L'Université d'été du Front national à Marseille révèle son malaise culturel

Le FN et le malaise culturel

L'Université d'été du Front national à Marseille révèle son malaise culturel - Zibeline

Les oriflammes, les drapeaux bleu blanc rouge agités, les «on est chez nous» scandés à tue-tête lors des discours des ténors du parti, l’Université d’été du Front national, les 5 et 6 septembre au Parc Chanot à Marseille, a diffusé son lot d’images habituelles.

Au-delà de cette mise en scène et de la rhétorique rodée du FN, Zibeline avait choisi d’être présent lors de cette manifestation afin d’aborder un thème précis : quelle est la politique culturelle du parti de Marine Le Pen ?

D’emblée, un constat s’impose : le sujet était totalement absent du programme de ces deux journées. Le FN ne manque pourtant pas d’idées en la matière, assure Arnaud Stephan, l’un des responsables de la campagne de Marion Maréchal-Le Pen aux élections régionales en PACA. Lesquelles ? «Nous ferons bientôt des actions thématiques sur ce sujet» souffle la députée du Vaucluse qui préfère couper court et renvoie sur son collaborateur, guère plus loquace. «Nous ne pouvons encore rien dire, mais nous avons beaucoup d’innovations à proposer» glisse Arnaud Stephan, dans un sourire fuyant.

À tâtons

Y-a-t-il un malaise culturel au FN ? Le parti semble aller à tâtons sur ce sujet. Une simple illustration, sur son site Internet : les articles contenant le mot-clef «culture» se comptent sur trois pages, tandis que vingt pages sont consacrées au mot-clef «immigration». Depuis peu, toutefois, le parti, par le biais de son satellite le Rassemblement Bleu Marine, avance ses pions. Ainsi, le collectif Culture Liberté Création (CLIC) est une émanation récente du FN pour s’implanter sur ce terrain. Le Collectif Racine, qui rassemble les «enseignants patriotes» en est une autre, à peine plus ancienne. Mais ces deux mouvements restent pour l’heure essentiellement des caisses de résonance du FN, bien que le second soit déjà plus structuré et implanté dans une quinzaine de départements en France.

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«Le mélange me gêne»

Qu’en est-il quand le parti est aux manettes ? Au Parc Chanot, devant le stand de la mairie des 13e et 14e arrondissements de Marseille, Stéphane Ravier, élu à sa tête en mars 2014, s’essaye à quelques jongles avec un ballon de foot. Autour de lui des militants s’affairent, revêtus du t-shirt siglé RAVIER TEAM 13/14. Des t-shirts made in Bangladesh, à l’image des autres produits dérivés du FN, fabriqués pour la plupart à l’étranger, comme l’a relevé le site Buzz Feed. «À Marseille, on fait en permanence la promotion du vivre-ensemble, de la culture de l’autre. Je préfère que l’on redécouvre notre culture. J’apprécie la diversité, mais le mélange me gêne, car c’est la négation, la disparition des identités», explique le maire.

Et en pratique ? Jacques Besnainou est l’adjoint délégué à la Culture et à l’Identité des 13-14. Un intitulé pour le moins troublant. À deux reprises, en 2015, il a tenté d’influer sur les choix de l’Espace Culturel Busserine. En refusant la programmation du spectacle Les pieds tanqués, qui évoque la guerre d’Algérie, et en faisant barrage à la résidence de la compagnie Mémoires Vives, au travail très engagé sur l’immigration. Avant de faire machine arrière à chaque fois. Il n’empêche. À coups d’intimidations, une véritable stratégie se révèle. À la Busserine il n’est pas question de s’autocensurer, mais la crainte d’une reprise en main du contenu est réelle.

JAN-CYRIL SALEMI
Septembre 2015

Sur le même thème, lire l’édito de septembre de Zibeline.

 

Stéphane-Ravier---Université-été-FN---Marseille-2015---4-©-Jan-Cyril-Salemi

Photos : Université d’été FN Marseille 2015 © Jan-Cyril Salemi