Entretien avec Benjamin Lévy, directeur artistique de l’Orchestre Régional de Cannes

L’appel du sud

Entretien avec Benjamin Lévy, directeur artistique de l’Orchestre Régional de Cannes - Zibeline

Benjamin Lévy a été nommé directeur artistique et chef d’orchestre permanent de l’Orchestre Régional de Cannes, et a pris ses fonctions le 1er novembre

Annie Courtade, Présidente de l’Orcpaca, insiste sur les qualités de ce jeune chef, dont la candidature a été retenue parmi les 160 proposées. « Il y avait de solides critères de choix, parcours, projets, capacité à s’investir dans des missions artistiques, pédagogiques et sociales, jeunesse, adaptabilité, sens du management et pour un contrat au moins de 3 ans (renouvelable ad libitum), afin de mener vraiment un projet structuré… On cherchait un peu l’être parfait. »

Avec son effectif mozartien de 37 musiciens, l’orchestre a la particularité d’être consacré à des fonctions d’orchestre symphonique, et d’être le seul de la région à ne pas être attaché à un opéra. Sandrine Deschamps, directrice administrative de l’Orcpaca (et qui a dû gérer la carence de directeur artistique depuis septembre 2016), explique : « Cette année, nous avons réussi à trouver un équilibre, mais les frais ne cessent d’augmenter et les subventions ne peuvent augmenter en conséquence. Nous remercions chaleureusement tous nos mécènes (comme l’association Andantino) et les institutions qui nous soutiennent avec une remarquable constance ! »

Benjamin Lévy s’indigne des clichés sur le sud, et se montre plus qu’agréablement surpris de constater à quel point les préjugés parisiens sont erronés.

Zibeline : Comment concevez-vous la dimension régionale de l’Orchestre ?

Benjamin Lévy : L’Orcpaca a déjà cette dimension régionale, donne des concerts dans divers lieux de la Région, s’attache aux différents publics (à noter Sympho New Académie). Je salue tous les efforts accomplis. Je souhaite que cette maison puisse s’ouvrir aux gens de Cannes, avec des répétitions portes ouvertes, ménager des temps d’échanges, renforcer les passerelles avec le monde des études musicales, intégrer par le biais de projets spécifiques des musiciens amateurs à l’ensemble, poursuivre le travail mené auprès des écoliers collégiens et lycéens (cette année, ils rencontreront West Side Story). Je veux aussi aller à la rencontre de la population en installant l’orchestre dans des lieux inhabituels comme à port Canto en début de saison. Le public se sent légitime quand on va dans ses lieux familiers.

Des paroles aussi ?

Je souhaite en effet abolir la distance entre concert pédagogique et « vrai concert ». Une approche moderne du public c’est prendre en compte sa réalité actuelle, il est nécessaire d’échapper à la rigidité conventionnelle.

Des collaborations…

Avec l’ERAC, l’École Supérieure de Danse Rosella Hightower, le Festival du film… Continuer à développer l’action de l’orchestre en région (festivals, nouvelles salles), par le biais de projets spécifiques, opéras en version concert, travail avec les ballets… La transversalité des arts, c’est très important. Poursuivre aussi les master-class de chef d’orchestre, instituées par W. Doerner, inventer une sorte d’internat (si je reprends une formulation d’études de médecine) destiné aux artistes français ou résidant en France.

Un répertoire à élargir ?

Je souhaite faire de l’Orcpaca un bijou d’orchestre de musique de chambre ; mais aussi aller au-delà et en-deçà des siècles classiques, aborder les préclassiques, Rameau, Bach (…) et l’univers contemporain. Je me refuse à la segmentation, aux clivages, afin de pouvoir envisager tous les répertoires. Cet orchestre est plus qu’attachant, doté d’une forte personnalité. J’ai été « l’amant » de nombreux orchestres en tant que chef invité, j’aspire au mariage, et à établir un lien stable et durable avec ce bel ensemble !

Les musiciens se réjouissent visiblement de ces ouvertures nouvelles et l’entente est d’emblée perceptible. Un mariage qui débute sous une bonne étoile !

Propos recueillis par MARYVONNE COLOMBANI
Décembre 2016

Quelques repères en chiffres :

1975 : fondation de l’Orchestre Régional de Cannes par Philippe Bender (1975 – 2012), auquel succède Wolfgang Doerner (2013 – août 2016)

48 salariés dont 37 musiciens

Montant global de fonctionnement : 4 millions d’euros

Subventions:

-Mairie de Cannes : 1 087 750€

-État (Drac) : 1 135 000€

-Département : 600 000€

-Région : 600 000€

Photo : Benjamin Lévy, chef d’orchestre de l’Orcpaca et Berthilde Dufour, premier violon super soliste -c- Maryvonne Colombani