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L’Art renverse La Belle Endormie !

 - Zibeline

La ville de Nantes cultive sa mémoire, son passé industriel et ses mutations contemporaines en alliant tourisme et art contemporain.

Créé en 2011, Le Voyage à Nantes, structure financée par la Métropole, centralise les énergies autour du Patrimoine, de la Culture et du Tourisme. C’est «un parcours tout public de 10 km qui peut se faire à pieds et permet une découverte sensible et ludique du territoire», déclare, très enthousiaste, son directeur Jean Blaise, adjoint à la Culture de Jean-Marc Ayrault depuis 1982, en présentant le projet au 32ème étage de la Tour Bretagne ; construite dans les années 70, relookée par Jean Jullien, elle est désormais Le Nid d’un immense oiseau qui occupe l’espace Bar.

Au coin des rues…

On va de surprise en surprise en suivant le fil de peinture rose qui conduit de rue en place. D’abord le château des Ducs de Bretagne, construit à la fin du XVème, étincelant de la blancheur du tuffeau et enchâssé par l’eau verte des douves. Gardien de l’Histoire il n’en montre pas moins avec humour une création-vidéo de Pierrick Sorin qui joue tous les rôles pour retracer les grandes dates de l’histoire de la ville. Les rues adjacentes sont tendues de Tissus urbains, bannières et fanions créés par Quentin Foucompré et Olivier Texier, à l’écoute des récits des habitants. Place du Bouffay on est surpris par Monte-meubles, de l’argentin Leandro Erlich, portion de maison suspendue à 10 m au-dessus des têtes qui reprend le vocabulaire architectural des façades alentour. Place Royale, habituellement occupée par une fontaine, on découvre Mont Royal(e), un mur d’escalade vert et blanc en forme de Mt Gerbier des joncs, réalisé par Block Architectes, qui invite au jeu. Quartier Graslin arrêt à «La Cigale», brasserie classée de 1895, traversée du passage Pommeraye où Jacques Demy a tourné Lola, et découverte des deux installations d’Agnès Varda, Des chambres en ville, hommage à Demy, et La chambre occupée, œuvre engagée qui questionne sur les oubliés de notre société en reconstituant un squat.

Si l’île Feydau a perdu son caractère insulaire par l’assèchement de l’Erdre, ses riches demeures XVIIIe conservent la mémoire du passé négrier de la ville dans un saisissant témoignage, le Mémorial de l’abolition de l’esclavage, de Krysztof Wodiczko et Julian Bonder, avec un parcours souterrain et aérien sur les quais. Plus loin un lieu du passé industriel, LU, Lieu Utile qui reprend le nom du célèbre biscuit, s’est reconverti en scène nationale, lieu de création qui propose tout l’été, Playgrounds !, des jeux sportifs, imaginés par des architectes, désacralisés et sans règles, où l’erreur est permise !

…ou au fil de l’eau

Traversez la Loire : vous êtes sur l’île de Nantes. Anciennement domaine industriel, la pointe ouest  devient un creuset de projets fous. Royal de Luxe y est né, compagnie d’artistes multitâches qui sillonne le monde depuis la fin des années 80 et dont les Géants font rêver grands et petits ; la troupe a d’ailleurs donné gratuitement du 15 juin au 1er juillet sa dernière création, Rue de la chute, devant un public toujours fervent.

Proches voisins, Les Machines de l’île présentent un bestiaire mécanique, parent de l’imaginaire de Jules Verne, né à Nantes. Installés dans les Nefs des chaudronneries, fermées en 87, François Delarozière et Pierre Orifice ont imaginé un lieu ouvert au public où l’on peut entendre le barrissement de l’éléphant qui déplace ses 49 tonnes d’acier en balançant sa trompe, et surveiller la construction de la prochaine machine, L’arbre aux hérons. À noter, le Carrousel des mondes marins, merveilleux manège de 3 étages qui vous transforme en Capitaine Nemo…

Pour parfaire une reconversion réussie, la ville continue à construire sur un million de m2 constructibles, en associant architectes et paysagistes : le Palais de Justice de Jean Nouvel, la Maison de l’Avocat, l’École d’Architecture et son belvédère dominant la Loire, les Écoles d’Art et de Design… Les quais sont aménagés avec plage, jardins thématiques ; un ancien entrepôt garde son nom de Hangar à bananes et accueille restaurants et galeries d’Art. Sur l’autre rive, au sud, l’ancien village de pêcheurs de Trentemoult devient un lieu de villégiature coloré, accessible en navette fluviale.

Le Voyage à Nantes s’accompagne de la 3ème édition du projet Estuaires qui installe des œuvres d’art, la plupart pérennes, sur les 60 km de l’estuaire de la Loire. Sur les quais on croise Les anneaux de Daniel Buren et Patrick Bouchain, De temps en temps, l’œuvre lumineuse de François Morellet anime une façade de 6 000 m2, Lunar tree de Mrzyk & Moriceau, arbre de résine blanche fluorescent ; plus loin L’île flottante faite d’épaves de Fabrice Hyber, La maison dans la Loire de Jean-Luc Courcoult, copie des maisons du coin plongée au milieu du fleuve. Mais aussi, Péage sauvage, du collectif hollandais Observatorium, étonnante structure en bois, représentant un tronçon d’autoroute qui permet d’observer la nature…

Enfin, pour votre repos, vous  pourrez hésiter entre les six chambres du Château du Pé, décorées par des couples d’artistes, la Maison-cheminée, nichée par le japonais Tatzu Nishi à 15 m du sol, ou encore l’hôtel Sozo installé dans la chapelle d’un couvent…

Alors pour vos escapades estivales envolez vous vers Nantes. Elle sera Capitale verte de L’Europe 2013, à une heure d’avion de celle de la Culture… Autant en profiter et jeter un pont entre ces deux villes périphériques dans une France trop centralisée !

CHRIS BOURGUE

Juillet 2012

 

Installations visibles jusqu’au 19 août ou en permanence

www.levoyageanantes.fr

www.estuaire.info