La "cause culturelle" et l'égalité d'accès débattues aux Ateliers de la Pensée du Festival d'Avignon

La culture, un intérêt généralVu par Zibeline

• 18 juillet 2016 •
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« La cause culturelle, enjeu politique et citoyen, espace nécessaire de dialogue public », un intitulé complexe et riche qui a suscité un débat intéressant, mais avorté faute de temps, initié par la Région Paca et le Festival d’Avignon aux Ateliers de la Pensée du site Louis Pasteur, à Avignon, ce 18 juillet. Pour envisager le rôle des artistes « au cœur du projet de société » et débattre d’une « culture qui soit participative et citoyenne, garante de la liberté artistique et de l’égalité d’accès », sont intervenus Olivier Py (directeur du Festival d’Avignon), Bernard Foccroulle (directeur du Festival d’art Lyrique d’Aix) et Francesca Poloniato (directrice du Merlan, à Marseille). Suite aux attentats de Nice (une minute de silence a été observée en hommages aux victimes), étaient excusés Irina Brook (Théâtre national de Nice) et les représentants de la région Paca.
Aucun représentant politique n’était ainsi présent au débat, et malheureusement, aucun responsable de structure avignonnaise invité officiellement non plus (certains pourtant ont assisté dans le public à la rencontre, comme Alain Timar du théâtre des Halles ou Michèle Addala de la Cie Mises en Scène) pour alimenter, à bon escient, la discussion autour de la diversité des populations. S’il n’y a pas de recette « miracle » pour un égal accès des citoyens à la culture, il est vrai qu’un égal accès à la tribune aurait semblé pertinent.

Retours d’expériences
Pour Bernard Foccroulle, cet accès peut se faire avec le développement d’un service éducatif, une participation de la population locale, et une médiation « pour trouver son chemin dans l’art lyrique, l’une des formes d’art susceptibles d’accueillir les publics les plus variés ». Reste pour le directeur du Festival d’Aix, la question fondamentale des pratiques et des formes proposées par les artistes pour renvoyer un miroir aux populations…

Francesca Poloniato rappelait son désir de faire du Merlan un théâtre républicain ouvert aux habitants, en associant 7 artistes au projet artistique et culturel de la Scène nationale, située dans les quartiers Nord de Marseille : « Ils font le travail de territoire. Nous sommes, avec les artistes et les équipes, rarement dans nos bureaux mais avec les gens dans le quartier pour que chacun puisse dire « notre théâtre »… Aujourd’hui il y a une urgence ».

Quant à Olivier Py, qui présente cette 70e édition du Festival d’Avignon un spectacle en itinérance dans 15 villages du Grand Avignon, après être revenu sur certaines actions du Festival, comme le jumelage avec un collège en périphérie de la ville et les rencontres avec les gens, en prison notamment… « il faut doubler le nombre de représentations » pour réussir un « métissage sociologique et générationnel des publics ». Augmenter la jauge pour une plus grande marge de manœuvre. Une différence de position franche avec Bernard Foccroulle pour qui « ouvrir les jauges ne change pas forcément le public. Il faut qu’il soit le reflet de la composition d’une ville avec une ensemble de pratiques qui amène à élargir la programmation ».

« Faire magnifique avec peu »
Concernant la réduction de moyens, Olivier Py expliquait alors le paradoxe de « voir des budgets artistiques réduits, donc le nombre de représentations aussi, et la fréquentation augmenter… La vérité du public populaire échappe à toute médiation ». Mais pour le directeur du Festival d’Aix : « Il est plus difficile mais pas impossible de faire magnifique quand on a peu ». Une évolution de pratiques et de règles déontologiques nécessaires pour réduire les dépenses.
Chacun souhaite également que les réseaux entre tous les acteurs culturels se constituent, visant une solidarité entre « petites, moyennes et grandes » compagnies, à l’image du réseau Traverse regroupant 32 théâtres diffuseurs en PACA qui échangent sur la création, la diffusion, et le développement des publics.
Quant à l’engagement culturel des politiques, pour Olivier Py « la culture semble toujours de leur part un geste subjectif. La culture est un service public, de l’ordre de l’intérêt général, pas une question de goût ! ».

Si le débat central sur l’accessibilité des publics à la culture a finalement été réduit, au final, les notions de diversité, de retours à des petites formes, et d’intérêt général sont à retenir. Et à mettre en débat, à nouveau.

DELPHINE MICHELANGELI
Juillet 2016

La rencontre a eu lieu aux Ateliers de la Pensée du site Louis Pasteur de l’Université d’Avignon le 18 juillet

Photo © Delphine Michelangeli

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