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Entretien avec Michel Kelemenis à propos du 12e festival Question de danse

Le Klub de Klap claque sous nos pieds dansants

• 16 septembre 2017⇒21 octobre 2017 •
Entretien avec Michel Kelemenis à propos du 12e festival Question de danse - Zibeline

Dans son 12e festival Question de danse, Michel Kelemenis nous invite à danser pour inventer « un monde commun ». Sans autre engagement que celui d’être heureux, ensemble.

Zibeline : Sur la carte des festivals de danse, comment définissez-vous Question de danse, proposition singulière dans ses fondements et ses objectifs ?

Michel Kelemenis : C’est la 12e édition et si nous revenons en arrière, c’est 6 ans avant l’ouverture de Klap. Cette manifestation nous a permis, au titre de compagnie, de faire venir à Marseille des projets en cours de fabrication dont on proposait de faire publiquement le commentaire. La singularité de Question de danse est qu’il s’agit d’un festival de création dans tous ses états. Cette année, il y aura 7 créations et 7 projets en cours de fabrication qui feront l’objet d’une présentation et d’un débat pour mettre des mots sur le parcours vécu par les artistes. C’est un festival, effectivement, avec une quinzaine de soirées autour de la notion de création. Klap a hérité de cette histoire quand, il y a douze ans, je pressentais la nécessité de créer un nouveau lieu pour la danse à Marseille. Un des éléments de ma stratégie était de créer des contenus pour pousser les murs. Question de danse est typiquement l’incarnation de cette idée.

Est-ce à dire que Klap va au-delà de la diffusion de spectacles en qualité de producteur et de soutien aux artistes ?

Avec l’outil qu’est Klap, nous pouvons rêver, mettre en œuvre, partager et créer jusqu’à son terme un spectacle dans d’excellentes conditions techniques : il y a là un chemin d’accompagnement sur l’élaboration des projets, la manière de les concevoir, de les approcher, qui est réalisé par mon équipe et la compagnie. Mon statut personnel d’artiste rend difficile la promotion et la diffusion d’autres artistes. Klap a la particularité d’être dirigé par une compagnie indépendante, très active, qui doit elle-même beaucoup travailler à sa propre existence. Tout ce qui est de l’ordre de l’accompagnement relève de la conception initiale ou générale des projets dans le cadre de leur fabrication. Cependant, nous sommes en relation permanente avec un réseau d’affinités avec lequel nous partageons beaucoup : Klap peut être un endroit de résonance pour un projet.

En quoi les artistes de Question de danse « confortent les fondations d’un futur pluriel pacifique » pour citer votre éditorial ?

Evidemment c’est une forme éditoriale qui a besoin de s’élever par rapport au quotidien. Ce que je raconte ici, c’est l’impact énorme qu’a eu sur moi la chance d’être le premier chorégraphe français invité en Afrique du Sud au moment de l’élection de Nelson Mandela, quand la diplomatie culturelle française reprenait sa place dans le pays. Ce que je vois à ce moment-là, c’est que l’un des premiers éléments mis en œuvre par la présidence est la fabrication de nouveaux lieux pour que tous y convergent en même temps. C’est-à-dire créer un endroit du commun. Aujourd’hui, là où l’on voit une dégradation de la relation de l’un à l’autre et des valeurs sociétales, il est fondamental de travailler sur ce qui va nous être commun. Le propos de ces créations n’a pas être rapporté à cette idée-là, mais le fait même de la création me semble être l’invention d’un demain commun. Sur les artistes à proprement parler, on se rend compte que par des glissements sémantiques, beaucoup ont cette interrogation : comment construire ou reconstruire une société ?

Cette 12e édition est marquée par une initiative : le Klub de Klap. Fait-il partie de cette dynamique fédératrice autour de l’art et de la culture que vous appelez de vos vœux ?

C’est la formulation claquante de l’idée que je défends. C’est parce que Klap est dans un quartier urbain aujourd’hui désigné comme le plus pauvre de France que nous nous devons d’être volontaristes à l’endroit de la création chorégraphique avec le public, avec la rencontre du lieu avec son voisinage le plus immédiat qui n’a pas coutume de fréquenter un lieu de culture. L’idée n’est pas de faire « Les Amis de », mais de demander aux gens de devenir les porte parole actifs de ce que nous faisons. Notre manière de communiquer est de rappeler que c’est souvent gratuit ou qu’il en coûte 5 euros pour découvrir une forme aboutie, une perle absolue ou un travail peut-être abscons… Je veux travailler à la constitution d’un réseau de gens passionnés qui ont envie que, demain, plus de gens profitent de ces cadeaux. Parce que c’est un cadeau de voir la création d’Hervé Robbe en ouverture du festival…

Propos recueillis par MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Août 2017

Question de danse
16 septembre au 21 octobre
Klap Maison pour la danse, Marseille

Trois petits tours et puis reviennent !

Les artistes sont chez eux à Klap Maison pour la danse qui les accompagne dans leur processus créatif jusqu’à la rencontre avec le public. Pour preuves les projets en cours de Mathieu Desseigne de Naïf production à Avignon (La chair a ses raisons), du Collectif Ès de Lyon (Jean-Yves, Patrick et Corinne), de la Cie Kashyl de Calvados (Unisson), du marseillais Olivier Muller (Hoodie). Simultanément, Question de danse pousse les murs de la création régionale et nationale avec des ouvertures sur l’Irlande et son duo féminin Sibéal Davitt & Kristyn Fontanella en grande conversation dans As we know it, l’Espagne et son théâtral Iu An Mi de Lali Ayguadé, l’Afrique du sud à travers deux visages, celui de la performance de Fana Tshabalala (Border) et de la création de Desiré Davids (Transit), la Suisse et l’Allemagne en compagnie de Lea Moro qui dévoile Sketch of togetherness, ou encore les Pays-Bas et son troublant If you could see me now de Arno Schuitemaker et la Belgique avec le projet engagé de Liz Kinoshita You can’t take it with you créé les 2 et 3 novembre au Vooruit Arts center à Gand. Cerises sur le plateau, nombre de créations, dont celles d’Hervé Robbe, Harris Gkekas, Henrique Furtado & Aloun Marchal, ou encore d’Éric Oberdorff et Sébastien Ly dont Klap nous a précédemment mis l’eau à la bouche.

M.G.-G.
Août 2017

Photo : Michel Kelemenis © Gregory Batardon


Klap
Maison pour la Danse
5 rue du Petit Versailles
13003 Marseille
04 96 11 11 20
http://www.kelemenis.fr/