Vu par Zibeline

Dernière action de mécénat de la Fondation Vacances Bleues

Le dernier des vacanciers

• 20 novembre 2014⇒23 janvier 2015 •
Dernière action de mécénat de la Fondation Vacances Bleues - Zibeline

La Fondation Vacances Bleues cesse de mécéner l’art contemporain, mais Jérémie Setton nous offre une de ses plus belles créations. Dont acte. Le dernier ?

Cela aura été probablement un des projets les plus porteurs de mécénat culturel à Marseille. Après près de vingt cinq années d’activités, le volet de soutien à l’art contemporain de Vacances Bleues via sa fondation sera «mis en sommeil». On se demande qui saura réveiller le label endormi…

Pourtant, avec la création en 2011, au siège de l’entreprise, d’un espace d’exposition puis de résidences en 2012, d’aucuns caressaient l’idée d’une trajectoire pérennisée pour le travail remarquable entrepris depuis huit ans par sa responsable, Françoise Aubert : programmant avec une grande pertinence, proposant des expositions monographiques en synergie avec les galeries et manifestations marseillaises, travaillant avec les employés et pour le public, la direction artistique était sans faille. Mais parmi les mécènes, vers lesquels la puissance publique renvoie les acteurs culturels pour pallier son désengagement, certains aident l’art comme on aime une danseuse : parce qu’elle nous plaît, jusqu’à ce qu’elle nous déplaise, ou qu’une autre passe.

Que faire ?  Profiter pour l’heure de la dernière création, d’une subtile intelligence, de l’ultime artiste en résidence.

Jérémie Setton fuit hic

Dans un dispositif élémentaire -une salle et deux néons blancs, un vidéoprojecteur et un panneau/écran-, Jérémie Setton joue sur le stratagème de deux images ajustées au millimètre. L’une, issue d’une photo de famille ancienne anonyme, se projette en noir et blanc sur son double réalisé au fusain (virtuose !) comme en négatif de la première. Si bien que la superposition des deux en annule la représentation/figuration par un monochrome gris foncé. Seule la présence du visiteur en permet la révélation. Celle-ci apparaît, fugace, d’une part, quand il en vient, par l’intercession de son corps, à modifier subtilement l’intensité lumineuse des néons ; et d’autre part, quand il intercepte le faisceau vidéo et se mue en un double écran, qui reçoit, qui occulte : la projection se réalise alors sur son dos, lui demeurant inaccessible ; mais dans le même temps, sur le panneau/écran se projette, non pas une ombre de son corps (une non-image obscure), mais la partie correspondante de l’image au fusain.

Sans mystique aucune, le peintre -c’est ainsi qu’il se qualifie lui-même- réactive le mythe de la création des images et de leur incarnation, invention qui nécessite foncièrement la présence du corps, celle où nous sommes présents à la fois comme révélateur et martyr (au sens initial de témoin) d’un événement irréductible et impossible à appréhender dans sa complétude.

Comme une résonance à ce dernier chapitre de l’aventure Vacances Bleues, Jérémie Setton nous livre hic et nunc une œuvre au titre éloquent dont le sens était déjà porté par la photographie d’origine datant de 1934 : un portrait de groupe souriant mais dont une version trois ans plus tard effaçait un des protagonistes. C’est cette dernière qui est projetée.

Bien au-delà du jeu sur nos perceptions, Jérémie Setton nous propose de faire l’expérience de la validité (et de notre responsabilité) du sens que nous attribuons à ce que nous voyons.

À noter que les visites -hautement recommandables en étant accompagné de l’artiste- sont sur rendez-vous. Et que, comme pour compenser, l’exposition est prolongée jusqu’au 23 janvier.

CLAUDE LORIN
Décembre 2014

Oh le beau jour encore que ça aura été
jusqu’au 23 janvier
Fondation Vacances Bleues, Marseille
04 91 00 96 83
www.fondation-vacancesbleues.com

Photo : Jérémie-Setton,-Tracing-faces,-2014,-installation,-dessin-sur-papier-collé-sur-panneau,-vidéoprojecteur,-néons-©-J.-Setton