Entretien à cœur ouvert avec Lambert Wilson

Lambert Wilson : Alceste ou Philinte ?

Entretien à cœur ouvert  avec Lambert Wilson - Zibeline

Le 20 décembre, Lambert Wilson était au cinéma Le Prado à Marseille pour l’avant-première d’Alceste à Bicyclette de Philippe Le Guay

 Il a raconté le plaisir particulier pris lors de ce tournage

J’ai aimé tourner sur l’île de Ré, là où est née l’idée du film. D’ailleurs, on peut dire que l’île est le quatrième personnage du film, après Gauthier Valence, mon personnage, Serge Tanneur joué par Fabrice Luchini, et Francesca, par Maya Sansa. L’Ile de Ré constitue une parenthèse idéale pour tourner un film, un endroit au climat fantastique et changeant. J’étais très impliqué, et les balades à vélo me permettaient de me concentrer différemment et davantage.

…en insistant sur le défi que constituait ce personnage qui en joue un autre…

Le défi pour moi était de créer mon personnage. Gauthier Valence va trouver peu à peu son Alceste, il va trouver sa rage. Au départ, il n’est pas assez investi ; la première fois qu’il joue Alceste, en boitillant, il est assez pathétique ! C’est le côté ingrat du personnage que je joue. Peu à peu ses yeux se dessillent. Il évolue.  Le personnage que joue Fabrice, Serge, est plus complexe mais plus fixe, il évolue moins.

 …sur le plaisir pris à jouer avec Luchini…

Me retrouver  à côté de ce comédien n’était pas évident. Je n’avais jamais joué de Molière ; du Racine, oui. Fabrice, lui,  connaît Le Misanthrope par cœur. Et comme lui, je suis dingue de la langue du XVIIème, et j’adore la comédie. Avec Fabrice, on était en partage total, avec une complémentarité rare. Je ne le connaissais pas et j’avais l’image d’un comédien un peu difficile pour ses partenaires. J’ai découvert quelqu’un de très généreux, de très patient. Quand on est avec un bon acteur, on se sent en sécurité, sans qu’aucun ne cherche à prendre possession du territoire de l’autre. On a le même sens des dialogues et du rythme.

…sur la précision et l’inventivité qui ont régné sur le tournage…

Ce qui était extraordinaire là, c’est qu’il y avait un problème à résoudre pour chaque scène. On a construit les personnages ensemble, et quand on tournait  les scènes du Misanthrope, on en avait la même conception. Et puis, on  a été très bien dirigé. Les couleurs délicates, les maladresses et le ridicule des personnages, l’humour… tout vient de l’imagination de Philippe Le Guay. J’ai tourné avec Resnais qui est un immense cinéaste, mais qui  dit peu de choses, qui réunit des acteurs mais ne les dirige pas.  Là, tout était écrit, prévu.

 … sur la passion du jeu et sa mise en scène…

Si le film propose un décryptage critique du monde du spectacle, c’est surtout un hommage aux acteurs. C’est beau ce personnage qui a l’habitude de jouer dans des films TV, qui a du succès  et qui veut à tout prix jouer Alceste. Cette passion est belle ! Quant au questionnement sur le monde du spectacle, il est partagé par beaucoup d’acteurs. Malgré son côté sublime, c’est une activité dérisoire, un univers qui excite les paranoïas, un univers qui a la mémoire courte. Mon père me disait toujours qu’on devait être redécouvert sans arrêt !

Dans le film, Alceste et Philinte sont interprétés à tour de rôle par l’un et l’autre . Mais où est Lambert Wilson ?

Je suis quelqu’un qui se rapproche plutôt de Philinte. J’ai tendance à me plier, à être patient. Fabrice, lui, est vraiment Alceste, dans sa brillance, son humour et sa violence. L’idée d’une mise en scène avec alternance de personnages est un rêve d’acteur. Si on me le proposait, j’accepterais. J’adorerais jouer Le Misanthrope sur scène avec Fabrice. Nous avons le même sens du texte, la même attention portée au rythme des alexandrins… Mais il y a tellement eu de versions de Molière que c’est difficile à monter. Alceste, c’est un peu un idéal. J’espère que je le ferai un jour.

Nous l’espérons aussi!

Propos recueillis par Annie Gava

Décembre 2012


Cinéma le Prado
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