Municipales : le projet culturel ? En fin de plaquette...

La culture à hauteur de candidats

Municipales :  le projet culturel ? En fin de plaquette... - Zibeline

Dans un document de campagne, le projet culturel, est facile à trouver : il suffit de prendre la plaquette par la fin pour tomber directement dessus. Associée en général à son jumeau dissemblable, le sport, la culture est peu souvent une priorité défendue par les candidats aux municipales. Rares sont ceux qui l’envisagent comme un outil d’émancipation et de développement de la cité.

C’est quoi, une politique culturelle ? À quoi ça sert ? Ces questions, les candidats engagés dans la campagne pour les élections municipales des 23 et 30 mars prochains y répondent. Parfois directement par des propositions concrètes. Et souvent -en creux- par l’absence de réflexion qui, au contraire, baigne certains programmes. Les prétendants régionaux à la gestion municipale se coulent peu ou prou dans trois familles. Ceux pour qui la culture, dépense exagérée, improductive, est vécue comme inutile, sinon dangereuse. Il convient de l’encadrer un maximum et de la financer un minimum… Ceux, les plus nombreux, qui l’envisagent essentiellement à travers le prisme de ses retombées économiques. Et les derniers qui y ajoutent la nécessaire dimension sociale de l’épanouissement public.

La culture à minima

Un projet culturel à l’échelle d’un territoire ? C’est bien beau, mais il faut d’abord que ça ne coûte pas trop cher. Dans l’échelle de pensée du candidat aux municipales, le degré zéro se situe là : la culture, non seulement c’est coûteux, mais en plus c’est élitiste, voire subversif. Cette ligne défendue dans les années 90 par le Front national aux affaires à Orange, Vitrolles, Marignane et Toulon n’a pas disparu du paysage politique régional. La preuve avec le candidat FN à la mairie de Toulon Jean-Yves Waquet qui promet, par exemple, une sérieuse reprise en main du Théâtre Liberté géré par les frères Berling : «Ça ne me plaît pas, la programmation est bien trop orientée. Tout ça est fait pour faire plaisir aux minorités, il y a des pièces en arabe sur-titrées en français ! Tous les dialectes y passent, sauf le provençal…» Sans surprise, cet ancien amiral à la retraite fait vibrer la corde du provençalisme raccord avec les notions sur lesquelles s’appuie l’extrême droite en matière de culture : racines, identité, tradition. Dans la foulée, il annonce un «rééquilibrage des subventions». Tout comme Stéphane Ravier, en lice pour le FN à Marseille, qui affirme, sans rire, qu’il ne soutiendra plus «la nébuleuse associative immigrationniste».

Cette première famille d’élus se reconnaît aussi par son rejet populiste du monde culturel. Stéphane Ravier écrit dans son programme, par exemple, que «la politique culturelle ne doit pas être destinée à plaire à quelques cultureux.» Ce mot-là, on le retrouve régulièrement, également, dans la bouche de la maire UMP d’Aix-en-Provence, Maryse Joissains.

La culture, oui, si ça rapporte

Dans cette famille-là, se rangent ceux qui, de droite comme de gauche, ont la culture du chiffre.

Jean-Paul Fournier, maire UMP sortant de Nîmes, met ainsi  en avant les 320 000 visiteurs annuels des monuments nîmois, ou les 692 500 spectateurs accueillis en 77 concerts dans les arènes depuis 2008. Dans la même ville, Jean-Marc Soulas, élu UDI de l’actuelle majorité municipale en charge des festivités, affiche ce souhait: «Chaque euro investi par la ville» doit «en rapporter dix à l’économie locale».

Le contrat apparaît alors clair. La culture s’avère fréquentable lorsqu’elle est marchande, commerçante, rentable. Voilà qui entretient une confusion entre projet culturel et animation : concentrer les crédits sur un spectacle vivant ravalé au rang de festivité. À Avignon, Bernard Chaussegros, l’UMP investi pour succéder à Marie-Josée Roig rassemble d’ailleurs «culture, patrimoine et potentiel touristique» dans un même chapitre de son programme. L’équation qu’il propose est simple : nouveaux événements + nouveaux touristes = nouvelles retombées. Il certifie vouloir financer, sans plus les développer (signe que le fond finalement importe peu), «de nouveaux événements annuels d’envergure».

Face à lui, la socialiste Cécile Helle en profitera pour «encourager la requalification de lieux publics (places, parcs, passages sous les ponts) par le développement de performances artistiques et de formes d’itinérances». La culture comme levier de l’urbanisme. Oui, mais à condition de ne pas vider les quartiers concernés de leur substance sociale et en évitant le piège de la gentrification…

À Aix, ville tête de gondole d’une culture valorisante pour sa cité -avec son festival d’art lyrique, le Pavillon  noir, le Grand Théâtre de Provence ou son tout nouveau conservatoire-, la sortante UMP ne force pas la dose : 12 lignes sont consacrées à la culture dans un programme de 18 pages. Tout juste Maryse Joissains promet-elle la «continuité» de la politique engagée.

Idem à MarseilleJean-Claude Gaudin et Patrick Mennucci cherchent à capter ce qui reste de l’élan 2013. À droite, on annonce des crédits budgétaires sanctuarisés et l’on assure l’arrivée de nouveaux équipements (comme cette Maison du hip hop à la Friche) ou événements (Biennale des arts urbains et contemporains). Au PS, à crédit constants, Patrick Mennucci garantit le soutient à la création, en soulignant que «la culture relève d’une mission d’intérêt général et n’a ni à être rentable, ni à faire marcher le seul tourisme…» Si, d’un côté comme de l’autre, aucun chiffre concret ne vient éclairer ces propositions futures, chacun appelle de ses vœux la «transversalité», soit une (large) part de financement privé, à l’image du mécénat d’entreprise connu en 2013.

La culture, pour (s’)émanciper

Le financement privé culturel, Arles connaît bien. La ville bénéficie du plus important investissement de type en Europe avec la Fondation Luma. Le projet du Parc des Ateliers devrait offrir un sacré changement de dimension à la ville. D’ailleurs, le maire sortant Hervé Schiavetti (PC) communique allègrement sur les 100 millions que pèsent le patrimoine, la culture et le tourisme dans l’économie locale. Ce qui ne l’a pas empêché de développer une politique culturelle de proximité très volontaire. Avec ses quelque 10 000 abonnés (sur une ville de 52 000 habitants !) Arles bénéficie, par exemple, d’un taux de fréquentation record de sa médiathèque.

Sur une ligne jumelle, le sortant à Martigues, Gaby Charroux, fait rimer pratique culturelle et service public. «Moteur de l’émancipation personnelle et collective» à ses yeux, le communiste sortant fait de la culture le pivot «de toutes les pratiques citoyennes» et est l’un des rares à revendiquer «l’épanouissement» culturel pour ses concitoyens. Dans son projet, culture et éducation voisinent souvent. Comme chez le socialiste aixois Edouard Baldo qui vise «le développement de classes d’éveil dans les quartiers», et le communiste André Castelli qui appelle de ses vœux «une grande politique publique de la lecture» à Avignon.

À Marseille, enfin, le Front de gauche emmené par Jean-Marc Coppola est le seul à proposer le doublement du budget de la culture sur la prochaine mandature. Objectif affiché, dépasser les 200€ de dotation culturelle par habitant. Le sortant Jean-Claude Gaudin assure qu’elle est aujourd’hui de 183€ par personne. Chiffre que conteste le Forum d’Avignon. Dans son analyse de l’impact économique des dépenses culturelles sur le PIB de 47 villes dans le monde, le think tank culturel situe Marseille à 152€ et Lyon à 248€. L’étude date de 2011, avant l’effort sensible lié à l’année capitale, certes. Mais se base sur un budget similaire à celui de 2012 (128 millions d’€) qui devrait se rapprocher de celui de 2014. Très en-deçà, en tout cas, des villes européennes comparables.

CORALIE BONNEFOY
Mars 2014

Lire aussi notre entretien avec Jean-Pierre Saez, président de l’Observatoire des politiques culturelles.