L'Opéra Orchestre National de Montpellier se voit reprocher sa gestion par la Chambre Régionale des Comptes

Le compte est bon

L'Opéra Orchestre National de Montpellier se voit reprocher sa gestion par la Chambre Régionale des Comptes - Zibeline

L’Opéra Orchestre National de Montpellier vient d’être épinglé par la Chambre Régionale des Comptes qui lui reproche sa gestion… mais il annonce une belle saison !

Le rapport de la Chambre des Comptes est dur, très dur… « L’association de l’opéra-orchestre national de Montpellier, qui dépend à 90 % de subventions des collectivités publiques, ne remplit pas son objet social, qui est de promouvoir l’opéra et l’orchestre de Montpellier. » « L’OONM a appauvri sa programmation pour faire face au versement de coûteuses indemnités de départ à ses dirigeants et son effectif est surdimensionné par rapport à son activité. »

Pourtant, à regarder en détail le rapport, on s’étonne : celui ci porte sur l’année 2014, où la Région justement après la disparition de George Frêche et des querelles de succession, avait baissé sa subvention de 9 à 4 millions, et retardé son paiement. Or, depuis, tout a changé ! René Koering, Surintendant de la musique, a effectivement bénéficié d’indemnités de départ faramineuses (665 000 € !) mais elles correspondent à son contrat initial et ne peuvent être reprochées à l’équipe dirigeante actuelle, recrutée après son départ. Ni à l’association qui gère l’Opéra Orchestre et n’est pas pour grand chose dans le recrutement du Surintendant, qui dirigeait le Festival de Radio France, l’Opéra Orchestre devenu National sous son impulsion, et le Chœur Symphonique qu’il avait créé… Depuis son départ, la masse salariale globale de l’équipe de direction a diminué de 60 %. Leur reprocher de coûter trop cher n’a pas de sens.

D’autant qu’un véritable plan de redressement est à l’œuvre. Le programme de la saison est bien celui d’un Opéra National : créations lyriques, programmes symphonique et chambriste, théâtre musical, ciné-concerts, musique du monde, baroque, contemporaine, artistes en résidence, commandes, expositions. La volonté de Valérie Chevalier, directrice depuis 2014, s’affirme, à la mesure d’un établissement qui connaissait à son arrivée de grandes difficultés financières et d’organisation. Elle collabore avec les forces vives de la ville -Montpellier Danse, le Musée Fabre- met le paquet sur le dispositif Opéra junior, à vocation sociale et pédagogique… Faut-il souligner qu’elle est la première femme à diriger un Opéra National ?

Veut-on  des opéras en province ?

Mais on ne peut soupçonner la Cour Régionale des Comptes de sexisme, ni relier ces reproches aux querelles politiques qui agitent encore le PS dans la région. Pourtant certains points sont incongrus : pourquoi reprocher les frais de location du Corum, en délégation de service public par Montpellier Events, contrôlée par Philippe Saurel ? La Chambre des Comptes ferait mieux alors de reprocher au maire de louer trop cher à son Opéra Orchestre la seule salle où il puisse jouer, et qui a été construite pour lui… Pourquoi reprocher le coût des musiciens du philharmonique, dont le nombre n’est pas compressible ? Pourquoi comparer la faiblesse des recettes propres (5% du budget) à la moyenne  des Opéras Nationaux, dont on sait qu’ils sont concentrés à Paris, où faire des recettes et récolter du mécénat est nettement plus facile ?

La culture coûte ? Oui. Les Orchestres et les Opéras plus que tout le reste, oui. Mais le Ministère paye Bastille, Garnier et la Philharmonie rubis sur l’ongle, tandis que les financements des Opéras et Orchestres Nationaux de province dépendent en grande partie des collectivités territoriales. Pour lesquelles ils sont trop lourds, en particulier depuis les baisses de dotation de l’État. Quant aux   Opéras de Marseille, Toulon et Avignon, ils ne reçoivent rien de l’État. S’il faut revoir le financement des Opéras, ne serait ce pas en ce sens ? Sinon, que veut-on ? Remplacer les musiciens par des bandes enregistrées comme au théâtre (c’est interdit en Allemagne, qui sait protéger ses musiciens… et les oreilles mélomanes) ? Les supprimer sauf pour la bourgeoisie parisienne et celle qui vient l’été à Aix, et qui peuvent payer 300 euros leur place ? C’est ainsi que l’on obtient des recettes propres…

AGNÈS FRESCHEL
Octobre 2016

Photo : Valérie Chevalier -c- Marc Ginot

Opéra Orchestre National de Montpellier
11 boulevard Victor Hugo
34400 Montpellier
04 67 601 999
opera-orchestre-montpellier.fr