en vue de promouvoir les idées de paix et de tolérance à travers de grandes manifestations.

Photo : expo Medin Peace oeuvres de Faten Rouissi et Mohamed Ghassan -c- Maryvonne Colombani