Une collecte de photos ouverte à tous

Les Chercheurs de Midi

Une collecte de photos ouverte à tous - Zibeline

Le 26 mars Marseille Provence 2013 a lancé une vaste collecte photographique, ouverte à tous. Dans quel but ? Rien moins que trouver le midi ! Jean-Pierre Moulères, responsable du projet, nous explique sa démarche.

 

D’où vous vient cette idée de récolter les photos de nos tiroirs ?

De l’envie d’amener les gens à avoir une parole, et à la mettre en valeur. Généralement les formes des amateurs ne sont pas mises en scène comme les professionnelles. Or je pense que l’espace qu’on accorde aux choses fait que le regard ne se pose pas avec la même qualité. C’est pourquoi j’ai choisi la photo, parce que c’est sans doute la pratique artistique la plus répandue, quotidienne. Que ce soit la photo de famille, vernaculaire, la photo d’identité, utilitaire, ou celles où le photographe cherche volontairement à capter une beauté, une incongruité…

Que voulez-vous apporter, ou faire voir, par cette collecte ?

Le projet n’est pas spécialement innovant dans son concept, même s’il est exceptionnel à cette échelle. Nous venons à peine de lancer l’appel à participation et nous avons déjà plusieurs centaines de photos, que nous avons commencé à classer.

Mais quel midi cherchez-vous ?

MP2013 travaille beaucoup sur les identités, sur la Méditerranée, la circulation. Cette action s’attache plutôt à ce qui nous réunit, la méridionalité. À la notion de recherche, aussi. Ces photos racontent une histoire commune dont nous n’avons pas tout à fait conscience. Certaines sont trouvées, à Emmaüs, d’autres sont des souvenirs de famille. Des paysages que tous les habitants d’ici connaissent. Des visages qui pourraient être ceux de toutes les généalogies. Des usages qui sont ceux que nous partageons.

Un en-commun ?

Oui, du Sud, de la mer et des terres. Plutôt diurne et ensoleillé, de midi, même si nous avons déjà une magnifique photo de nuit. Un album des possibles joies, construit sur des nostalgies qui sont des nourritures.

Le midi veut dire cela, la joie ?

Oui tout à fait… Il ne s’agit pas de photodocumentaire mais de ce que l’on se raconte, de ce que l’on veut montrer et garder de soi. Pour tenir droit.

Et que ferez-vous de ces photos ?

La collecte qui était un moyen est devenue notre objet même ! Je me suis replongé dans la Chambre Claire de Roland Barthes, qui dit si bien comment l’image familière nous touche. Dans Penser/Classer aussi, de Perec, pour affiner la méthode : il s’agit de faire des récits mais sans toucher aux choses, simplement en les posant ensemble. Nous avons au départ trois séries.

Les paysages, les usages, les personnages…

Oui, et à l’intérieur déjà des collections se dessinent. Qui s’affineront à mesure que nous avancerons, pour se resserrer autour de thèmes précis. De figures récurrentes, qui cerneront l’en-commun. Nous demandons simplement aux gens de donner un titre à leur photo, de mettre un texte avec s’ils le veulent, de les scanner et de nous les envoyer. Nous ne les sélectionnons pas, sauf lorsque plusieurs se ressemblent trop, et nous les publions sur le site dans la série qui leur correspond.

Le site reprend donc l’intégralité des images collectées ?

Oui. Nous arrêterons la collecte quand nous en aurons recueilli une quantité que nous ne pourrons plus gérer.

Ces séries constituées seront-elles exposées ?

Oui, bien sûr, en 2013, et dans des conditions professionnelles. Non comme des murs d’images comme on le fait souvent lorsqu’on expose des photos amateurs, mais avec des cadres, des lumières. Par séries thématiques, à Aubagne, Aix, Arles, et à Marseille dans l’Atelier du large.

Avez-vous un projet d’édition ?

Nous verrons ! C’est une question de droits aussi : il n’est pas question d’utiliser les photos des gens pour un autre usage que celui des Chercheurs de Midi, puisque c’est à ce titre qu’on nous les envoie…

 

AGNES FRESCHEL

Mai 2012

 

 

Le Site des Chercheurs

de Midi

www.mp2013.fr/chercheursdemidi