La dynamique du triangle

 - Zibeline

«Seule figure géométrique à pouvoir être étendue sans modifier sa structure initiale, le triangle a été choisi par l’architecte Henri Ciriani pour construire le musée archéologique d’Arles. Dès 1995, suivant l’idée que tout bâtiment doit avoir dans ses gènes les principes de son développement, il avait prévu des voiles de béton pour des extensions futures… dans 2 ou 300 ans!» Claude Sintès, le directeur du Musée départemental Arles antique sourit : jamais il n’aurait pensé voir une extension du musée ! Mais le musée s’étend comme Ciriani l’avait imaginé : le CG a confié à Jean-François Herrelle cet agrandissement dans le respect de la construction existante, avec les mêmes panneaux bleus, la même géométrie, les cimaises intérieures du projet initial et 1/3 de surface supplémentaire (800 m²) !

«Cet espace sera dédié à la barge dont on a suivi avec passion les fouilles, l’extraction du fleuve, les découpes, et qui, comble de la modernité, attend, plongée dans les bassins d’un centre atomique, sa polymérisation, puis bombardée de rayons gammas, sa reconstitution. Il est fascinant de penser que, représentant le meilleur de la  technologie de son époque elle bénéficie aujourd’hui des sommets de la nôtre ! Si l’on avait trouvé ce bateau il y a 50 ans, il aurait été perdu. Après 2000 ans sous l’eau, la cellulose est totalement détruite et le bois en séchant s’effondre sur lui-même.» Cet exceptionnel témoignage sera intégré au parcours muséographique par des maquettes, des films, des diaporamas commentés, comprenant l’évocation des fouilles et des traitements apportés aux vestiges. Les métiers portuaires, armateurs, dockers, calfateurs seront évoqués avec l’exposition d’objets d’une étonnante actualité, comme les maillets en bois, les plombs de douane (l’administration impériale était aussi tatillonne que la nôtre !) ; les métiers du commerce également, avec les cargaisons d’objets transformés ou bruts (lingots de fer, pierres…), qui font comprendre la mondialisation avant la lettre du commerce antique, avec des produits à bas prix importés de la Galice ou du Liban pour la Belgique ou l’Allemagne* «Arles était alors une plaque tournante, un hub du commerce international ! celui de la navigation dans l’Antiquité, avec les instruments de navigation, les pièces de bateau comme les poulies, les cordages dont nous possédons des rouleaux complets !»

Pour cet évènement unique au monde, environ 9 Md’€ ont été dégagés (1,5 pour la fouille et le relevage, 1,5 pour la restauration et la création du socle, 6 pour la création de l’extension, la scénographie, la restauration des objets). Le CG13 finance à hauteur de 6M, la Compagnie Nationale du Rhône 2,5M (mécénat qui s’inscrit comme un hommage à leurs ancêtres professionnels), le ministère de la culture 400 000€ (les objets appartiennent à l’État, propriétaire de tout ce que l’on trouve dans la mer ou les fleuves), la Région réfléchit encore… Le bateau est classé trésor national.

Les retombées économiques sont considérables, d’autant que le musée devient de plus en plus populaire. L’ouverture de l’extension prévue le 1er oct 2013 fait partie des projets structurels de Marseille Provence 2013 et en attendant, d’avril à juillet 2013, une exposition rare verra le jour : Rodin et l’antique, qui montrera comment le sculpteur s’est inspiré du terreau antique, pour inventer un art révolutionnaire.

 

MARYVONNE COLOMBANI

Février 2012

* noms contemporains, pour une meilleure compréhension géographique !

 

Musée Départemental Arles Antique
Avenue 1e-Division-France-Libre
Presqu’île du Cirque Romain
13200 Arles
04 13 31 51 03
http://www.arles-antique.cg13.fr/