Les faux adieux au music-hall de Miss Knife, alias Olivier Py

La folle vie de Miss Knife

• 2 février 2019 •
Les faux adieux au music-hall de Miss Knife, alias Olivier Py - Zibeline

Le directeur du Festival d’Avignon retrouve son personnage fétiche de Miss Knife et des musiciens pour de faux adieux au music-hall.

Zibeline : Miss Knife vous manquait-elle ?

Olivier Py : Elle me manque quand j’arrête mais comme je n’ai pas vraiment arrêté… C’est un personnage que j’ai imaginé il y a trente ans et que je n’ai jamais quitté. Ou qui ne m’a jamais quitté, comme on voudra. Ce n’était pas intentionnel, elle a été créée dans une pièce de théâtre puis j’ai continué. D’abord parce que la scène me manque, le chant me manque quand je m’en éloigne. Il y a aussi les musiciens avec lesquels je travaille : un quartet de jazz que j’aime beaucoup. Ce sont eux qui souvent me poussent, entre autres responsabilités et quand j’ai un petit oasis dans mon planning, à partir en tournée avec eux pour poursuivre l’aventure.

Pourquoi ces premiers adieux ?

C’est un objet purement promotionnel, parce que quand on fait ses adieux on a plus de public. Je ne compte pas du tout m’arrêter.

Qu’interprétez-vous ?

Je ne chante pratiquement que mon répertoire, des chansons originales, composées par Stéphane Leach, le pianiste du groupe, et dont j’ai écrit les textes. Il peut m’arriver de faire une reprise en guise de rappel.

Vous avez écrit : « les actrices ont du mal à assumer leur féminité ». Pensez-vous vraiment qu’il existe un modèle de féminité ?

Il en existe plusieurs. Je pense que la féminité pose de plus en plus de problèmes sur scène. Comment la représenter ? Comment la vivre ? Certainement pas avec des clichés. Mais oui, il y a des problèmes de représentation de la femme au théâtre. Les actrices et les chanteuses ont à prendre cette question à bras le corps. J’en parle beaucoup avec elles. À l’opéra je monte des œuvres du XIXe siècle, pleines de conventions pour décrire les femmes. Comment est-ce qu’on joue une Traviata ou une Carmen aujourd’hui ? Ce sont des questions que je me suis beaucoup posées ou que l’on m’a beaucoup posées. Et j’écoute beaucoup ce que me disent mes camarades femmes.

Votre constat peut-il s’expliquer par les questionnements autour des identités de genre ?

On vit une époque formidable et c’est passionnant que l’on puisse briser les stéréotypes patriarcaux et redéfinir plus librement ce que nous sommes, de manière non binaire aussi.

Cela fait donc de nombreuses années que Miss Knife est votre pendant féminin. Laquelle des deux vies préférez-vous : la sienne ou celle d’Olivier Py ?

Je ne sais pas vraiment si c’est une femme. C’est plutôt un monstre. En tous les cas, c’est mon clown. Quant à nos vies respectives, ça dépend des heures. Ma vie nocturne est beaucoup plus proche de Miss Knife. Ma vie diurne est celle du directeur du Festival d’Avignon, d’un metteur en scène, d’un homme engagé aussi. Elle est plus structurée quand celle de Miss Knife est beaucoup plus folle.

Vous prenez régulièrement position sur des sujets sociétaux. Qu’est-ce qui vous révolte le plus en 2019 ?

Je dirais qu’il y a plus de choses qui m’interrogent que de choses qui me révoltent. Mais la première chose d’entre elles, en 2019, c’est l’alarme climatique. J’y pense incessamment, avec l’impression qu’on va dans le mur et que personne n’y fait rien. C’est très préoccupant pour la génération qui vient.

Vous avez également pris position sur les migrants…

Oui et depuis longtemps. Je suis moi-même un migrant et un Méditerranéen. Mes parents ont traversé cette mer dans tous les sens et mes grands-parents aussi. Il y a une part de mon identité qui appartient à cette migration qui, à mon avis, fait la force, le génie je dirais même, de la Méditerranée et de l’Europe. Accueillir des migrants est positif. Cela enrichit un pays. Et je suis inquiet que les populismes nous fassent croire que l’étranger est une menace.

Si vous deviez imaginez vos propres adieux, ressembleraient-ils plutôt à du Eschyle ou à Miss Knife ?

Je préférerais terminer avec des comédies. Je crois que j’en ai écrit des bonnes. Non moins intelligentes et non moins pensées que les grandes pièces classiques. Et puis surtout, je préférerais terminer avec mon écriture, écrire moi-même mes adieux. Mais j’espère que c’est encore un peu loin.

Est-ce facile de programmer de la comédie au Festival d’Avignon ?

Il y en a chaque année, certes de manière minoritaire mais avec beaucoup de succès. C’est vrai que c’est un choix assez rare chez les artistes. Il est possible que le temps se prête moins  à la comédie. Mais on peut dire des choses graves avec la comédie justement. Je pense que je suis le seul auteur de comédie en France, à proprement parler.

C’est quoi pour vous la comédie ?

Se moquer de soi-même.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR LUDOVIC TOMAS
Janvier 2019

Les premiers adieux de Miss Knife, dans le cadre du cycle Invasion ! Transgenre.
2 février
La Criée, Marseille

Photo : Miss Knife ® Eric Deniset


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