Christian Estrosi présente ses vœux à la presse, et affirme ses ambitions de changement (et de rassemblement)

Les cent jours de Christian Estrosi

Christian Estrosi présente ses vœux à la presse, et affirme ses ambitions de changement (et de rassemblement)  - Zibeline

«Je veux faire de l’économie et des économies, parce que ma priorité c’est l’emploi»

Présentant ses vœux à la presse, le nouveau président de la Région PACA a détaillé les 12 travaux qu’il se propose d’accomplir en Cent-Jours. Herculéen, Napoléonien ou Mitterrandiste ?

Napoléon s’était donné 100 jours pour arracher la France à la monarchie restaurée, et le premier Président Socialiste avait, en 1981, augmenté le SMIC de 10 %, abaissé la retraite à 60 ans, octroyé une 5e semaine de congés payés, et fait passer les lois Auroux sur le travail…

Parler de Cent Jours n’est donc pas neutre ! et Christian Estrosi affirme ainsi ses ambitions politiques de changement. Républicain, dit-il, confirmant ainsi le programme élaboré avant le premier tour, et le désir rassembleur qu’il avait affirmé après : il veut améliorer la situation économique par l’investissement vers les entreprises, et renforcer la sécurité dans les gares et les lycées, mesures plutôt de droite ; il veut soutenir l’économie sociale et solidaire, et renforcer le budget de la culture, mesures qui relèvent traditionnellement d’une politique de gauche.

Mais où sont nos repères dans un hémicycle où l’opposition est désormais le Front national ? Affirmant qu’il ne passera aucun compromis «avec quiconque a été élu sur ces listes», Christian Estrosi veut organiser dès le 29 janvier une «conférence territoriale» avec l’opposition de gauche, composée «des acteurs politiques, économiques, culturels, et des intellectuels». Il affirme également, devant un parterre de journalistes, vouloir soutenir la presse, en particulier la presse écrite : conscient de la crise qu’elle traverse, il se dit aussi confiant dans son avenir.

Autant de marques de son attention à rassembler.

Les moyens d’une politique

On est plus dubitatifs lorsqu’il déclare vouloir faire passer le chômage de 12 % à moins de 10 % : il suit en cela le Medef qui affirme que 25 000 emplois ne sont pas pourvus dans la région, comme si les chômeurs ne voulaient pas travailler, et qu’il suffisait d’adapter la formation professionnelle, dans une région désindustrialisée où l’offre d’emploi s’amenuise…

Plus inquiets, aussi, quand il déclare vouloir faire 25 % d’économie sur le budget de fonctionnement de la Région. Vente de la Maison de la Région ? Certes, mais ce n’est pas en retirant leur téléphone portable ou leur voiture de fonction au personnel qu’on réduit son coût d’un quart… Une grande part des dépenses est consacrée aux salariés des lycées, personnels administratifs ou techniques, et il est impossible de réduire leurs salaires, indexés sur une échelle fixe très basse, ou leur nombre, déjà insuffisant. D’autant que Christian Estrosi y veut renforcer la sécurité.

L’annonce est donc peu réaliste : les dotations d’État sont en baisse et la Région n’a pas de recettes fiscales. Même si Christian Estrosi veut renégocier le Contrat de Plan État Région, on ne voit pas où il peut dégager des marges…

«Relancer l’économie par l’investissement et non par la consommation» ? Espérons qu’il pourra trouver un équilibre budgétaire lui permettant de financer les mesures nouvelles en matière de sécurité, de développement du réseau routier, de soutien aux entreprises, sans amputer les budgets de l’ESS et les mesures sociales que la région a mises en place, dans les transports, les lycées, les centres d’apprentissage.

Et la culture ?

En matière de politique culturelle, une vision fondée sur les retombées économiques directes peut amener à privilégier certains événements rentables : la commission qui s’occupait auparavant de «la culture et du patrimoine», s’appelle désormais «Commission du rayonnement culturel, du patrimoine et des traditions».

Un changement notable de dénomination, dont on espère qu’il n’augure pas d’un désengagement envers la culture qui ne rapporte qu’aux esprits, et au corps social…

AGNÈS FRESCHEL
Janvier 2015

Photo : -c- Claude Almodovar