La culture pour tous et partout

 - Zibeline

Grand rendez-vous des professionnels du spectacle et des acteurs culturels, les Biennales internationales du spectacle (BIS) de Nantes ont connu un beau succès de fréquentation avec 10 630 professionnels présents sur les deux jours (ils étaient 9 800 en 2010).

La mission fondatrice de ce salon, rappelée par son directeur, Nicolas Marc, qui est de «révéler et mettre en valeur les arts de la scène pour servir les évolutions de la filière, favoriser le développement du secteur et porter plus haut la parole singulière et essentielle des artistes et de tous ceux qui les accompagnent», est plus que jamais d’importance.

Dans le contexte actuel de crise que connait la culture, les BIS se positionnent comme un lieu, de confrontations d’expériences, de constructions de projets, d’élaboration d’idées nouvelles. Avec, telle une sirène d’alarme en permanence déclenchée, l’urgence d’agir qui revenait sans cesse au cours des débats et ateliers…

Attendu le 19 janvier dans le grand auditorium de la Cité des congrès de Nantes, François Hollande y a délivré un discours très attendu sur la culture. «La culture est au coeur d’un projet politique. Ce n’est pas simplement un élément d’un programme.» Sans faire de propositions chiffrées et finalisées, il aborda certains sujets.
Il évoqua d’abord, sans surprise et rapidement, le bilan culturel de l’actuel président : «L’État assure aujourd’hui moins du quart du financement public de la culture. Le soutien aux équipements de proximité a été négligé. L’enseignement artistique délaissé, les pratiques artistiques négligées. Les entretiens de Valois sur le spectacle vivant sont sans lendemains. Le conseil pour la création artistique a été un fiasco, Hadopi un sujet d’affrontement, et les subventions de l’État sont partout en recul qu’il s’agisse du soutien aux lieux ou aux équipes». Puis le candidat socialiste rappela ses priorités. Faire de la culture «une grande ambition nationale» et plutôt que de fixer des taux de progression, sanctuariser entièrement le budget de la culture ; restaurer la légitimité de ce ministère avec deux missions essentielles : «la proximité avec les artistes, le soutien à la création et la défense du service public de la culture, et l’accès du plus grand nombre à la culture». Préoccupé par l’aménagement culturel de la France il annonce une «nouvelle étape de la décentralisation culturelle» pour «irriguer tous les territoires oubliés», non sans avoir souligné auparavant que «les collectivités ne peuvent se substituer à une politique nationale».
Autre grande préoccupation du candidat, l’éducation artistique et populaire, avec l’annonce d’un «plan national d’éducation artistique piloté par une instance interministérielle, dotée d’un budget propre rattaché au Premier ministre». Ce qui suppose un rétablissement de «la formation initiale des enseignants », davantage de place faite aux artistes dans les établissements scolaires, et l’histoire de l’art en tant que «discipline à part entière, avec ses concours de recrutement».
Présent aux BIS, il se devait de mentionner le spectacle vivant. La chose fut rapidement faite avec l’annonce de l’élaboration d’une loi d’orientation qui «fixera les objectifs, sécurisera les financements» après la tenue d’un grand débat avec l’ensemble de la profession, et la reprise du chantier du Centre national de la musique, voulue par le gouvernement actuel pour fédérer une filière «morcelée», «pour en faire un outil au service de l’ensemble du spectacle vivant et pas seulement de la musique enregistrée».

Puis François Hollande aborda la «question lancinante de la révolution numérique». Et notamment sa position sur la loi Hadopi qui «a voulu pénaliser les pratiques. Pour quels résultats ? Les artistes ont-ils gagné quoi que ce soit en termes de reconnaissance et de rémunération ? Cette loi a-t-elle rapporté un sou à la création ?» Une loi qui continue à faire débat, parce que, en voulant préserver le droit d’auteur, elle protège essentiellement les industries culturelles. Si le terme d’abrogation n’a pas été prononcé lors du discours, lors de la conférence de presse qui suivit les termes furent sans appel : «La loi sera supprimée et remplacée». Avec «une loi qui signera l’acte II de l’exception culturelle française. Elle sera élaborée en lien étroit avec tous les professionnels du monde de la culture.» Une proposition qui repose sur deux principes : «développer l’offre culturelle légale sur Internet en simplifiant la gestion des droits et imposer à tous les acteurs de l’économie numérique une contribution au financement de la création artistique ; rémunérer les artistes pour leur oeuvre.»

Enfin il fut question du rayonnement de la culture dans le monde avec la priorité donnée au redressement de la diplomatie culturelle d’une France qui «ne s’exporte pas seulement pour ses biens ou ses capitaux, mais par la qualité de son message, la force de sa création, la promotion de ses idées».

Les Compagnies contre la casse

Parmi les ateliers, nombreux et ciblés, proposés lors des deux jours du BIS à Nantes, le SYndicat National Des Entreprises Artistiques et Culturelles (SYNDEAC) -composé de 365 structures, dont 160 compagnies- proposait de se pencher sur La charte pour les compagnies au sein d’un service public de l’art et de la culture, avec Judith Depaule, sa vice-présidente, Renaud Marie Leblanc et Fabien André, membres du conseil national, tous trois metteurs en scène. Une charte née «de la crise du secteur des compagnies. Il ne s’agissait pas de refaire un énième texte politique, mais poser la confrontation de choses concrètes», parmi lesquelles la difficulté à monter des productions, la baisse des subventions pour les compagnies ou les structures qui les accueillent… et réaffirmer que «les artistes sont force de proposition […] et ont une vraie place dans le service public de l’art et de la culture». 6 mois de débats contradictoires furent nécessaires pour énoncer ce qui heurtait, et poser clairement les problèmes rencontrés par les compagnies victimes des restrictions budgétaires, devenues, dit le préambule de la charte, «la variable d’ajustement du spectacle vivant, victime d’une volonté politique de casse délibérée». Plusieurs types d’aides sont inscrites dans la charte : une aide au projet qui «doit permettre aux artistes structurés en compagnie d’amorcer le montage financier de leur création», accordée par l’État d’un minimum de 20 000 € ; une aide au développement, étape intermédiaire et provisoire avant un conventionnement pluriannuel, qui doit être tripartite (État et collectivités territoriales) et «ne peut être inférieure à 150 000 € par an» ; un dispositif de conventionnement pluriannuel sur 4 ans qui nécessite au moins 200 000 € annuels, tous financements croisés cumulés. À cela se rajoute un dispositif d’accompagnement des compagnies conventionnées envers des artistes émergents, bénéficiant pour cela d’une subvention supplémentaire. Enfin la charte rappelle qu’«un préachat ne peut être considéré comme une part de production» et que celle-ci «implique un engagement fort donc un montant qui pas être inférieur à 30 000 € ou 25% du budget de production du projet». Un texte qui clarifie les responsabilités de chacun et pose les conditions économiques et statutaires au bon ordre de marche des compagnies.

DOMINIQUE MARÇON

Mars 2012