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Entretien avec Christian Benedetti, qui porte la question culturelle aux élections européennes pour la FI

L’art est un combat

Entretien avec Christian Benedetti, qui porte la question culturelle aux élections européennes pour la FI - Zibeline

Christian Benedetti, metteur en scène, directeur du Théâtre d’Alfortville, est candidat de La France Insoumise aux élections européennes.

Zibeline : La France insoumise affichait 12 combats, et vous avez réussi à en imposer un 13e

Christian Benedetti : À en suggérer un plutôt, ils étaient prêts, aujourd’hui nous parlons de 13 combats pour l’Europe. Les forces de Gauche doivent porter la question culturelle haut et fort, ces enjeux sont désertés, or c’est l’essence du combat : pour sortir du capitalisme il faut que le capitalisme sorte de nous, que les artistes retrouvent leur intranquillité, qu’ils se révoltent quand on ose leur dire qu’ils ne peuvent pas continuer à demander de l’argent public parce qu’ils n’ont pas trouvé leur modèle économique : ce n’est pas leur travail, leur travail est de créer, pour l’intérêt général. De défendre leurs conditions de vie et de travail dans le cadre d’une culture de service public.

Et comment définissez-vous cette culture de service public ?

Je ne prétendrais pas la définir tout seul. J’ai envoyé un questionnaire à de grands artistes européens : Lupa parle de sa vision de l’humanité, Pippo Delbono d’accueillir l’Afrique. Ce qui me manquait dans les programmes politique, y compris à la France Insoumise, c’est qu’elle repose sur la parole des artistes. Les mots nous ont été confisqués, on s’est laissé abuser, l’art a emprunté le vocabulaire de la finance et s’est mis à servir les intérêts économiques des territoires ou à mettre un peu de mercurochrome sur les dévastations sociales. On a perdu le sens de l’art, du risque et de l’engagement. La plupart des artistes sont dans un état de domestication effarant, et la culture est devenue une marchandise.

Pourquoi, alors que vous êtes directeur d’une institution, artiste reconnu et soutenu, vous engager dans ce combat ?

Justement par besoin de désobéir, de refuser la soumission et la fatalité. On a la sensation qu’on ne peut rien mais il faut faire péter les leviers ! Quand on est un homme de théâtre il y a aujourd’hui deux choses à faire : faire du théâtre politique, et investir le champ politique directement. Car malgré Jack Ralite le politique s’est détaché de la défense des artistes et de la création. Si on veut que les politiques reviennent vers le champ artistique, il faut nous-mêmes aller vers eux.

Vous citez Jack Ralite, communiste. Pourquoi cette dispersion des listes de gauche ?

En politique on ne peut pas additionner les voix. Faire liste commune éloignerait des électeurs. Et puis Ralite n’appartient pas aux communistes, il serait sans doute avec nous aujourd’hui.

Que doivent faire les députés européens pour défendre une politique culturelle de gauche ?

D’abord, refuser. Refuser que l’art soit considéré comme une marchandise. Refuser la soumission au marché et défendre les intérêts humains. Il faut que la liberté de création devienne un critère de convergence de l’Union Européenne. Elle nous est bien plus essentielle que les 3% ! Et que l’UE oblige chaque pays à avoir une politique publique de la culture. Les politiques culturelles doivent être élaborées à l’échelle des pays par les artistes. Et même : elles doivent partir de l’initiative locale, circuler librement, devenir des modèles reproductibles quand c’est souhaitable, et ne pas être imposées d’en haut à partir de critères technocratiques absurdes. Aujourd’hui on investit dans la peinture comme si c’était de l’immobilier, et les projets européens doivent être élaborés à 5 ! Va créer avec la Roumanie et la Bulgarie ! Il y a là-bas des artistes incroyables, formidables, mais leur réalité économique ne peut pas se confronter à la nôtre ! Face à l’Europe, et à la technocratie en général, il y a un silence des artistes qui en dit long sur leur précarité et leur désarroi.

L’enjeu principal, pour vous, est donc de redonner une place centrale à l’art…

Une place politique. Vous vous rendez compte que le commissaire européen à la culture est un ministre d’Orbàn ? Et que tout le monde s’en fout ? Cela en dit long sur l’importance qu’on accorde à ces questions…

Et votre place de 76e sur la liste, que dit-elle ?

Je suis juste avant Jean-Luc Mélenchon ! Cela dit simplement que je ne veux pas être élu. Je fais le job, sur le terrain, je remets l’idée de service public de la culture dans les têtes, et j’adore ça, rencontrer des gens tous les jours et leur parler. Mais je suis un homme de théâtre. Mon combat politique nourrit mon art, mais je suis impatient de retourner à la scène…

Entretien réalisé par AGNÈS FRESCHEL
Mai 2019

Photo : Christian Benedetti c X-D.R.

Retrouvez ici notre état des lieux des partis de gauche aux élections européennes, ainsi que notre entretien avec Denis Lanoy, metteur en scène et secrétaire de la section communiste de Nîmes, candidat PCF.

La suite de ce dossier consacré aux élections européennes, avec d’autres entretiens (EELV, Génération.s et PS) est à paraître vendredi 17 mai dans le n°35-36 de Zibeline Hebdo.