Journal Zibeline - bannière pub

Entretien avec Renaud Muselier sur sa politique culturelle

Les changements de la politique culturelle régionale

Entretien avec Renaud Muselier sur sa politique culturelle - Zibeline

Renaud Muselier, Président de la Région Sud, a présenté ses vœux à la Culture à la Collection Lambert à Avignon. Et annoncé quelques changements. Entretien.

Zibeline : Pourquoi présentez-vous vos vœux à la Culture à Avignon et pas, comme traditionnellement , au Conseil Régional à Marseille ?

Renaud Muselier : Pour deux raisons : d’abord, je voulais que ces vœux se tiennent dans un bâtiment culturel. La Collection Lambert est aujourd’hui, grâce à la donation faite à l’État et à l’implication financière des collectivités publiques, un lieu remarquable qui témoigne de la richesse de l’art contemporain. Nous allons d’ailleurs lancer en 2019 un Parcours de l’Art contemporain qui permettra de mettre en valeur l’incroyable richesse de notre région dans ce domaine, dans tous les départements, et pour les 5 millions d’habitants de ce territoire.

La deuxième raison ?

Eh bien, je suis le Président de la Région, et justement la culture est présente sur tout le territoire. C’est pourquoi j’avais tenu à ce que la Conférence permanente des Arts et de la Culture se tienne à Mougins, dans les Alpes-Maritimes. Les Assises se sont tenues à Marseille, et le Vaucluse, avec les Chorégies et le Festival d’Avignon comme fleurons, est emblématique de la culture dans le monde. Je suis Marseillais, et Marseille est la capitale régionale, mais je veux faire savoir que je suis attentif à tout le territoire que je préside.

À propos des Assises de la Culture qui se sont tenues en novembre, vous y avez écouté les acteurs culturels et annoncé un certain nombre de mesures. Qu’en est-il aujourd’hui ?

La Culture est pour nous une priorité, elle est une réponse à la crise que traverse notre pays. Elle nous permet de forger une communauté humaine, à travers les projets culturels mais aussi à travers nos traditions. Grâce à la culture on peut se sentir à la fois différents et unis. Pour ceux qui sont sûrs de sa valeur et de sa portée universelle, elle est un vecteur d’ouverture à l’autre. Mais elle peut au contraire se dresser comme un mur infranchissable si elle est sectaire. Ceux qui veulent l’entourer de fils de fer barbelés auront toujours tort. Et la première des actions que nous devons avoir en termes de politique culturelle, c’est de garantir la liberté de création.

Est-il suffisant de le proclamer et quels sont les moyens que vous lui donnez ?

Le proclamer est toujours important. Nous avons fait barrage à l’extrême droite il y a trois ans et je n’oublie pas le rôle déterminant des acteurs culturels durant l’entre-deux tours des régionales. Quant aux moyens, dès la première année, nous avons augmenté le budget de la Culture de 10%, et depuis nous l’avons sanctuarisé. Dans un contexte budgétaire restreint c’est un effort considérable.

Lors des Assises les acteurs culturels ont formulé un certain nombre de demandes. Par exemple, celle de plus de clarté dans les attributions de subventions, sur leurs montants et sur les critères d’attribution.

Les montants sont publics, il s’agit seulement de mieux communiquer pour que l’information soit disponible pour chacun. Quant aux critères, à budget constant les augmentations que nous opérons entraînent forcément des baisses. Nous devons faire des arbitrages, nous essayons de le faire en toute clarté et sans clientélisme.

Les acteurs culturels ont souligné que les projets culturels qui auparavant trouvaient des financements complémentaires dans la politique de la ville, ou l’éducation, ou l’aide à l’emploi culturel, se trouvaient aujourd’hui privés de ces ressources. Et que, globalement, les opérateurs importants avaient été davantage soutenus sous votre mandature, au détriment des plus petites structures.

Nous sommes transparents, et je me suis engagé à trouver des ressources complémentaires dans ces domaines, et à motiver mes arbitrages. Mais je ne peux pas compenser les baisses globales du Ministère, ni celles des Départements ou de certaines Villes. Eux-mêmes d’ailleurs ont leurs raisons face à la baisse des dotations. Je ne peux pas me substituer aux défaillances de la Ville de Marseille ou du Département des Bouches-du-Rhône.

Quels seront donc les nouveaux projets en 2019 ?

Eh bien, le Parcours de l’Art contemporain par exemple, qui trouvera son point d’orgue à la Collection Lambert. Les Chorégies d’Orange fêteront cette année leurs 150 ans, grâce à la Région. Les 10 millions de déficit ont été résorbés, nous avons répondu à l’appel de l’État qui demandait un financement de notre part, et n’a d’ailleurs pas augmenté le sien.

En matière de production, le Pôle Théâtre et l’Extrapole poursuivront-ils leur travail de mutualisation ?

Oui. Ils ont prouvé leur efficacité en permettant, par exemple, que Thyeste soit joué dans la Cour d’Honneur l’été dernier. Cette année, nous élargissons le dispositif à l’opéra. Pour la première fois les quatre opéras de la région -Marseille, Toulon, Nice et Avignon- vont produire ensemble une forme jeune public et un opéra en mutualisant les coûts. Ce qui va permettre de créer ensemble un opéra (La Dame de Pique, mis en scène par Olivier Py, NDLR) qu’aucun d’entre eux n’aurait pu produire seul. Dans cette même logique de mutualisation à l’échelle régionale, j’ai reçu avec plaisir et intérêt le courrier du réseau Traverse en décembre. En 2019, leur Fonds de coproduction mutualisé accompagnera deux projets. Si le réseau Traverse le souhaite, nous soutiendrons leur mécanisme de coproduction.

Vous avez parlé également d’un soutien au financement participatif ?

Oui, nous allons innover en mettant en place notre propre dispositif, avec la plate-forme KissKissBankBank. C’est un drôle de nom mais ça marche bien paraît-il.

Quel sera le rôle de la Région ?

Nous voulons aider les acteurs culturels à faire connaître leurs projets. Nous allons proposer à ceux qui seront retenus dans ce cadre un financement additionnel. Nous serons la première Région à déployer ce genre de démarche.

D’autres mesures ?

La généralisation de l’e-PASS jeunes, avec des journées de médiation afin que les structures culturelles puissent faire connaître leur offre, et que ce pouvoir d’achat culturel que nous offrons aux lycéens bénéficie aux librairies, aux théâtres et aux cinémas indépendants plutôt qu’aux chaînes !

Entretien réalisé par AGNÈS FRESCHEL
Février 2019

lors de la cérémonie des vœux au monde culturel le 23 janvier, à la Collection Lambert, Avignon

Photo : c JP Garufi