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Entretien avec Stéfane Mellino, des Négresses Vertes, en concert les 8 & 9 mars à Montpellier et Marseille

Le retour des Négresses Vertes

• 8 mars 2019⇒9 mars 2019 •
Entretien avec Stéfane Mellino, des Négresses Vertes, en concert les 8 & 9 mars à Montpellier et Marseille - Zibeline

Le 8 mars à Montpellier comme le 9 à Marseille, le groupe se produit à guichets fermés. Entretien avec Stéfane Mellino, l’un de ses fondateurs.

Zobi la mouche, Voilà l’été, Sous le soleil de Bodega… Avec son style précurseur d’une fusion qui fera des émules, le groupe revient pour les 30 ans de MLAH, leur premier et mythique album.

Zibeline : Pourquoi une reformation après quinze ans d’absence ?

Stéfane Mellino : Nous nous sommes reformés il y a juste un an, pour faire cette tournée. On avait envie de célébrer les trente ans de notre premier album. C’est assez rare d’avoir un disque avec des titres que tu entends pendant trente ans. On avait aussi envie de se retrouver et de le faire autour de l’album qui nous a fondés était important. On a pris soin de ne pas passer par les plateaux télé pour dire « vous allez voir ce que vous allez voir ». On fait un retour pour le public et par le public.

Comment se passent les retrouvailles avec le public justement ?

C’est grandiose. On ne pensait pas atteindre la centaine de concerts en un an. Et les concerts se rajoutent au fur et à mesure qu’on en fait. Si MLAH est un album qui a compté dans notre vie, on réalise qu’il a compté aussi dans celle des gens. L’audience s’est élargie. Du fait d’avoir été programmés dans les festivals de l’été, on touche un public beaucoup plus jeune. Les gens viennent nous voir en famille. On se rend compte que notre disque est intergénérationnel.

Avez-vous envie d’aller au-delà d’une tournée, en produisant un nouvel album ?

Pour le moment, la tournée se prolonge. Nous allons aller au bout de cette aventure, voir où elle nous mène. Si un riff tombe sous nos doigts, une connerie au fond du bus et qu’on veuille en faire une chanson, on la fera ! Mais nous ne nous sommes pas fixés d’objectif particulier.

Vous avez opéré un tournant électro dès la fin des années 90 avec l’album Trabendo. Est-ce un courant qui vous intéresse encore ?

En réalité, on avait déjà commencé en 1993 avec l’album Dix Remixes sur lequel on trouve Massive Attack, Fat Boy Slim, William Orbit… Personne n’avait encore sorti de la musique acoustique remixée. Cela a toujours fait partie de la sonorité des Négresses d’ouvrir notre style à d’autres influences. Nous sommes restés sensibles à toutes les musiques, d’hier comme d’aujourd’hui. C’est notre passion. Évidemment, on a encore des oreilles qui fonctionnent.

Retrouve-t-on cette ouverture dans la tournée actuelle ?

On reste plutôt dans l’esprit de MLAH, du punk et des guitares sèches. La base repose sur les arrangements originaux mais il y a des surprises. Quelques morceaux ont été chamboulés.

Vous avez fait des émules dans les années 90-2000 avec toute une génération de groupes de chansons festives, mais aujourd’hui la tendance de la nouvelle scène française est plutôt pop ou hip-hop. Y a-t-il de jeunes artistes avec lesquels vous souhaiteriez travailler ?

Pas vraiment. Et je pense que les jeunes ont autre chose à faire que de travailler avec des anciens comme nous. En tous les cas, spontanément, je n’ai pas une idée précise. En revanche, on les écoute. Jeanne Added, Clara Luciani, Blondino, Aston Villa… Il y en a plein que j’aime. Mais si vous me demandez si nous voudrions faire un morceau avec Big Flo & Oli, je réponds non parce que je crois tout simplement qu’ils sont sur une autre planète que la nôtre. Ce n’est pas un jugement de valeurs.

Le monde, la société ont beaucoup changé depuis votre séparation et pas toujours en bien. Réécririez-vous les mêmes chansons ?

On trouve qu’elles ont encore une certaine résonance. Certains thèmes abordés sont toujours d’actualité. Et ce sont les jeunes qui viennent nous le dire. C’est sûrement la raison pour laquelle nos chansons durent depuis tout ce temps.

Qu’est-ce qui vous révolte en 2019 ?

Moi, je ne parle que de musique parce que c’est ce que je connais le mieux. Les maisons de disques abandonnent complètement le côté développement des artistes alors qu’il n’y en peut-être jamais eu autant et de grande qualité. Elles ne prennent plus de risques. On voit toujours les mêmes choses. Un groupe comme le nôtre pourrait-il émerger aujourd’hui ?

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR LUDOVIC TOMAS
Mars 2019

Photo : c Luc Manago – Hans Lucas