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Entretien avec François De Boisgelin, Directeur de la Villa Méditerranée

La Villa Méditerranée va naître

Entretien avec François De Boisgelin,  Directeur de la Villa Méditerranée - Zibeline

En ces temps de grands chantiers culturels arrêtés partout en France par le nouveau Ministère de la Culture, de restriction sur tous les budgets de fonctionnement et de peur panique devant les investissements jugés onéreux des collectivités, la naissance de la Villa Méditerranée fait jaser les poujadistes, mais pas seulement : chantier pharaonique, doublant le MuCEM, né d’un caprice régalien de Michel Vauzelle, au contenu culturel vague sinon vide… les reproches sont légion, y compris parmi ceux qui défendent habituellement la pertinence économique et humaine des investissements culturels. Zibeline a voulu rencontrer François De Boisgelin, le Directeur de ce CEREM devenu Villa, pour comprendre ce qu’est réellement ce signal lancé au-dessus des flots .

Zibeline : De quand date ce projet, et quel est son sens ?

François De Boisgelin : Du premier mandat de Michel Vauzelle. Une des constantes de la politique régionale depuis Gaston Defferre est la coopération décentralisée. Il y a des choses que les Etats, pris dans les viscosités diplomatiques, ne peuvent pas, alors qu’entre régions on peut poser des relations, imaginer des réseaux cadres entre universitaires, entreprises, organisations sociales… Michel Vauzelle a un hyper-tropisme méditerranéen, et rien ne fonctionne mieux, dans cet espace où les États se sont souvent affrontés et s’affrontent encore, que la coopération latérale qui ne passe pas par les ministères.

C’est donc un projet avant tout politique ?

Culturel et politique, on peut le penser comme un tout. Il s’agit effectivement d’un bâtiment signal, d’un lieu de rendez-vous destiné à la rencontre d’experts, et à la circulation du citoyen dans cet espace. Pas d’un musée.

Oui, il s’agit de vous différencier du MuCEM, dont la gestation a été longue mais qui se tient finalement aujourd’hui à vos côtés, avec des missions qui peuvent sembler similaires…

Et qui sont en fait parfaitement complémentaires. Un musée d’Etat comme celui-là a un corpus professionnel particulier, des collections à gérer. Les conservateurs du MuCEM conçoivent leur mission de façon originale, mais même ainsi nos buts diffèrent, clairement. Nous voulons permettre au public, en particulier aux jeunes adultes, aux lycéens, aux néo-arrivants, de trouver ici une image de l’espace dans lequel ils vivent, et où ils pourront exprimer leur vision d’avenir. Et nous voulons aussi convaincre tous ceux qui disent que la Méditerranée n’existe pas, ou ne les intéresse pas.

En clair l’électorat FN ?

Oui, d’ailleurs les Conseillers régionaux FN n’ont pas voté contre. Pas pour non plus, mais bon… Il sera question d’éco-diversité, de sujets économiques, peut-être pouvons nous rassembler autrement autour de ces questions. Et pour ce qui est du MuCEM, nous avons déjà prévu des tarifs couplés, des horaires et jours d’ouverture complémentaires, le congrès national de l’INRAP qu’ils accueillent passera aussi par chez nous… Il n’y a pas de rivalité ! Il est même question d’une co-programmation en 2015.

Et d’ici là, concrètement, que va-t-il se passer dans ces murs ?

L’inauguration aura lieu le 15 mars 2013, l’ouverture au grand public le 6 avril. À partir de ce moment il y aura deux moments forts annuels, une grande réunion Agir en méditerranée, et de vrais débats, des Controverses, sur la prospective Unesco 2031. Ces débats seront ouverts au public, dans la salle de 400 places.

Cette salle est-elle une salle de spectacle ?

Oui, de concert et de spectacle. Elle fait 15m d’ouverture sur 10m de profondeur et 8m50 de hauteur, le plateau est techniquement équipé, il y a une régie, des cabines de traduction, la possibilité d’enregistrer, monter et mixer… il y aura une véritable programmation artistique dans cette salle en dehors des débats et congrès. Elle est d’ores et déjà prévue par Jean-Luc Bonhême, qui bientôt en dévoilera le détail.

Il y aura surtout des expositions ?

Oui, des parcours permanents dans l’agora et la coursive, des parcours saisonniers dans le porte-à-faux. Tous sont conçus par des « narrateurs », c’est-à-dire des artistes à qui on a confié la mission d’enquêter, de recevoir la parole des citoyens et des scientifiques, mais qui exposent tout cela en tant que cinéastes, plasticiens, musiciens, créateurs… Il y aura beaucoup de films et peu d’objets, mais des œuvres contemporaines. Nous n’avons pas de mission de conservation.

Les thèmes de ces expositions seront-ils en rapport avec les événements ?

Pour les expositions temporaires dans les 1000m2 du porte-à faux, oui. Ainsi Régis Sauder, le cinéaste qui a réalisé Nous Princesse de Clèves, sera notre premier narrateur, dans cette exposition consacrée à 2031 en Méditerranée, nos futurs… Il a travaillé avec d’autres artistes Michel Kéléménis, Benoît Bonnemaison, mais surtout avec des lycéens de Saint Exupéry, des musiciens de Tunis, le Lycée français d’Izmir, pour recueillir les appréhensions et leurs rêves d’avenir. La première exposition met en scène leurs réponses, et au bout de la visite chacun sera convié à s’exprimer, pour que le parcours demeure vivant, en évolution…

Cette exposition sera en entrée libre ?

Non, tout l’espace, en dehors des expositions temporaires et spectacles dans la salle, sera gratuit, mais là il y aura un droit d’entrée, avec de nombreuses exonérations pour les jeunes, les chômeurs… Michel Vauzelle voulait que tout soit gratuit ! Mais l’essentiel le reste.

C’est-à-dire ?

L’entrée dans le bâtiment, les projections et débats, les parcours dans l’agora et la coursive.

Qui auront pour thème …

Le premier parcours permanent, mais qui évoluera au cours du temps dans sa forme, sera consacré aux Mobilités, à ce voyage qui caractérise les Méditerranéens, qui veulent découvrir le monde, et échanger des marchandises. Le second, sur la grande coursive qui donne sur le Port, sera consacré aux différents Temps méditerranéens : le temps géologique, le temps des empires, des Antiques à l’Ottoman… Puis en septembre l’espace temporaire fermera pour deux mois, afin d’installer la nouvelle exposition Sous la mer, un monde, confiée au cinéaste Alain Bergala. La saison 2014 portera sur la Méditerranée des Médias, puis sur Construire la paix

Avez-vous prévu des narratrices de cet espace méditerranéen qui a du mal avec l’égalité des sexes ?

Il y en aura !

L’accent mis sur  la Méditerranée, en construisant un territoire, dessine aussi des limites. Y aura-t-il une place dans votre Villa pour les autres immigrations présentes à Marseille, des Comoriens aux Africains de l’Ouest dont personne ne parle ?

C’est un problème dont nous avons conscience. Dans nos débats, nous voulons que la présence de l’Afrique en Méditerranée soit évoquée. Il  faut travailler sur les géographies mentales autant que réelles…

Propos recueillis par AGNÈS FRESCHEL et GAËLLE CLOAREC

Novembre 2012

 

Questions de coûts :

Coût de la construction: 58 millions d’€ HT, soit 70 M TTC

Coût de fonctionnement annuel : 6 M d’€

Coût d’investissement de la première année : 1.8 M d’€

La Villa Méditerranée est financée entièrement par la Région Paca.

Pour comparaison, le budget que la Région PACA consacre à la Culture chaque année, hors investissements exceptionnels, est d’environ 54 millions d’euros. Il est en baisse depuis 3 ans, et reste aux alentours de 3% de son budget global, en baisse également. Ce qui situe PACA dans une zone médiane supérieure, entre l’Ile de France qui consacre 0.6% de son budget à la Culture (l’Etat investissant massivement dans cette région…) et la Région Nord Pas de Calais qui atteint régulièrement les 5% depuis que Lille a été Capitale culturelle.


Villa Méditerranée
Esplanade du J4
13002 Marseille
04 95 09 42 52
http://www.villa-mediterranee.org/