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Les editos

Pour que vive Toni Morrison

La douleur que l’on ressent à l’annonce de la mort de Toni Morrison est grande. Elle est immense, même, à l’effigie de l’œuvre que la romancière laisse à la postérité. Elle n’est pourtant pas sans précédent. Elle rappelle furieusement le chagrin, encore proche, qu’avait provoqué la mort de Nina Simone, deux ans après l’élection de George W. Bush. Installée en Europe depuis près d’une dizaine d’années, la musicienne de génie, engagée dans le mouvement des droits civiques jusqu’au moindre recoin de son œuvre – son très beau « Four Women » en constituant sans doute l’apogée – ne décolérait pas. Lors d’un concert donné à Seattle en 2001, elle gratifiait encore le [...]

Il n’est plus de beau temps

Hier encore faire la causette autour des aléas météorologiques était anodin. Aujourd'hui le temps est devenu le sujet majeur de nos inquiétudes. Comme des animaux blessés nous découvrons, sidérés, notre dépendance aux éléments et au vivant. Déformés par des années de contact virtuel, indirect, avec la réalité, nous ressentons soudain dans nos corps que la température nous affaiblit, qu’une trombe marine peut noyer la Corse, que la grêle d’été dévaste les cultures. Cette révélation, qui relève de l’effroi répété, affecte jusqu’à nos intimités, provoquant cette inquiétude raisonnée décrite par Pessoa. « Mon état d’âme actuel a une cause. Autour de moi tout s’éloigne et s’effrite. » Cette intranquillité [...]

Fin du moi, début du nous

Il est curieux de constater que nous sommes capables d’imaginer la fin de l’anthropocène alors que nous sommes bien en peine pour penser la fin du capitalisme. Pourtant, la guerre de tous contre chacun et les logiques identitaires, la marchandisation de nos vies et les replis nationalistes, cet ensauvagement en cours nous oblige à sauver notre part d’humanité en même temps que le climat... Car les défis environnementaux et anthropologiques se télescopent et il faut défendre notre espace imaginaire vital, qui semble avoir réduit au rythme de notre avancée vers l'effondrement. Notre humanité ne tient qu’à un fil fragile, un fil qui nous relie : une histoire commune de drames et de beautés. [...]

Miss France n’est pas de la culture populaire

Le Conseil municipal de Marseille vient d'allouer 150 000 € à l'accueil du concours de Miss France dans la ville. Un socle, susceptible d'être largement augmenté : l'accueil du dernier concours a coûté 500 000 €. Au-delà de l'indécence d'une telle dépense dans une ville traumatisée, où les expulsés pour cause d'habitat indigne ne sont pas relogés, au-delà de l'illusion que l'organisation d'un tel concours va participer, comme le déclare Jean-Claude Gaudin, au « rayonnement de la ville », c'est l'idée même de la culture populaire qui est gravement dévoyée. Samia Ghali (PS) souligne que « Les Français aiment Miss France » tout en regrettant que les associations féministes de Marseille ne reçoivent que 46 000 € de subventions. [...]

Sortir est un acte

Un guide pour vos festivals estivaux ? Tout près de vos lieux de vie ou de villégiature il y a des trésors à chasser, des spectacles que des artistes ont préparés pour vous avec passion. Des concerts où vous pourrez entendre résonner les siècles convoqués par des musiciens attentifs à la mémoire des émotions. Des parcours dans les forêts, sur les plages, dans les villes, les paysages photographiés, les mondes d'ailleurs, la pensée. Et d'autres concerts encore où vos corps sont invités à entrer en danse... Un guide pour sortir ? Il ne s'agit pas seulement de se distraire, mais d'affirmer qu'on est vivant. Il s'agit de sortir de soi, des écrans anthropovores, pour [...]