Entretien avec Francesca Poloniato, directrice du Merlan, scène nationale de Marseille

Le Merlan, comme un manifeste

• 12 octobre 2017⇒13 octobre 2017, 18 octobre 2017⇒20 octobre 2017, 7 novembre 2017⇒8 novembre 2017 •
Entretien avec Francesca Poloniato, directrice du Merlan, scène nationale de Marseille - Zibeline

La Scène nationale de Marseille continue de susciter des œuvres, de produire des créations et d’entrer en dialogue avec la cité.

C’est par un discours joyeux, plein d’enthousiasme et d’allant, que Francesca Poloniato présente sa programmation. Il faut dire que la saison 2016/2017 rassembla un public nombreux et enthousiaste. Pourquoi changer une recette qui marche ?

Zibeline : Votre saison 2017/2018 semble s’inscrire dans la continuité de votre projet…

Francesca Poloniato : Oui, et dans le développement ! C’est la dernière saison des artistes actuels de la Bande et de la Ruche, qui vont parvenir au terme de leurs projets ici et présenter leurs créations. Un nouveau projet, dans la continuité Art et Territoire, se met en place en particulier avec la Gare Franche avec laquelle nous fusionnons à partir de janvier 2019. Parce que nous sommes voisins, parce que nous avons des choses à bâtir ensemble, avec Catherine Verrier. Mais déjà cette année nous avons deux salles : le studio, grâce à des travaux financés par l’État, peut désormais accueillir des spectacles et du public, ce dont nous ne nous priverons pas cette saison !

La programmation est conséquente !

Oui, 26 spectacles de danse, 21 de théâtre, 4 de cirque, 3 propositions musicales : je sais que vous critiquez ce peu de place pour la musique, mais le Merlan n’est pas équipé pour ! Et aussi 19 séances scolaires, des petites formes, du cinéma, des expositions, des rencontres, un colloque, des ateliers et des stages. Et une collaboration renforcée avec Actoral, Les rencontres à l’échelle, Dansem, Parallèle, l’Entre-deux Biennales du Cirque, Plus de Danse, Plus de Genre à Marseille, la Biennale des écritures du réel, le Printemps de la danse, OH les beaux jours et Le Festival de Marseille. Sans oublier Marseille Provence 2018 de février à août, autour du slogan Quel amour.

Trois concerts seulement, mais Manu Théron, Nevché et Mélanie De Biasio ! La danse reste au premier plan. Vous dites qu’elle n’est pas une abstraction muette. Comment cette position se traduit-elle dans votre programmation ?

De nombreux chorégraphes font à leur manière « parler » les corps : Ambra Senatore plonge cinq personnages dans une ambiance de polar absurde ; Ivana Müller propose aux enfants un jeu avec des règles à détourner ; Georges Appaix parle de la capacité du couple à ne pas se comprendre pour mieux se mieux se séduire. Michel Schweizer nous bouscule par le regard d’adolescents sur notre société d’adultes. Oui, la danse, ça nous parle !

D’autant que vous construisez votre programmation chorégraphique avec les artistes de votre Bande et de votre Ruche.

Au Klap nous soutenons avec Michel Kelemenis le travail d’Arthur Perole et de Romain Bertet, nouveau venu dans notre Ruche. Pour la Bande, Mickaël Phelippeau dans Chorus secoue la notion de collectif avec 24 choristes qui triturent Bach à toutes les sauces. Quant à Nathalie Pernette, elle s’attaque à La Peau, la nôtre, celle dans laquelle « on voudrait bien être », celle qu’on aimerait caresser… ou pincer !

Mais la danse prend aussi sens dans son histoire, et vous programmez du répertoire contemporain.

Oui, en le confrontant à la création : la formation Coline danse So schnell, pièce historique de Dominique Bagouet et une création d’Alban Richard ; le Ballet national de Lisbonne danse un hommage à Jiri Kilian. Et Josette Baïz réunit, sous le thème de l’amour, un florilège d’œuvres de Preljocaj, Bouvier et Obadia, Sharon Fridman, Brumachon, Nicolas Chaigneau… Mais il y aura aussi du théâtre et du cirque !

Oui, avec Fanny Soriano de la Ruche, et l’accueil de Santa Madera.

Un spectacle de la Biennale qui allie danse et jonglage, magnifique. Mais le cirque, le corps, sera aussi dans le théâtre avec une proposition « cirque » d’Arnaud Saury, une autre de Gilles Caillaud. Et le théâtre, que je conçois comme une source de réflexion mais aussi d’action, sera ancré dans le présent, l’espoir, la lutte, la lumière. Des histoires de vie, tristes parfois. Cyril Teste, virtuose de la technologie, raconte comment le virtuel gagne une adolescente, Pauline Bureau travaille sur la mémoire et ses trous, Sofia Jupither met en scène un texte de Lars Nören sur le terrorisme, Jean-Pierre Baro parle de la banlieue… Mais il y aura aussi un Tartuffe revisité par Guillaume Bailliart, Céline Schnepf de la Bande avec un spectacle pour les tout-petits et un Wonderland pour les ados, la création de François Cervantes, deux Chaperons dont celui d’Edith Amsellem, fondé sur les relations mère/fille/grand-mère… Des histoires de vie, tristes parfois, mais qui convoquent l’espoir, la lutte et la lumière.

AGNÈS FRESCHEL
Septembre 2017

Au programme du mois :

12 & 13 octobre : Late Night
Dans une salle de bal, 3 femmes et 3 hommes dansent leurs espoirs en se souvenant de leurs passés chaotiques, de leurs voyages dans une Europe malmenée : le collectif Blitztheatregroup nous vient de la Grèce, et Late night, entre danse et théâtre, sera en grec surtitré.

18 au 20 octobre : Le petit Chaperon rouge
Le conte de Joël Pommerat nous parle de notre attirance pour les loups, quand les mères et grands-mères sont débordées et les pères absents. Effrayant, magique, un chef-d’œuvre qui n’en finit pas de nous parler. Pas avant 6 ans !

7 & 8 novembre : Le rouge éternel des coquelicots
Deuxième volet de L’épopée du grand nord (2015), écrit et mis en scène par François Cervantes, artiste de la Bande, après deux années de rencontre avec des habitants du quartier. Le récit est porté par Catherine Germain et accompagné d’un groupe d’habitants, un chœur qui bat au rythme de l’histoire.

Photo : Late Night, collectif Blitztheatregroup -c- Vassilis Makris


Théâtre le Merlan
Scène Nationale
Avenue Raimu
13014 Marseille
04 91 11 19 30
http://www.merlan.org/