Le Off : un colloque, pourquoi faire ?

Le 12 avril, Avignon Festival & Compagnies organisait le colloque Festival Off, une dynamique d’utilité publique, grâce au soutien de 10 000 € du ministère de la Culture. Près de 200 participants devaient dégager, en 5 ateliers de réflexion, des solutions aux domaines d’action du Off : 1er marché du spectacle vivant en France, lieu de dialogue des territoires, opérateur de démocratisation culturelle, incubateur artistique et initiateur de production alternative. Vaste programme, auquel peu d’artistes se sont joints, qui s’est réduit à soulever les problématiques.

Le Off est devenu un «phénomène de société», concentré 3 semaines dans ses Remparts, entre création, loisir de masse et éducation populaire. Ses acteurs sont conscients du risque d’implosion et d’inutilité devant la croissance gargantuesque d’un rassemblement de plus en plus sauvage qui, en 2011, recevait 1 143 spectacles et 969 compagnies. Car le Off évolue, à l’infini, dans le désir fondateur d’indépendance face à son «grand-frère» subventionné (AF&C compte 3 salariés et aucune subvention), mais sans cadre précis, laissant parfois à la marge des créateurs peu préparés à l’imparable concurrence. Sur 5 000 spectacles créés par an en France, 10% jouent dans le Off qui engrange 1 M d’€ d’entrées. 20% des contrats sont négociés pendant le Off, lieu de passage obligé pour accrocher les 7 000 pros venus faire leur marché. Aucun chiffre pourtant n’indique le nombre de compagnies exsangues au terme du festival. Absorbées dans la masse, peu d’entre elles sont mises en valeur par spécificité territoriale. Sur les 26 régions présentes, certaines jouent le jeu, drainent leurs publics dans le sillage de leurs artistes, développent une diffusion inter-régionale. Quant à l’extra-muros, il y a urgence à l’investir, pas juste pour ouvrir l’espace d’accueil mais la démocratisation culturelle dont se réclame le Off.

Parmi les idées, ont émergé un «Off à plein temps» avec des rendez-vous entre socio-éducatifs et théâtres permanents ou la création d’un «club de spectateurs éclairés» pour renforcer le dialogue entre artistes et publics. D’autres pistes, plus polémiques : limiter les spectacles aux compagnies professionnelles, ou du moins en règle, former les directeurs à l’accueil, créer une taxe locale pour les commerçants qui tirent profit du Off. L’accompagnement devient nécessaire pour aider les compagnies, développer les publics, améliorer la visibilité du Off et sa mise en réseau… Tout comme la régulation de l’offre, malgré le vœu de Greg Germain, président d’AF&C, de ne pas contrôler le remplissage. Pas plus emballé par l’idée d’organiser un «Offthon», il campait sur sa position : «Les tutelles doivent mettre la main à la pâte pour améliorer les services d’AF&C

Une charte du Off est prévue en 2012, pour afficher les pratiques exemplaires, mais les lieux ne seront pas obligés d’y adhérer. À quoi bon alors ? Suite des débats cet été, après publication des actes. Aux artistes d’y faire entendre leur voix cette fois.

DELPHINE MICHELANGELI

Mai 2012

 

Le colloque Festival Off, une dynamique d’utilité publique  a eu lieu au Centre de congrès du Palais des Papes, Avignon

Le Festival Off aura lieu du 7 au 28 juillet


Centre International des Congrès du Palais des Papes
6, rue Pente Rapide
Charles Ansidei
84000  Avignon
04 90 27 50 56
http://www.palais-des-papes.com/pages/cicaccueil.html

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