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Entretien avec Michèle Moutashar autour de l'exposition Nuage à voir dès le 16 mai au Musée Réattu d'Arles

Le corps du nuage

• 16 mai 2013⇒31 octobre 2013 •
Entretien avec Michèle Moutashar autour de l'exposition Nuage à voir dès le 16 mai au Musée Réattu d'Arles - Zibeline

Pour sa dernière exposition au sein du musée Réattu, Michèle Moutashar explique ses choix et sa démarche singulière de commissaire. Plus proche d’un corps à corps avec les œuvres que de l’intention démonstrative

Zibeline : Quelle a été la genèse de ce projet ?
Michèle Moutashar : Cela vient de loin. D’un premier étonnement avec Le Corrège à Parme, plus tard d’une réflexion de Arp à propos de la concrétisation des nuages, ensuite de la rencontre avec Hubert Damisch qui part lui aussi du Corrège pour son livre sur la théorie du nuage.

Pourquoi le nuage a-t-il soulevé un tel intérêt ?
Il est différent pour le moine taôiste, le berger malien en attente de la pluie, le peintre occidental, mais le nuage touche à l’anthropologie, à la vie quotidienne, la science, l’histoire de l’art. Mais pour toucher au nuage si vous restez dans le ciel vous êtes foutu ! Bien des gens ont essayé de faire une typologie de cet insaisissable mais ça ne marche pas, on ne peut les dépeindre complètement. En Asie le nuage exprime l’énergie vitale. Une des pièces fondamentales au début de l’exposition est une pierre de lettré chinoise façonnée dans les torrents qui en a gardé l’énergie dans ses formes et sert de support de méditation. Arp a montré comment le nuage s’incarne, peut être à portée de main, à portée de hanche, à portée de corps. Le nuage est au-delà des notions d’abstraction et de figuration, totalement sensuel pour ne pas dire sexuel.

Dans cet esprit comment avez-vous conçu cette exposition ?
Pour moi il y a deux manières de faire des expositions. La première, la plus fréquente : vous avez une théorie et vous allez chercher des œuvres qui confirment votre théorie. C’est la meilleure façon d’empêcher le spectateur d’entrer en contact avec l’œuvre d’art. Pour moi une œuvre d’art est un corps vivant qui parle, le minimum est de pouvoir lui donner la possibilité de s’exprimer. L’autre façon d’exposer est de faire comme les pêcheurs méditerranéens à la palangrotte. Vous avez une sorte de ligne que vous lancez, moi ma ligne c’était Arp et une certaine empathie avec le sujet, les émotions produites par Le Corrège. J’ai constitué un corpus d’œuvres qui sont des bombes d’énergie, qui expriment tout : la notion de métamorphose, de flux continu, d’incarnation. Tout en constituant cela, j’avais en tête ce bâtiment, son paysage : la quantité d’eau qui tourne sous ses fenêtres, le mistral qu’il se prend en pleine figure, la lumière qui est excessive. Réattu y a fait son atelier. Sa chambre des nuages. C’est comme ça que les Chinois désignent l’endroit où ils réfléchissent.
L’exposition entière est un nuage moulé par le bâtiment. Nous sommes dans une partition organique où le visiteur en est la clef. C’est lui qui combine tous les éléments d’une façon mouvante.

Nous nous éloignons de la part conceptuelle…
En mettant le visiteur comme acteur physique et mental vous dépassez les clivages d’érudition. La fréquentation d’une exposition ne peut pas être uniquement intellectuelle. Regardez les tasses à café de Bailly-Maître-Grand, il n’y a pas plus trivial et plus existentiel.

Propos recueillis par CLAUDE LORIN

Mai 2013

Nuage
jusqu’au 31 octobre
Musée Réattu, Arles
04 90 49 37 58
www.museereattu.arles.fr

Photo : L’oeuvre de Jaume Plensa en cours d’installation- Nuage IV, 2012, acier, 180x122x196cm (c) C. Lorin/Zibeline


Musée Réattu
10 rue du Grand Prieuré
13200 Arles
04 90 49 37 58
http://www.museereattu.arles.fr/