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Orhan Pamuk à Aix-en-Provence : entretien avec Annie Terrier, directrice des Écritures Croisées

Le livre saltimbanque

• 11 octobre 2018⇒14 octobre 2018 •
Orhan Pamuk à Aix-en-Provence : entretien avec Annie Terrier, directrice des Écritures Croisées - Zibeline

La 36e édition de la Fête du Livre donne la parole à l’écrivain turc Orhan Pamuk, et rend hommage à Philip Roth. Entretien avec Annie Terrier, directrice des Écritures Croisées.

Depuis 36 ans vous organisez la Fête du Livre à Aix. Comment a-t-elle évolué au fil des ans ?

Annie Terrier : Il y a plus de 30 ans on a été nombreux à se regrouper après la fermeture du Relais culturel par le Maire de l’époque (Alain Joissains, NDLR) pour faire perdurer une fête du livre qui avait pris très fortement racine dans la ville, en sortant le livre de la librairie, en le plaçant aux quatre coins d’Aix.

J’étais alors adhérente au Relais culturel, très partie prenante, la grande époque pour moi ayant été celle des Saltimbanques, manifestation qui organisait partout en ville des rencontres culturelles.

Je ne suis qu’une saltimbanque ! S’il y a une chose que je revendique c’est mon appartenance à ce monde-là, et je n’ai pas changé. Mes racines puisent dans ces grands mouvements -en théâtre, en musique…- qu’a connu Aix au moment du Relais culturel.

Est-ce que ça a été à l’origine de votre volonté d’envisager une fête du livre qui ne soit ni une foire ni un salon, mais qui s’inscrive dans un engagement politique et littéraire ?

Oui, dès la première, en 1983 ! Elle s’intitulait 1001 livres, parce qu’en tant qu’héritière de ce que Gil Jouanard (président de la Fête du livre jusqu’en 1979) avait mis en place au Relais culturel avec Charles Nugue (son créateur) je voulais faire un inventaire, un état des lieux de qui avait été fait. Quand j’ai su que j’avais la responsabilité de continuer la fête du livre, j’ai voulu reprendre l’espace collectif de la ville d’Aix, pour continuer à rendre cette culture vivante, en m’inspirant de mon goût pour le théâtre de rue, cette vitalité et cette richesse à l’époque. En 1983 c’était aussi le début des tout nouveaux éditeurs, Actes Sud, Alinéa (qui a hélas disparu), c’était les prémisses de l’Aube. Ma révolution à moi a eu lieu l’année suivante, et c’est pour ça que c’est une fête du livre très importante pour moi : en 1984 j’ai voulu l’axer sur la littérature étrangère ; et j’ai repris le titre merveilleux d’Antoine Berman, « L’épreuve de l’étranger ».

Le succès a-t-il été immédiat ?

Oui ! Ça a été une rupture avec tout ce qui se faisait avant, c’est la fête charnière. Ce n’était pas à la mode d’inviter des traducteurs à cette époque-là. Puis l’année suivante nous nous sommes installés au Palais de Justice, grâce à un merveilleux procureur général qui s’appelait Georges Beljean, c’est ce lieu qui a donné ses lettres de noblesse aux Écritures Croisées. Imaginez James Baldwin parlant dans le prétoire !

Et en 2018 vous accueillez Orhan Pamuk.

Je le reçois avec un immense bonheur ! C’est un éclaireur magnifique, attaché à beaucoup de valeurs, à son vieux monde Ottoman, un homme écartelé entre l’Orient et l’Occident. Il vient parler d’Istanbul, de son spleen tout particulier dont ses romans sont inspirés. Son œuvre est une grande œuvre.

La particularité cette année est une Fête scindée en deux : deux jours en compagnie d’Orhan Pamuk les 11 et 12 octobre, et un hommage à Philip Roth, que vous aviez reçu en 1999 !, les 13 et 14 octobre.

Il était hors de question de ne pas lui rendre hommage dans une fête du livre, et ce sans attendre.

Et je voulais des voix nouvelles pour parler de lui, peu entendues jusqu’à présent, et très intéressantes : Cécile Guilbert, essayiste, romancière et critique littéraire ; Philippe Jaworski, professeur de littérature américaine qui a préfacé le volume des romans et nouvelles à la Pléiade ; Ben Taylor qui est son biographe attitré ; Julia Golier, qui était déjà là en 1999 et qui sera l’exécutrice testamentaire de toute l’œuvre littéraire de P. Roth ; et Philippe Forest qui fait un lien intelligent entre Pamuk et Roth.

Et Noémie Lvovsky pour une lecture de clôture !

C’est une grande amoureuse et admiratrice des textes de Philip Roth dont elle connaît parfaitement l’œuvre. Elle lira, je pense, des extraits de Patrimoine, livre sublime.

Propos recueillis par DOMINIQUE MARÇON
Octobre 2018

Photo : Annie Terrier et Philip Roth, lors de la Fête du livre en 1999 -c- Ecritures Croisées

Fête du Livre
11 au 14 octobre
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04 42 26 16 85
citedulivre-aix.com


Bibliothèque Méjanes / Cité du Livre
8-10  Rue Allumettes
13090 Aix-en-Provence
04 42 91 98 88
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