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Michel Kelemenis présente Festiv'anges 2018 à KLAP

L’enfance en ambassade

• 23 novembre 2018⇒9 décembre 2018 •
Michel Kelemenis présente Festiv'anges  2018 à KLAP - Zibeline

Le KLAP, Maison pour la danse située au cœur, pauvre, du 3e arrondissement de Marseille, propose chaque année un festival dédié à l’enfance. Explications de ce choix par Michel Kelemenis, directeur du lieu et chorégraphe.

Pourquoi dédier un de vos temps forts aux enfants ?

Michel Kelemenis : KLAP représente un espace de culture dans lequel le voisinage n’a pas coutume d’entrer. Ce quartier est désigné comme le plus pauvre de France, ce qui induit la nécessité, lorsqu’on y travaille, d’inventer des fluidités. Je n’ai pas les moyens d’avoir une armée de médiateurs qui ferait du porte à porte ou de la communication, et les enfants sont nos ambassadeurs auprès de leur famille. Il faut que le quartier sache, à travers eux, que cette maison apporte de la rêverie, de la pratique aussi, que c’est un lieu de découverte et de rencontre de l’autre. La danse permet de comprendre sa propre place au sein d’un groupe. Oui, la danse peut cela !, et le lieu, qui est grand et beau, se doit d’être accueillant pour que les enfants d’abord, leurs familles après, viennent volontiers. Ici, les associations se battent pour fournir de la nourriture, des couvertures : nous devons travailler avec la conscience constante de cette réalité-là, avec l’idée obstinée que nous pouvons la faire un peu bouger, au moins dans l’imaginaire. Que les habitants du quartier peuvent venir et se sentir bien, ici, pour un moment qui est à eux.

Et cela se produit ?

Oui. Chaque année entre 2500 et 3000 enfants, pour la plupart du quartier, viennent à Klap pour voir un spectacle ou suivre un atelier pédagogique. À différents âges. Et nous parvenons souvent à ce qu’ils reviennent avec leur famille. Ce dont nous rêvons, c’est que la danse de grande qualité que nous leur proposons devienne une part de leur expérience et de leur culture familiale.

Pour un chorégraphe, quelles sont les implications d’un travail orienté vers un public d’enfants ?

Cela implique de réfléchir à son écriture, sans  jamais y renoncer. Lorsque j’ai créé mon premier spectacle pour les petits, L’amoureuse de Monsieur Muscle, cela m’a véritablement décomplexé, j’ai osé des images directes, claires, drôles. Bien sûr le format doit être aussi plus court, le rythme plus enlevé, le propos moins allusif, plus direct, plus lisible. On réfléchit à ce qui matche, on s’interdit l’inquiétude. Il faut que non seulement les enfants, mais les inhabitués de la danse qui les accompagnent, puissent entrer dans le spectacle sans les prérequis que nous avons. Donc, ne jamais infantiliser, mais ne jamais sous-entendre. Pour un artiste, c’est un exercice difficile, mais passionnant : il s’agit non pas seulement d’exprimer, mais d’être sûr de se faire comprendre, ce qui demande une grande clarté dans l’énoncé même de ce que l’on veut dire.

Vous proposez pour cette édition quatre spectacles très différents, qui s’adressent à différents âges.

Oui, Christophe Haleb a mis au point une installation performée sur la place des jeunes dans les villes du monde. Il a filmé à La Havane, à Fort-de-France et à Marseille, et mis au point un dispositif où on s’immerge dans un archipel d’images. Pour la performance live il a travaillé avec 20 lycéens de Marseille, 10 qui préparent un bac danse, et 10 autres qui viennent de la danse urbaine.

Entropic Now est donc plutôt un spectacle pour les jeunes ?

Tout public. Vraiment. Mais sur la jeunesse. Celui de [La Parenthèse] est tout public aussi, mais peut se voir à partir de 6 ans. Le problème avec le rose parle de la naissance de la conscience de genre, de la codification. C’est à l’école que ça commence souvent, il faut le voir jeune… Christophe Garcia a travaillé avec Érika Tremblay-Roy pour mettre en scène très directement le  problème délicat de l’identité et de l’assignation.

Hocus Pocus est un spectacle plus plastique, plus visuel ?

Oui mais c’est un conte aussi… absolument magique, à voir à partir de 7 ans. Philippe Saire fait apparaître des parties de corps dans la lumière, on devine, ils se rejoignent et racontent cette rencontre.

Mais Festiv’anges commence par une triple proposition de Thomas Lebrun, à destination de 3 publics différents, et que vous proposez 9 fois…

Oui, Dans ce monde se décline en 3 versions. Une pour le très jeune public, à partir de 2 ans, pour deux danseurs, cela dure 20 minutes. Une autre, intermédiaire, à partir de 6 ans, pour 4 danseurs, et qui dure 40 minutes. Et une tout public d’une heure, à partager en famille. Ce projet est possible grâce à la collaboration avec le théâtre Massalia, collaboration précieuse, qui est née dès qu’on est arrivés ici, comme une évidence.

De quoi est-il question dans cette triple pièce ?

D’êtres merveilleux qui représentent des cultures superposées, des bouts de monde qu’ils transportent avec eux. C’est très pétillant et comme toujours avec Thomas Lebrun, très décomplexé !

Il y a aussi, en dehors des spectacles, des ateliers, une exposition…

Oui, une exposition pédagogique sur la danse contemporaine, un atelier hip hop, un atelier parent-enfant pour partager la danse à deux étages… avec les danseurs de Thomas Lebrun, qui ont travaillé sur les gestes des danses du monde… Là aussi, il s’agit de faire entrer la danse dans les familles, comme une culture commune, ouverte le plus possible sur le monde…

Entretien réalisé par AGNÈS FRESCHEL
Novembre 2018

Festiv’anges
23 novembre au 9 décembre
Klap, Marseille

Photo : Michel Kelemenis © Agnès Mellon


Klap
Maison pour la Danse
5 rue du Petit Versailles
13003 Marseille
04 96 11 11 20
http://www.kelemenis.fr/