La culture ? Tout le monde s’en fout !

Visiblement le sujet ne suscite pas l’enthousiasme des médias ni des candidats à la présidentielle, qui se pressaient pourtant à Avignon cet été pour promettre qu’ils empêcheraient la casse… qui est en train d’advenir, dans le plus total silence !

Le 24 février devant les DRAC de France, avaient lieu des manifestations d’artistes et professionnels de la culture qui répondaient à l’appel de tous les syndicats artistiques réunis : arts plastiques, spectacle, producteurs, festivals, ensembles, diffuseurs, indépendants, scènes publiques… Au centre des revendications, les coupes budgétaires prévues en 2012 dans une «mission culture» mise à mal depuis des années. Aujourd’hui le gel des 6% sur les budgets de l’État, le collectif budgétaire, la TVA qui passe à 7% et les mandats de révision conduisent les Directions Régionales, et en particulier la DRAC PACA, à amputer encore les subventions des structures artistiques et culturelles pour 2012.

Les membres de la délégation de PACA, reçus par Denis Louche, le directeur régional des affaires culturelles et Marc Ceccaldi, le directeur adjoint, se félicitaient d’avoir fait remonter leurs très vives inquiétudes. Pierre Sauvageot (directeur de Lieux Publics, SYNDEAC), rapporta la rencontre en soulignant l’écoute rencontrée : «Denis Louche a défendu le bilan de l’État en région, et le fait que des nouveaux lieux apparaissaient. Mais il n’avait pas d’informations précises sur le gel budgétaire.». Les artistes sont toujours «en attente d’une levée du gel de 6% du budget». Quant au mandat de révision (les 400 000 € que devrait rendre la Drac Paca), M. Louche dit «se battre pour qu’il soit le plus bas possible». Agnès Loudes (Théâtre Vitez, SNSP) rappelait «le rétrécissement des capacités de production et de diffusion, et le fonctionnement moindre pour la création. La Drac devrait être aussi une instance de reconnaissance et de soutien des initiatives. Là on est juste sommés d’obéir, ce qui empêche l’intelligence. La Drac applique une politique nationale très dirigisteRenaud Marie Leblanc (Didascalie and co, SYNDEAC) a parlé au DRAC de «l’état des compagnies impactées dans leur propre structure, et pas seulement les compagnies émergentes. Car les lieux qui ont des missions de coproduction subissent des baisses de budget et réduisent donc la voilure : une double peine pour les compagnies, en définitive.»

La vigilance est donc de mise pour Sylvie Record (Gymnase et Jeu de Paume, SYNDEAC) : «on sait que cette politique ne dépend pas directement de la Drac, mais il est important qu’elle fasse remonter au niveau national notre grande inquiétude. Il faut maintenant que ça se traduise en actes concrets : le Président de la République, notamment lors du Forum d’Avignon en novembre dernier, avait soutenu que la culture est la réponse française à la crise et ne devait pas être impactée budgétairement ; or pour l’instant il y a le gel, le collectif budgétaire, et les mandats de révision.»

Et demain ?

Le paysage culturel est aujourd’hui déconstruit : certes dans la région des bâtiments nouveaux font surface, l’année Capitale se profile, mais ce qui fait la vie même d’une culture inventive, c’est-à-dire les artistes, les compagnies indépendantes, les auteurs et les chercheurs, sont exsangues. Car l’État ne se préoccupe plus que de la loi Hadopi, et de parachuter des directeurs dans des lieux construits à grands frais qui pompent les crédits des Dracs, et des collectivités territoriales. Les lieux intermédiaires se battent au quotidien pour maintenir leur budget artistique, les médiathèques renoncent à leurs projets, et sur nos scènes les productions sont de plus en plus pauvres, les grands plateaux se peuplent d’artistes solitaires et fatigués, dépressifs parce qu’ils sont mal aimés. Quant aux lieux alternatifs ils ferment un à un, ou peinent à surnager dans des conditions économiques indignes…

Cette politique d’État est-elle idéologique, veut-on en finir avec les spécificités de la vie culturelle de notre région, qui s’est toujours distinguée par son indépendance et son aspect fortement participatif et citoyen ? À Marseille et dans la région les spectateurs n’ont jamais sorti les Rolex pour aller au musée ou à l’opéra. On y croise un public nettement plus populaire qu’ailleurs, qui aime les Friches quand on n’y meurt pas de froid, les poulaillers des scènes lyriques, les rencontres à ciel ouvert, l’art contemporain, les débats, l’air du large, la politique.

Puisqu’il semble que le Parti Socialiste va prendre les rennes de l’État pour conduire une politique nouvelle, il faudra en matière culturelle, en particulier en région, un changement de cap. Pas seulement une «sanctuarisation» des budgets comme l’a promis François Hollande, mais une véritable remise à flot. Et un changement des comportements, des priorités, pour atteindre enfin la bienveillance nécessaire envers ceux qui font éclore la poésie fragile dont nous avons besoin. Car c’est ici, en région, que peuvent naître des formes nouvelles, loin des rituels culturels et des schémas bourgeois parisiens.

Pour l’heure, la Culture et ses 720 000 salariés (mais 0.6% du budget de l’État…) sont absents des discours. Il est temps pour tous, artistes, écrivains, musiciens, mais aussi publics et lecteurs, de faire entendre qu’elle compte autant dans nos vies que la sidérurgie, ou l’agriculture.

DOMINIQUE MARÇON et AGNÈS FRESCHEL

Mars 2012