Entretien avec Jean-Pierre Moulères autour de l'expo photo J'aimerais tant voir Syracuse, au musée bleu d'Arles

Le temps argentique

• 25 mars 2015⇒7 juin 2015 •
Entretien avec Jean-Pierre Moulères autour de l'expo photo J'aimerais tant voir Syracuse, au musée bleu d'Arles  - Zibeline

Dans le prolongement de Midi antique, photographies et monuments historiques 1839-1880 au musée archéologique d’Arles, une exposition photographique se prépare, pour célébrer les 20 ans du musée bleu. Pas de grandiose découverte, juste le mouvement d’une chanson familière et la collation de photos de famille. Une seule contrainte : qu’elles soient prises aux côtés d’un monument antique, d’un site archéologique de la Méditerranée ou de la Narbonnaise. Jean-Pierre Moulères, commissaire de J’aimerais tant voir Syracuse, évoque quelques pistes de lecture.

Zibeline : Pourquoi une exposition sur les photos de famille ?
J-.P. Moulères : L’exposition précédente relevait la question d’un patrimoine qui au XIXe siècle était en danger. À partir de là, j’ai eu envie d’en proposer une autre vision, parce que ce qui m’intéresse également dans ce patrimoine c’est qu’il est aussi riche d’imaginaire. Je me suis inscrit dans la lignée de ce que j’avais déjà entrepris en 2013 avec les Chercheurs de Midi. Il s’agit de faire sortir la photo de famille du registre affectif, pittoresque. Les nouveaux courants de la photographie travaillent sur le décadrage, le ratage, le flou, l’incident, et du coup il y a une vraie nouvelle lecture : on ne voit plus ces photos-là comme naïves ou possiblement ratées, mais comme une photo ayant une tension, une organisation. Fondamental aussi le format très petit de ces photos. En les agrandissant un peu, on leur accorde un autre statut, c’est comme Jourdain qui faisait de la prose sans le savoir, et bien ces photos, c’est aussi de vraies photographies.
Qui sont les contributeurs ?
Contrairement aux Chercheurs de Midi, la collecte et la participation citoyenne n’étaient pas l’objectif majeur, il était ici question de produire une autre vision de l’antique et particulièrement pour les 20 ans du musée y exposer les figures des gens qui y viennent. L’approche était beaucoup plus humble en un temps très réduit. L’intérêt était l’expo. On a presque 1 200 photos, pour environ 200 contributeurs.
Difficulté aussi de donner à voir l’intime ?
Les gens accordent peu de crédit à ce qu’ils font. Il est difficile de composer une image avec un décor antique. Ce qui crée une autre fragilité. Lier la photo de famille et l’antique s’avère alors très intéressant, parce que l’antique c’est aussi un état de fragilité du monde : on est vraiment entre la perte et la rénovation, dans le rapport de ce que l’on n’a pas connu. Sauf que du coup on y vit une sorte de présent, parce que l’antique avant tout c’est du présent. Ça nous parle aussi de notre rapport au temps. La ruine, c’est une page ouverte, un espace de construction imaginaire et mentale. Ce sont les lieux de notre écriture. Il est question de l’espace poétique qu’accorde la ruine. Les deux espaces que sont la photo de famille et la ruine se rencontrent bien et ils posent ensemble des questions sur l’épaisseur du temps.
Le parcours de l’exposition ?
Je voulais donner le titre J’aimerais tant voir Syracuse, partir de quelque chose de très simple comme la chanson, que tout le monde peut chanter comme la photo de famille que tout le monde peut faire, c’est un bien commun. Partir donc de Syracuse pour décliner des bribes de mots, de poèmes, qui prolongent la mélodie des choses (Rilke), l’impact poétique des images, comme un petit fil de dialogue avec des auteurs que j’aime, Yourcenar, Kavafi, Borges, Pessoa entre autres. Créer une tension, une poétique du sujet, permettre de déceler une possible élection entre les images, les textes…
Pour une mémoire revisitée et populaire…
Cette mémoire est en construction. Ce dont je me suis rendu compte c’est que cela ne faisait qu’appeler à du vivre et du vivre ensemble. Ça épaissit le présent.

Entretien réalisé par MARYVONNE COLOMBANI
Mars 2015

J’aimerais tant voir Syracuse
du 25 mars au 7 juin
Musée départemental de l’Arles Antique, Arles

photo : © Collecte photo de famille. Grèce, Athènes de la collection Jean-Pierre Moulères, Grèce Athènes


Musée Départemental Arles Antique
Avenue 1e-Division-France-Libre
Presqu’île du Cirque Romain
13200 Arles
04 13 31 51 03
http://www.arles-antique.cg13.fr/