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La culture manque de diversité ethnique, sociale... quelles solutions ?

La diversité, une utopie ?

La culture manque de diversité ethnique, sociale... quelles solutions ? - Zibeline

À Babel Med, à Massalia, la volonté de concerner tous les citoyens s’affirme…

Babel Med est un festival rassemblant des milliers de fans, mais aussi un grand marché des musiques du monde, et un lieu de conférences ouvertes au public et posant des problématiques culturelles essentielles. Ainsi il a été question des femmes dans les musiques actuelles, (le matrimoine musical si important et si peu présent sur les scènes), des « droits culturels », de la diversité musicale (entre reconnaissance des traditions orales, hybridations réelles et aseptisation des marchés) et… de la diversité tout court.

Un mot qui a aujourd’hui fait son entrée officielle dans les politiques culturelles : le ministère de Fleur Pellerin a, en décembre, créé un Collège de la diversité, et c’est Karine Gloanec-Romain, Inspectrice générale récemment chargée de ce Collège, qui animait cette rencontre aux côtés de Ferdinand Richard, directeur de l’AMI (festival Mimi) et de Frédéric Ménard, directeur de Zutique Productions (Dijon).

Egalité et inclusion

La création du Collège part d’un constat multiple, et difficile à cause des lois françaises qui interdisent d’établir de statistiques ethniques : nos scènes, nos lieux culturels, nos écrans, nos orchestres… sont monochromes (dans le genre blanc), les artistes sont souvent issus de la même classe sociale, le milieu est dominé par les hommes. Bref il manque de diversité ethnique, sociale et fonctionne avec des clichés genrés très tenaces (lire nos articles L’art est-il bourgeois ? et Décolonisons les scènes).

Que propose donc de neuf le Gouvernement ? De mesurer la diversité, dans les programmations et dans les publics, mais aussi de réfléchir à la sémantique : dans quelle mesure les diversités ethnique, sociale, genrée se recoupent-elles ? Plus pragmatiquement, le Collège veut mettre en place de nouveaux procédés d’inclusion, en favorisant la diversité des genres artistiques et des pratiques, et en veillant à l’égalité des droits culturels sur le territoire.

Le projet est ambitieux, et soulève immédiatement des questions : Frédéric Menard, qui a installé les bureaux de son Festival dijonnais dans une barre HLM en triste état, démontre que les artistes sont capables de créer du lien, des ateliers de pratique, un tajine géant, des moments de partage entre générations. Mais il souligne aussi la condescendance des institutions qui méprisent un prétendu « socio-cul ». Gilbert Ceccaldi (Ville de Marseille) souligne combien les crédits d’État consacrés à la Politique de la Ville ont drastiquement baissé depuis 2002, passant de 1,9 millions en 2002 à 500 000 € aujourd’hui.

Ferdinand Richard quant à lui plaça le curseur ailleurs, parlant d’égale dignité des cultures et rappelant que l’enjeu de la culture n’est pas de faire société mais humanité. Un beau discours même si, à Zibeline, on a maintes fois souligné l’absence de femmes du Festival Mimi, preuve qu’une diversité peut souvent en chasser une autre…

De la volonté aux actes : des couacs !

C’est de la salle que Sébastien Cornu (Président de la Fédurok) souleva l’objection la plus notable : comment amener les populations à la reconnaissance de la pluralité agissante des cultures, lorsque le Gouvernement maintient un État d’Urgence liberticide, et une déchéance de nationalité inégalitaire ? Les artistes sont-ils les pompiers impuissants d’un incendie sans cesse attisé dans d’autres sphères ? Karine Gloanec-Romain reconnut la pertinence de l’objection, et la nécessité de penser enfin le passé colonial : la création du Collège de la diversité est concomitante des attentats de novembre, de la prise de conscience de la fracture de la société française.

La volonté paradoxale de l’État était patente également lors de la rencontre régionale L’enfant et l’artiste organisée par le Théâtre Massalia à l’issue de La Belle Saison. Le ministère incite les acteurs culturels à changer de terrain, mais dans le même temps peine à reconnaître et financer les initiatives visant à s’adresser à tous. Ainsi les expériences rapportées lors de la journée furent passionnantes, émouvantes, appuyées sur de nombreux témoignages d’enfants et d’adolescents qui affirmaient que le passage des artistes dans leur vie les avaient profondément changés.

Mais le constat de l’assignation systématique de ces missions d’action culturelle à des femmes parce que les hommes s’en désintéressent et visent « plus haut », était évident. De même que les faibles moyens assignés par les théâtres…

L’idée que tout enfant a droit à un parcours culturel durant son passage dans l’école française reste une utopie. Le recensement même de ce qui est proposé régionalement n’est pas commencé, et les belles histoires de Massalia, du Théâtre Durance, des scènes nationales de Martigues ou de Cavaillon, concernent, au fond, peu d’adolescents. L’accès à la culture pour tous devra forcément passer par des dispositifs systématiques, et sans doute par les programmes scolaires, et les professeurs.

AGNÈS FRESCHEL
Mars 2016

La rencontre sur la Diversité culturelle a eu lieu à Babel Med, au Dock des Suds, le 18 mars
La rencontre L’enfant et l’artiste a eu lieu au Massalia, la Friche, le 12 mars


Dock des Suds
12 rue Urbain V
13002 Marseille
04 91 99 00 00
www.dock-des-suds.org


Théâtre Massalia
41 Rue Jobin
13003 Marseille
04 95 04 95 70
http://www.theatremassalia.com/