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Le Lièvre et la Zibeline, fable de mars

Un jour, entre deux giboulées,

La Zibeline s’avisa

D’aller interroger

Le Lièvre de mars fraîchement installé.

Cela pourrait continuer ainsi…mais n’est pas La Fontaine qui veut.

Il eût cependant été regrettable de laisser passer le mois de mars sans dire quelques mots de l’une des dernières nées de nos librairies marseillaises. Apparu sur la devanture d’une ancienne imprimerie, au 21, rue des 3 mages, depuis novembre 2007, il court, il court, le lièvre de mars ; et il ne semble pas près de s’arrêter.

A l’origine, deux amis dotés de quelque expérience en matière de librairie. Le premier, dont le grand-père était peintre, dit avoir baigné depuis toujours dans les arts visuels. C’est lui qui se charge de l’une des deux spécialités de la maison : les livres consacrés au design, à la typographie, à l’architecture, à la photographie, aux arts graphiques en général. Le second déclare avoir été initié dès le plus jeune âge, par son père, à Boris Vian et au surréalisme ; il s’occupe de la section littéraire de la librairie, franchement axée sur ce qu’il nomme la « tendance Oulipo et les avant-gardes historiques : futurisme, dadaïsme et autres mouvements en –isme ».

Un premier projet qui ne voit pas le jour, et puis, hasard heureux, cette imprimerie qui cède son droit au bail et leur laisse tout : la presse, les casses, les plombs, en même temps que le local. La machine occupe tout l’arrière du local, petit et plutôt encombré. Mais cela ne dérange pas les deux libraires ; ils ont même réussi à caser un canapé où l’on peut s’installer confortablement, afin d’en apprendre un peu plus sur eux.

Zibeline : Le lièvre de mars, vous avez choisi ce nom en hommage à Lewis Caroll et à Alice ?

Lièvre de mars : Bien sûr. On a passé de nombreuses soirées à chercher des noms avec des amis ; on est arrivé assez vite à l’idée qu’il nous en fallait un de personnage de roman. On avait pensé au chat du Cheshire, à Humpty Dumpty. Finalement, c’est le lièvre qui l’a emporté, avec la connotation de loufoquerie, de folie, ou plutôt de logique décalée qui nous est chère à tous les deux.

En dehors du commerce des livres, que comptez-vous organiser dans cette ancienne imprimerie ?

LM : Pour l’instant, nous nous formons, nous apprenons tous deux à conduire la machine, grâce à l’imprimeur qui nous a cédé le bail et le matériel. Ensuite, on aimerait développer deux axes. D’abord, la microédition, de poèmes-affiches, d’aphorismes en cartes postales par exemple ; on aimerait que des plasticiens, des graphistes puissent intervenir en se servant de cette machine.

Vous avez la nostalgie du temps de l’impression papier ?

LM : Non, ce n’est pas la nostalgie du plomb, ni celle d’un métier qui disparaît. C’est plutôt le désir de mettre en évidence la force poétique et concrète du rendu de la presse typographique. Sa beauté aussi. Aujourd’hui, avec le numérique, on obtient des tirages « parfaits », mais qui manquent un peu d’épaisseur, de chair si on peut dire… Et là, on arrive au deuxième axe qui nous intéresse. Nous aimerions transmettre les connaissances que nous sommes en train d’acquérir nous-mêmes dans le domaine de la typographie. Nous envisageons des visites de classes, des ateliers pour scolaires ou adultes. Mais pas dans l’immédiat ; pour l’instant, nous sommes encore en apprentissage.

Vous ne manquez pas de projets, on dirait…

LM : Et nous en avons encore beaucoup d’autres ! Des expositions sont d’ores et déjà programmées, en lien avec le lieu : photos en mars, dessins en avril. On souhaiterait également développer des séances de lectures, différentes de celles que proposent les autres librairies, mais la formule reste à préciser. En fait, nous ne manquons ni d’idées, ni de projets, mais tout est en train de se mettre en place. Nous n’avons ouvert qu’il y a trois mois.

Et ça marche ?

LM : On est assez content, oui ! Il faut dire que nous essayons de proposer des ouvrages atypiques et de promouvoir des éditeurs peu connus ou pas faciles à trouver à Marseille ; des éditeurs souvent étrangers qui proposent beaucoup de titres intéressants, en architecture et dans les arts graphiques notamment.

Justement, avez-vous des titres à conseiller ?

LM : Plutôt que des titres ou des noms d’auteurs (pour cela, il suffit de nous rendre visite), nous avons envie de citer des éditeurs. Le Daily-Bul, par exemple, un éditeur belge qui existe depuis une cinquantaine d’années et a publié, pour ne citer qu’eux, Topor, Alechinsky ; c’est un esprit proche du surréalisme belge avec un fond de pataphysique qu’on aime bien. Les éditions Rougerie aussi, qui éditent depuis soixante ans de la poésie sur presse typographique. On a découvert également les éditions Un certain sens, qui proposent des livres d’artistes très contemporains à des prix tout à fait abordables ; et Le crayon qui tue, qui vient d’éditer un ouvrage consacré à l’Oupeinpo, l’équivalent pictural de l’Oulipo. Ce ne sont là que quelques noms ; il faut venir et fouiner. On a même un petit rayon jeunesse, au parti pris résolument graphique lui aussi.

Entretien réalisé par Fred Robert
Avril 2008


Librairie le Lièvre de Mars
21 Rue des Trois Mages
13001 Marseille
04 91 81 12 95
http://librairie.lldm.free.fr/