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Entretien avec Michel André, l’un des deux instigateurs de la Biennale des écritures du réel

Le réel en partage

• 13 mars 2014⇒12 avril 2014 •
Entretien avec Michel André, l’un des deux instigateurs de la Biennale des écritures du réel - Zibeline

5 semaines et plus de 60 rendez-vous relevant du spectacle, du cinéma, des arts visuels, de la littérature… Impossible en quelques lignes de dresser un panorama complet de cette programmation qui, malgré un équilibre financier précaire, ne transige en rien sur la qualité et le sens des propositions. Pour vous convaincre de découvrir cette Biennale, petite discussion avec Michel André, l’un de ses deux instigateurs.

Zibeline : Qu’entendez-vous par écritures du réel ?

Michel André : Ce sont des écritures qui travaillent le réel, qui naissent d’expériences partagées. Des œuvres qui s’inventent dans la relation à l’autre et qui portent en elles les traces de cette rencontre. Ces écritures sont multiples. Elles peuvent tout aussi bien partir du témoignage, de l’autofiction que d’un travail d’enquête, mais elles se situent toutes dans un côtoiement fort de l’autre. C’est cette démarche qui les définit : aller à la rencontre du lointain de l’autre.

Chaque semaine, la Biennale propose au spectateur d’explorer une nouvelle thématique : les femmes, la jeunesse, les paysans, les Roms… Comment déterminez-vous ces grands axes ?

Nous ne choisissons pas ces thématiques, elles s’imposent à nous. Elles émergent du terrain sur lequel nous œuvrons au quotidien, dans l’espace que nous dirigeons avec Florence Lloret : la Cité. C’est en travaillant au côté des artistes et des gens que nous remarquons des éléments saillants, qui deviennent ensuite des lignes de force de la Biennale. Celle-ci est pensée comme une somme de propositions qui se répondent les unes aux autres, plaçant ainsi le spectateur au centre d’une circulation de formes et de pensées.

Justement, au-delà des propositions artistiques, la Biennale ménage de nombreux espaces de réflexion…

Jean-Christophe Bailly rappelle à juste titre que les lumières, c’est un pluriel. Il y a toutes sortes de lumières. C’est pour cela que sont invitées à la Biennale toutes sortes de personnes capables «d’éclairer» les questions soulevées par les propositions artistiques : des penseurs, des scientifiques, des historiens… Il se crée ainsi une plateforme collaborative. C’est particulièrement vrai cette année avec l’École éphémère du philosophe Bernard Stiegler ou encore la Nuit de la doléance contemporaine.

Dans votre programmation se côtoient artistes internationaux, artistes de la région et amateurs. En quoi la présence des uns vous importe-t-elle autant que la présence des autres ?

Il me semble très important que la création d’ici côtoie celle d’artistes en première ligne sur les questions d’écritures du réel, tels Dieudonné Niangouna en prise avec l’histoire du Congo ou Angélica Liddell, qui s’interroge sur son rapport à la Chine. La Biennale, c’est voir le monde avec les yeux des autres, mais aussi faire avec les autres. Les amateurs y ont donc pleinement leur place, jusque sur scène.

C’est notamment le cas des jeunes Marseillais engagés dans la création de Karine Fourcy, Frontières. Ce projet a vu le jour à la Cité, qui fête aujourd’hui ses dix ans…

La Cité est une fabrique. Un lieu de résidence pour les artistes et un lieu d’expériences pour les gens. Nous accompagnons les premiers dans leurs écritures du réel et les seconds dans leur éveil à l’art. C’est un espace de récits communs, d’où naissent des projets qui trouvent en la Biennale un espace d’expression tout désigné. C’est un peu son camp de base, son cœur battant.

Vous réalisez cette Biennale avec de nombreux partenaires : des institutions culturelles, des établissements scolaires, des associations, de Marseille, Aix, Avignon ou encore Cavaillon. Quel est votre secret pour fédérer les forces vives d’un tel territoire ?

Affirmer simplement la possibilité d’un nous. Je ne m’inscris pas comme propriétaire de la Biennale. J’en suis l’initiateur, le développeur et rien ne me réjouis autant que de la partager avec d’autres. Le nous rend joyeux, il rend plus intelligent. Je rêve que cette biennale soit un jour celle de Marseille et de sa région, dans ce nous des ici et des ailleurs, des proches et des lointains. Un rassemblement des intelligences. De toutes les intelligences.

Entretien réalisé par LAURENCE PEREZ
Mars 2014

Biennale des écritures du réel, du 13 mars au 12 avril, à Marseille mais pas seulement

programme détaillé sur www.maisondetheatre.com/biennale-des-ecritures-du-reel/

Photo : c-Agnès-Mellon