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Les editos

L’avenir se réduit

Pour la première fois un gouvernement socialiste opère une baisse sur le budget de la culture. Intelligemment, en arrêtant les chantiers coûteux et en préservant le tissu territorial. Mais tout de même : il fait timidement le pari de l’éducation, pas de la culture. Acculé par la crise économique dit-il. Voire. Le choix de la rigueur n’est pas si nécessaire dans ce secteur si minuscule pour le budget de l’État français. Plus gros qu’ailleurs ? Souvent. Mais en Allemagne, parangon de la rationalité économique, les régions sont en capacité de financer leurs institutions culturelles, qui du coup n’abandonnent pas les créateurs. Notre histoire centralisée n’est pas la même… Ici, en ce début [...]

Rentrée Capitale

Marseille est sous le feu des projecteurs. Pour l’année Capitale elle tente de se parer d’atours inusités et partout des murs n’en finissent pas de se construire, autour de trous toujours béants. Mais la nuit, et même le jour, les rats courent sur les trottoirs défoncés, les balles fusent au cœur des cités, des quartiers entiers, désespérés par le chômage et la misère, sombrent dans le trafic, le racket, la violence. Une vision fantasmée de médias avides de sensations ? Il suffit d’arpenter les rues de Marseille pour y sentir ce mélange inimitable d’iode et d’ordure, de soleil ébloui et de nerfs à vif, de sel qui exsude tout à la fois [...]

Le luxe et les colonisés

Il n’y a plus d’argent ! répète-t-on. Les travailleurs de la culture touchent des cachets et des indemnités misérables, ou des salaires très en dessous de ce qu’ils obtiendraient, à compétences égales, dans d’autres secteurs… Mais voilà que les cocktails et buffets se multiplient, que les galeries flattent les collectionneurs, et que les productions dans les grands festivals atteignent des coûts inégalés. Car le public international fréquentant notre région l’été est manucuré, coiffé, parfumé avec cette élégance naturelle aux riches… pas à ceux qui s’endimanchent pour sortir, non, à ceux qui tous les jours, depuis toujours, savent s’habiller. En quoi se transforme donc notre région l’été, visitée et conquise par les usagers [...]

Le temps du changement ?

  En quelques mois la France a changé de mains : Sénat, Gouvernement, Assemblée sont désormais socialistes. Cela va-t-il ranimer la vie culturelle ? Beaucoup l’espèrent mais peu semblent y croire, tant le sujet a été absent des campagnes, ou mal abordé. Pour les Socialistes, la question culturelle paraît centrée autour de lois à changer. Hadopi, qui veut protéger les droits des artistes mais sert essentiellement les intérêts des majors ; la TVA sur le livre ; l’éternel «problème» des intermittents ; la décentralisation à repenser. Excepté ces points, il est question d’éducation artistique, un peu de spectacle vivant, et jamais de moyens de production. On ne sait trop ce que les socialistes veulent faire du réseau [...]

Fuentes, Camus, nos blessures

Le 17 mai Monsieur Mitterrand a qualifié l’arrivée de Madame Filippetti de «chance pour le ministère». Une façon élégante de céder la place, et de souligner que la nouvelle ministre est un écrivain. Qui cite Carlos Fuentes, sait que les lettres et les arts ont le pouvoir de nous blesser, et qu’ils font de nous des hommes. Carlos Fuentes nous avait éblouis cet automne à Aix-en-Provence quand, invité des Écritures Croisées, il avait expliqué comment parfois il percevait la grâce des choses, et comment il travaillait à la rendre dans ses récits, en passant par la douleur, et la lutte. C’est cette blessure qui, parce que sa douleur nous éveille, nous empêche [...]